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Canicule : le ministre de l'Agriculture a-t-il vraiment pris un arrêté pour interdire le transport d'animaux, comme il l'a affirmé sur BFMTV ?

Aucun arrêté n'a été signé, contrairement à ce qui a été annoncé jeudi. Mais "une circulaire nous permettait déjà de prendre les dispositions nécessaires en urgence et de manière aussi drastique", explique le ministère à franceinfo.

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France Télévisions
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Des cochons transportés en France, en 2009. (JEAN-BAPTISTE STROBEL / BIOSPHOTO / AFP)

Depuis le début de la canicule, le gouvernement est au premier plan pour s'assurer de la sécurité des personnes... et des animaux. C'est en tout cas ce qu'ont laissé croire les dernières annonces du ministre de l'Agriculture. Ce dernier a assuré, jeudi 27 juin sur BFMTV, avoir pris "un arrêté pour interdire le transport d'animaux". Mais qu'en est-il en réalité ? "Le ministre de l'Agriculture fait volte-face pour le transport d'animaux vivants pour la canicule ! C'est honteux !", nous indique un lecteur. Franceinfo a vérifié.

Revenons aux annonces précises du ministre. "Hier, j'ai pris un arrêté pour interdire le transport d'animaux, y compris les animaux à l'export parce qu'on ne peut pas laisser des animaux dans des camions, dans des trains...", a déclaré Didier Guillaume, jeudi 27 juin, sur BFMTV. "Donc tout transport d'animaux est interdit ?", lui demande Jean-Jacques Bourdin. Réponse du ministre : "Oui, pour l'instant, pour quelques jours. On verra en début de semaine prochaine si la canicule baisse, mais le bien-être animal est important. Il fallait interdire cela."

Une annonce qui a rapidement fait réagir le syndicat agricole FNSEA. "On est un peu surpris, on a vraiment l'impression que c'est de la com', a dénoncé Etienne Gangneron, éleveur de bovins et poules bio dans le Cher et vice-président de la FNSEA en charge du bien-être animal, sur franceinfo. [Les animaux] risquent d'être bloqués de manière temporaire et de se retrouver dans des endroits inadaptés."

Aucun arrêté signé

Le même jour, le ministère de l'Agriculture précise l'annonce de Didier Guillaume dans un communiqué. Et là, surprise, il n'est plus question d'un nouvel arrêté, mais simplement d'un rappel au règlement européen datant de 2005. "Cette circulaire nous permettait déjà de prendre les dispositions nécessaires en urgence et de manière aussi drastique", explique le ministère à franceinfo. Dans le détail, celle-ci prévoit "de maintenir la température dans une fourchette de 5° C à 30° C à l'intérieur du moyen de transport, pour tous les animaux, avec une tolérance de plus ou moins 5 degrés, en fonction de la température extérieure".

Sur cette base, le ministère demande "aux services de contrôle de ne pas autoriser les échanges au sein de l'UE ou les exportations vers les pays tiers lorsque les prévisions météorologiques sur le trajet excèdent 30 °C (...) pour les transports supérieurs à huit heures". Pas de décret spécifique, donc, mais un simple rappel. "Un message a été envoyé aux services de contrôle du ministère de l'Agriculture et de l'alimentation pour rappeler ces obligations et pour suspendre la validation des trajets qui ne satisfont pas cette semaine à la réglementation", est-il écrit.

"C'est absolument scandaleux"

C'est ensuite aux préfectures de se conformer aux obligations. La Direction Départementale de la protection des populations (DDPP) du Gard a ainsi indiqué, vendredi 28 juin, avoir "interdit le transport des animaux (...) pour les transports de longue durée", en raison des températures. Pour autant, tous les transports d'animaux ne sont pas interdits, contrairement à ce que laissait entendre le ministre lors de son intervention sur BFMTV, jeudi. "Les autres transports, au niveau local, restent possibles, sous réserve de prendre les précautions nécessaires", indique la préfecture du Gard.

De son côté, la fondation 30 Millions d'amis s'est indigné de l'écart entre les déclarations du ministre et la réalité. "C'est absolument scandaleux et incompréhensible. Une fois de plus, les lobbys ont eu gain de cause et ont forcé le gouvernement à arbitrer en faveur de la cruauté sur les animaux, ce qui est inacceptable aux yeux du public", s'insurge Reha Hutin, présidente de la fondation 30 Millions d’amis. Une pétition a été lancée pour demander une interdiction (plus stricte) de ces transports d'animaux.

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