Ce que l'on sait du virus de la tomate détecté dans le Finistère et qui inquiète les producteurs

Le ministère de l'Agriculture a confirmé lundi soir la contamination de fruits en serre. Le virus ToBRFV, inoffensif pour l'homme, peut avoir des conséquences graves pour la filière de la culture des tomates, car il n'existe pas de traitement à l'heure actuelle.

Des tomates Cœur de bœuf dans un jardin en Moselle, le 5 septembre 2019.
Des tomates Cœur de bœuf dans un jardin en Moselle, le 5 septembre 2019. (YANN AVRIL / BIOSPHOTO)

Les producteurs français de tomates sont inquiets. Le ministère de l'Agriculture a confirmé, lundi 17 février, la contamination de fruits en serre dans le Finistère par le virus ToBRFV, faisant peser un risque économique considérable pour la filière. Franceinfo vous résume ce que l'on sait de ce virus.

1De quoi s'agit-il ?

L'Agence de sécurité sanitaire (Anses) a mis en garde, dans un avis publié le 3 février, contre "le tomato brown rugose fruit virus" (ToBRFV), un nouveau virus "particulièrement dangereux pour les plantes qui y sont sensibles". Il peut se transmettre par les semences, les plants et les fruits infectés et survit longtemps à l'air libre. "Les tobamovirus se multiplient dans les cellules infectées au niveau du site de contact, se propagent de cellule à cellule et gagnent les tissus vasculaires avant d'envahir la plante entière. Tous les organes de la plante hôte sont donc infectieux", détaille l'Anses.

Le fruit contaminé perd alors toutes ses qualités gustatives, en raison d'une rupture de sa maturation, venant altérer la qualité de sa chair et le rendant impropre à la commercialisation. Sur un plant malade, on peut observer des mosaïques et marbrures sur les feuilles, des taches et nécroses sur les fleurs et une décoloration avec des taches jaunes ou brunes sur les fruits, qui peuvent aussi être déformés.

2D'où vient la maladie ?

"On a reçu les résultats de l'Anses [Agence de sécurité sanitaire] sur les échantillons prélevés dans les serres qui étaient en suspicion dans le Finistère et les résultats sont positifs, elles sont donc bien contaminées par le virus", a indiqué le ministère. Mais d'où vient ce virus qui frappe la Bretagne ?

Observé pour la première fois en 2014 au Moyen-Orient (en Israël et en Jordanie), le virus a été trouvé ensuite en 2018 au Mexique, aux Etats-Unis, en Allemagne et en Italie, puis en 2019 aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Grèce. Cette fois, les plants incriminés "proviennent du Royaume-Uni mais sont issus de semences produites aux Pays-Bas", selon le ministère.

Trois autres exploitations "ont été identifiées comme ayant reçu le même type de plants" et font l'objet d'inspections et de prélèvements, dans le cadre de l'enquête de traçabilité. L'exploitation contaminée, dans laquelle deux serres ont été touchées, "est assez isolée". "Tout a été mis en œuvre pour circonscrire le site", a déclaré à l'AFP Laurent Bergé, président de l'AOP Tomates et Concombres de France.

3Le virus est-il dangereux pour l'homme ?

Au moment où le ministère de la Santé gère déjà le cas du coronavirus, c'est la question que tout le monde se pose. Selon l'Anses, le virus de la tomate peut infecter jusqu'à 100% des plantes sur un site de production, ce qui le rend redoutable pour les cultures à haute densité de plantation comme les cultures sous serre. En revanche, les consommateurs peuvent dormir tranquilles, le virus n'a aucun impact sur l'homme. "Le virus n'est pas transmissible ni aux animaux, ni aux humains", assure sur franceinfo Philippe Reignault, directeur de la santé des végétaux à l'Anses.

On ne risque rien.Philippe Reignault, directeur de la santé des végétaux à l'Ansessur franceinfo

Les tomates malades ont, tout d'abord, peu de chances de se retrouver sur les étals, puis sur nos tables, car les fruits pourrissent tellement vite qu'ils n'ont pas le temps d'être commercialisés. Et si une tomate positive au ToBRFV devait par hasard être consommée, ce n'est pas non plus un problème car "le virus est sans danger pour les humains", assure le ministère de l'Agriculture. "ll faut quand même préciser, dans le contexte actuel, que ce virus est totalement inoffensif pour l'homme, il ne faut pas de parano sur les tomates", insiste Bruno Vila, secrétaire général de la fédération Légumes de France.

4Et pour les cultures ?

Le risque se situe effectivement au niveau des plants de tomates. La diffusion du virus en France "aurait des conséquences économiques majeures pour la filière mais également les jardiniers amateurs", a prévenu le ministère. Environ 1 500 producteurs font pousser le premier fruit consommé par les Français, avec un peu plus de 13,9 kg par ménage et par an. En tout, 712 000 tonnes de tomates ont été produites en 2018 en France, selon le ministère.

"Si on n'arrive pas à contenir la contamination, le risque, c'est que la filière tomates puisse décliner rapidement, il s'agit d'un virus particulièrement virulent", a prévenu aussi Laurent Bergé, président de l'AOP Tomates et Concombres de France. Il évoque le risque de vecteurs tels que les emballages ou les palettes. Une fois la plante infectée, "ces fruits de tomates, ces légumes, n'ont aucun intérêt en termes de consommation", explique Philippe Reignault sur franceinfo. 

Les fruits sont irréguliers, leur maturation ne s'est pas bien faite. La qualité de la chair va être altérée, c'est quelque chose qui est absolument incommercialisable.Philippe Reignaultsur franceinfo

"C'est vraiment un réel souci économique pour la filière si nous sommes gravement impactés, parce qu'on peut perdre l'intégralité des productions. Ce sont des préjudices graves sur une exploitation si jamais cela arrivait en France", s'inquiète  Bruno Vila. Le virus se transmet extrêmement facilement, par simple contact physique entre deux plantes. Bruno Vila se demande s'il ne faudrait pas "interdire le transfert du matériel végétal à certains pays pour se prémunir de risques plus importants de contamination." 

5Comment lutter contre ce virus ?

Il n'y a malheureusement pas beaucoup de solutions. Aucun traitement n'existe à l'heure actuelle. "Une fois que le virus est sur la culture, on n'a pas d'autre choix que de détruire cette culture", a rappelé Laurent Bergé. Dans le Finistère, pour l'instant, "l'exploitation concernée a été confinée, dans l'attente de la destruction des végétaux et de la désinfection du site dans les plus brefs délais".

"Nous sommes en train de travailler sur toutes les mesures de biosécurité", a ajouté Laurent Bergé, évoquant la mise au point avec les services de l'Etat d'un plan de surveillance, pour permettre "une veille permanente d'une éventuelle évolution du virus". Des documents vont être communiqués à tous les producteurs français, avec les mesures de prophylaxie à mettre en œuvre. Un plan de communication à destination des professionnels et du public doit également informer de l'absence de risques pour la consommation.

Selon Laurent Bergé, d'autres virus ont par le passé été contenus, grâce à des mesures de sécurité "assez élevées". "Contrairement à d'autres pays comme les Pays-Bas, nos exploitations sont beaucoup plus dispersées sur le territoire, donc le risque de contamination d'une exploitation à l'autre est plus limité", a-t-il ajouté. Mais les autorités appellent quand même à la vigilance.