Emploi, crise : la génération Y est moins fataliste que vous ne l'imaginez

Francetv info a confronté les clichés qui collent à la peau des 18-34 ans avec les résultats d'une grande enquête en ligne.

Cinquante-quatre pour cent des sondés âgés de 18 à 34 ans se disent \"plutôt optimistes\" concernant leur avenir, et 8% \"très optimistes\".
Cinquante-quatre pour cent des sondés âgés de 18 à 34 ans se disent "plutôt optimistes" concernant leur avenir, et 8% "très optimistes". (HILL STREET STUDIOS / BLEND IMAGES RM / GETTY IMAGES)

Comment les 18-34 ans envisagent-ils leur avenir ? A l'occasion de la grande enquête "Génération Quoi ?" lancée par France 2, francetv info a confronté les clichés qui collent à la peau de la fameuse génération Y aux résultats de la consultation menée depuis le 19 septembre sur le web.

Crainte du déclassement, résignation face à la crise… Chiffres à l'appui, des spécialistes décryptent ou démontent les différents aspects du problème.

Inquiétés par le contexte économique…

Ce que l’on croit. Enfants des baby-boomers, les 18-34 ans n’ont jamais connu le plein-emploi. Et la déprime les guette au moment d'entrer dans la vie active. C’est qu’avec la crise, il y a de quoi être morose : plus de 55% de la population active âgée de 15 à 29 ans occupait un emploi précaire en 2011, selon l’Observatoire des inégalités.

Ce que montrent les chiffres. Les réponses à l’enquête "Génération Quoi ?" confirment ce sentiment d’inquiétude lié au contexte économique. Trois sondés sur quatre âgés de 18 à 34 ans estiment ainsi que la crise va "grandement" ou "totalement" influer sur leur avenir.

C’est le cas de Julien, 27 ans, en recherche d’emploi à Fontenay-Sous-Bois (Val-de-Marne). "Des tas de jeunes de ma génération arrivent chaque année sur le marché du travail avec des bac +5, mais le nombre de postes n’augmente pas", raconte-t-il. "Cela tire les salaires à la baisse et nous pousse à être moins exigeants."

Marion, qui à 19 ans travaille dans un restaurant parisien pour financer ses études de médiation culturelle, n’est guère plus enthousiaste. "Le domaine de la culture est toujours considéré comme moins vital que d'autres", explique-t-elle. "Il est du coup particulièrement touché par la crise, et ça va forcément affecter mon avenir." Un ton désabusé que l'on retrouve également chez les jeunes interrogés par les auteurs de l'enquête.

Romina Boarini, responsable de l'équipe de recherche sur la mesure du bien-être et du progrès social au sein de la direction des statistiques de l'OCDE, juge ce constat fondé. "Ce sont les jeunes qui ont le plus souvent souffert de la crise", explique-t-elle. "Ils voient leur taux de chômage augmenter plus fortement que les autres, leur taux de pauvreté aussi, et connaissent de grandes difficultés à se loger", continue la spécialiste, qui ajoute que le phénomène concerne de nombreux pays membres de l’OCDE, Etats-Unis compris.

La déprime ambiante est en revanche plus prononcée en France qu’ailleurs. "Même lorsqu'on prend en compte les spécificités locales, on s’aperçoit qu’à niveau de revenu égal, les Français sont plus pessimistes que les autres" quant à l’avenir de leur pays, détaille Romina Boarini. La faute à une "crainte vis-à-vis de la mondialisation plus prononcée qu'ailleurs", lui répond Olivier Galland, sociologue au CNRS et auteur de La machine à trier : comment la France divise sa jeunesse (Eyrolles, 2011). "Les Français la voient généralement comme un processus destructeur du système de protection sociale, auquel ils sont très attachés. Et le discours politique alimente ces craintes."

… mais confiants dans leur capacité à se construire un bel avenir

Ce qu'on croit. Face au contexte économique morose, les 18-34 ans auraient baissé les bras. Ils auraient accepté l'idée de faire partie d'une génération sacrifiée, et n'auraient pour ambition que de limiter les dégâts de la crise sur leur vie personnelle.

Ce que montrent les chiffres. Les résultats de l'enquête "Génération Quoi ?" battent en brèche l'idée selon laquelle les jeunes Français seraient fatalistes. S'ils reconnaissent sans mal l’influence de la crise sur leur quotidien, une large majorité affiche sa confiance dans ses capacités à dépasser cet obstacle pour se construire un avenir radieux.

Cinquante-quatre pour cent des sondés âgés de 18 à 34 ans se disent ainsi "plutôt optimistes" concernant leur avenir, et 8% "très optimistes". Mieux encore : ils sont presque 9 sur 10 à considérer avoir davantage de chances de s’en sortir que les autres personnes de leur âge.

Julien, sans emploi, ne "sait pas" s'il peut se considérer comme plus "chanceux" qu'un autre. Mais il n'est pas résigné : "Après mon master, je voulais travailler dans une grande boîte. Mais j'ai décidé de changer de voie pour avoir un niveau de vie qui correspond à mes ambitions." "J'envisage maintenant de monter mon entreprise et d'ouvrir un bar", explique le jeune homme, qui ajoute que "fonder une famille sera aussi essentiel" pour son accomplissement personnel. Une aspiration que partagent de nombreux jeunes de sa génération.

"Les jeunes sont plutôt confiants en leur avenir personnel, et pessimistes sur celui de la société, estime Olivier Galland. Cela semble paradoxal, mais ça s'explique par une grande défiance au sujet de la classe politique, qui concerne d'ailleurs toutes les tranches d'âge", décrypte-t-il, corroborant ainsi un autre volet de l'étude "Génération Quoi ?".

"Ils se disent qu'au fond, puisqu'ils ne peuvent pas compter sur les politiques, ils vont essayer de s’en sortir par leurs propres moyens", continue le chercheur. "Et ils ont raison : la plupart finit effectivement par bien s’en sortir, même si l'entrée dans la vie adulte est plus longue et périlleuse qu’autrefois." L'embauche en CDI, "sésame d'entrée dans la vie d'adulte" selon Olivier Galland, explose en effet une fois la barre des 25 ans franchie. En 2012, 79,6% des personnes âgées de 25 à 49 ans ayant un emploi étaient en CDI, selon une enquête de l'Insee. Pour les 15-24 ans, ce chiffre n'était que de 47,3%.