Bouches-du-Rhône : la raffinerie controversée de Total à La Mède a démarré

L'usine, critiquée par les agriculteurs et les associations de défense de l'environnement, démarre avec un an de retard.

La raffinerie Total de La Mède (Bouches-du-Rhône), le 4 juin 2019.
La raffinerie Total de La Mède (Bouches-du-Rhône), le 4 juin 2019. (MAXPPP)

La raffinerie de biocarburants de Total à La Mède (Bouches-du-Rhône), l'une des plus grandes d'Europe, a démarré, mercredi 3 juillet, sa production, au grand dam des associations de défense de l'environnement et des agriculteurs. Le site du bord de l'étang de Berre, près de Marseille, issu de la conversion d'une raffinerie d'hydrocarbures, dispose d'une capacité de production annuelle de 500 000 tonnes de biocarburants, du "biodiesel" et du "biojet" pour l'aviation, indique le géant pétrolier.

La production a démarré dans la nuit de lundi à mardi. La bioraffinerie, l'une des plus grandes du continent avec celles de l'italien Eni en Italie et de Neste en Finlande, est la première de cette taille en France. Total avait lancé en 2015, en liaison avec le gouvernement, la conversion de sa raffinerie de pétrole brut, alors pourvoyeuse de 430 emplois mais largement déficitaire dans un contexte de surcapacités européennes.

Total accusé de contribuer à la déforestation 

Le groupe indique avoir investi 275 millions d'euros. Et l'ensemble des nouvelles activités – bioraffinerie mais aussi une plateforme de logistique ou encore un centre de formation – permet de maintenir 250 emplois directs. Dans le cadre des travaux, 65% des commandes ont été passées à des entreprises locales (soit 800 emplois), selon Total. Mais le démarrage n'est pas allé sans mal, avec près d'un an de retard, pour des "raisons techniques" liées à la "transformation d'installations existantes".

Dans son communiqué mercredi, Total indique s'être "engagé à traiter chaque année au maximum 300 000 tonnes d'huile de palme, soit moins de 50% du volume des matières premières nécessaires".  Les carburants seront produits "pour 60-70% à partir d'huiles végétales durables (colza, palme, tournesol, etc.)" et "pour 30-40% à partir de retraitement de déchets (graisses animales, huiles de cuisson, etc.)". Total a assuré compléter la certification de son huile de palme par un dispositif spécial de contrôle de la durabilité et du respect des droits de l'homme (limitation du nombre de fournisseurs, acceptant d'être audités par un expert tiers...). 

Mais les ONG, telles que Greenpeace et les Amis de la Terre, demandent plus de transparence sur les origines géographiques, les noms des fermes plutôt que des moulins (où arrivent des fruits de toutes origines), dénoncent l'inefficacité de certifications comme les labels RSPO ou ISCC. Pour le climat, "les agrocarburants c'est pire qu'une énergie fossile, parce qu'on déboise, on utilise des terres destinées à l'alimentation et l'entreprise ne peut pas s'assurer qu'il n'y a pas de déforestation directe", surtout dans des pays où l'opacité règne, a indiqué à l'AFP Laura Monnier, juriste de Greenpeace, en se tournant vers le ministère de la Transition écologique pour demander plus de transparence.