Catherine Geslain-Lanéelle, candidate française à la présidence de la FAO, pas opposée aux OGM

Trois candidats sont en lice pour succéder au Brésilien José Graziano à la tête de l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO). Soutenue par l'Union européenne, la Française ne s’interdit aucune solution pour lutter contre la faim, y compris les semences OGM.

Catherine Geslain-Lanéelle, candidate de la France à la direction de la FAO, Organisation des Nations unies pour l\'agriculture et l\'alimentation.
Catherine Geslain-Lanéelle, candidate de la France à la direction de la FAO, Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation. (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

L'élection des 22 et 23 juin 2019 à Rome doit départager les trois derniers candidats en lice pour prendre la tête de l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) : le Chinois Qu Dongyu, le Géorgien David Kirvalidze et la Française Catherine Geslain-Lanéelle. L’Indien Ramesh Chand et le Camerounais Médi Moungui ont pour leur part retiré leur candidature ces dernières semaines. La Française, qui a reçu le soutien de l'Union européenne, est la première femme candidate à ce poste, depuis la création de l’organisation en 1945.

Cette ingénieure agronome souhaite que "toutes les solutions" soient envisagées pour éradiquer la faim dans le monde, y compris des outils controversés en Europe, comme les OGM et les biotechnologies en général. "Si je vois qu'il y a un riz OGM enrichi en vitamines, qui pourrait permettre d'apporter des solutions à la malnutrition, je crois qu'il faut examiner ce produit et cette innovation, au regard de ses éventuels bénéfices, de l'impact sur la santé, sans a priori", dit-elle. "Je veux que cette organisation (FAO) travaille à partir de toutes les solutions qui existent, (...) des solutions et des innovations basées sur la science, au service de l'objectif, c'est-à-dire réduire la faim, l'éradiquer, lutter contre la pauvreté, éliminer la malnutrition, et promouvoir l'agriculture durable", déclare à l'AFP Mme Geslain-Lanéelle.

Pour ou contre l'utilisation des OGM 

Selon le journal britannique The Guardian, Catherine Geslain-Lanéelle aurait "promis aux Etats-Unis" qu'elle ne défendrait pas la position de l'UE, s'agissant des OGM. En Europe, les cultures OGM sont sévèrement réglementées depuis 2001 et dans les faits interdites dans la plupart des pays, à l'exception de quelques dérogations portant sur le maïs en Espagne, par exemple.

Selon les recherches menées par les experts de la FAO, les OGM peuvent permettre aux plantes de mieux résister aux insectes ravageurs et à la sécheresse, d’obtenir de meilleurs rendements ou encore de prolonger la disponibilité des fruits et légumes... il y a en revanche du contre : "On connaît encore mal comment ces OGM peuvent se propager aux dépens des plantes endémiques et sauvages, l’introduction de gènes peut déstabiliser un écosystème naturel", indiquent certains rapports de la FAO.

Une militante de l\'organisation écologiste Greenpeace manifeste contre les OGM (Organisme génétiquement modifié) dans l\'alimentation animale. 
Une militante de l'organisation écologiste Greenpeace manifeste contre les OGM (Organisme génétiquement modifié) dans l'alimentation animale.  (VALERY HACHE / AFP)

La faim est repartie à la hausse

Lors de son intervention à Rome, Catherine Geslain-Lanéelle a évoqué les biotechnologies, mais sans les mettre "plus en avant que d'autres solutions", évoquant aussi l'agriculture de précision, l'agriculture de conservation des sols, l'agriculture biologique ou l'agroécologie. "Je ne crois pas qu'il y ait une solution. Il y a beaucoup de solutions et ce qui compte pour moi, c'est que cette organisation soit le lieu du débat sur les différentes solutions, à partir des faits et de la science et qu'évidemment, on soit respectueux de la santé et de l'environnement", a précisé lors d'une conférence de presse Mme Geslain-Lanéelle.

La candidate française souhaite que l'agence aide à "produire plus et mieux", à "réduire le gaspillage", "développe les chaînes de valeur autour de l'agriculture, de la pêche et de la forêt", c'est-à-dire le stockage, la transformation et la distribution des aliments, notamment dans les pays en voie de développement, afin de "développer les emplois", particulièrement des jeunes, dans les milieux ruraux.

"La faim est repartie à la hausse, dans un contexte de ressources limitées ou dégradées, et d'impact de plus en plus marqué du changement climatique", souligne Mme Geslain-Lanéelle. En effet, depuis 2016, la faim dans le monde croît de nouveau. Elle touchait, en 2017, 821 millions de personnes, un niveau comparable à celui de 2010. La situation s'aggrave en particulier en Amérique du Sud et dans la plupart des régions d'Afrique.