"Le cours du blé va rester élevé" encore pendant "un an et demi à deux ans", d'après un spécialiste des marchés agricoles

Selon Michel Portier, invité mardi de franceinfo, certains éleveurs seront contraints d'arrêter leur activité et les consommateurs vont voir les prix de certains produits augmenter.

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Radio France
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Un champ de blé en Isère, le 27 juin 2021 (illustration). (MOURAD ALLILI / MAXPPP)

"À horizon un an et demi ou deux ans, nous pensons que les cours [du blé] resteront hauts", a estimé mardi 17 mai sur franceinfo Michel Portier, directeur d’Agritel, cabinet d’analyse et de conseil spécialisé dans les marchés agricoles et agro-industriels. Le cours du blé a battu lundi un "record absolu" sur le marché européen, clôturant à 438,25 euros la tonne, après l'annonce samedi d'un embargo de l'Inde sur ses exportations.

Peut-on avoir une visibilité à court, moyen ou long terme?

Michel Portier : On atteint un record en euro par tonne. On n'est donc pas encore tout à fait à un niveau record exprimé en dollars par tonne mais on en est tout proches (…) Notre analyse est que le cours du blé va rester élevé. Est ce qu'on va battre le record ? C'est possible puisqu'on est en train de battre des records sur le gaz, les métaux, les engrais, etc. Quant aux prix, nous pensons qu'ils vont rester durablement élevés, y compris pour la récolte 2023, c'est-à-dire à horizon un an et demi ou deux ans.

Quelles conséquences en France pour les éleveurs ? Et pour les consommateurs ?

Pour les éleveurs, la situation est extrêmement compliquée, parce que l'une de leurs plus grosses charges, c'est l'alimentation du bétail. Des éleveurs seront donc contraints d'arrêter leur activité. Concernant les consommateurs, on aura une hausse des prix des denrées alimentaires. Pour vous donner une idée, il y a un an, produire du blé coûtait à peu près 200 euros la tonne. Aujourd'hui, rien qu'à cause de la hausse des coûts de production, on monte à 260 euros la tonne. Après, la problématique qu'on a en France, c'est un déficit hydrique et une température anormalement élevée pour la saison. Nous avons une très forte crainte sur la production française, qu'on estime aujourd'hui à 35 millions de tonnes et qui pourrait descendre à 30 millions. Si la sécheresse perdurait, on aura une hausse des prix alimentaires.

Le G7 a imaginé la création d'un mécanisme de solidarité. L'imaginez-vous fonctionner dans la situation actuelle ?

Le problème du G7, c'est que même si on veut répondre à la demande mondiale, on ne peut pas si on n'a pas la marchandise. Il y a énormément de blé bloqué en Ukraine puisqu'il y a 20 millions de tonnes à sortir. On va aider à cela mais comment voulez-vous les sortir si vous n'avez pas accès à la mer Noire par bateau ? Il faut donc transporter ça par train. Ce matin, on discutait avec les exportateurs ukrainiens dont les trains attendent 15 jours avant de pouvoir passer la frontière. La logistique se met en place, mais ça va mettre énormément de temps. Sachant qu'au niveau mondial, la logistique fait déjà défaut, c'est compliqué.

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