"La plus grande épidémie animale jamais vue" : des experts alertent sur la peste porcine africaine qui fait rage en Asie

Le virus "est en train de devenir endémique" dans "certaines parties de l'Union européenne", selon l'Organisation mondiale de la santé animale.

Un cochon mort est jeté dans une fosse en quarantaine, le 27 mai 2019, à Hanoi (Vietnam).
Un cochon mort est jeté dans une fosse en quarantaine, le 27 mai 2019, à Hanoi (Vietnam). (MANAN VATSYAYANA / AFP)

Des millions de porcs abattus, une filière décimée et des prix qui flambent. L'épizootie de peste porcine africaine, qui ravage certains pays d'Asie, tout particulièrement le Vietnam et la Chine, ne devrait pas être maîtrisée avant plusieurs années, préviennent des experts.

"C'est la plus grande épidémie animale jamais vue sur la planète, a affirmé un vétérinaire épidémiologiste de la City University de Hong Kong, jeudi 6 juin, au Guardian (en anglais). Cela fait pâlir, en comparaison, les épidémies de fièvre aphteuse et de vache folle. Et nous n'avons aucun moyen d'arrêter sa propagation."

Selon le directeur général adjoint de l'Organisation mondiale de la santé animale, le virus "est en train de devenir endémique" dans "certaines parties de l'Europe de l'Est et dans certaines parties de l'Union européenne". Le numéro 2 de l'OIE estime qu'"une propagation supplémentaire dans d'autres pays dépend vraiment de la manière dont nos pays membres réagissent à ce risque de sécurité biologique".

Bientôt 200 millions de bêtes tuées en Chine ?

Le virus, qui n'est pas dangereux pour l'homme mais très destructeur pour les cochons d'élevage, s'est propagé depuis août dans plus de la moitié des provinces chinoises. La Chine, premier producteur et consommateur mondial, a annoncé avoir déjà tué un million de porcs mais, d'après les experts, ce chiffre est sous-évalué. Au final, 200 millions de porcs pourraient devoir être tués en Chine, soit plus de la moitié des porcs du pays, d'après une analyste du groupe hollandais Rabobank.

Au Vietnam, depuis la découverte d'un premier cas en février, quelque deux millions de bêtes ont été abattues, soit plus de 6% du cheptel porcin du pays. Des foyers ont également été détectés en Corée du Nord, en Mongolie et au Cambodge. 

Jusqu'à dix ans pour maîtriser le virus ?

La propagation de la maladie reste fulgurante en Chine, qui abrite "près de la moitié" des cochons vivant sur la planète, selon l'Agence des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO). Les experts avancent que de deux à dix ans pourraient être nécessaires pour que le virus soit maîtrisé en Asie, car les normes sanitaires et de biosécurité font défaut particulièrement chez les milliers de petits exploitants.

Notons qu'il n'y a pas de vaccin contre le virus. Nous dépendons donc totalement des dispositions relatives à l'abattage.Matthew Stone, directeur général adjoint de l'OIEà l'AFP

En Chine, le prix d'achat d'un cochon vivant a bondi d'environ 40% sur un an et la production de viande porcine a chuté de 30%, d'après plusieurs estimations. Pékin achète désormais de la viande porcine à l'étranger : les importations en provenance de l'Union européenne ont augmenté de 20 à 30% et sont aussi en forte progression à partir du Canada et du Brésil.