Trois questions sur la baisse du chômage, qui atteint son plus bas niveau depuis 2009

Le taux de chômage est en recul de 0,1 point à 8,7% de la population active en France entière (hors Mayotte) au 1er trimestre 2019, son plus bas niveau depuis début 2009, selon des chiffres provisoires de l'Insee.

Un demandeur d\'emploi au guichet, le 3 janvier 2019 à Montpellier (Hérault).
Un demandeur d'emploi au guichet, le 3 janvier 2019 à Montpellier (Hérault). (PASCAL GUYOT / AFP)

"C'est le meilleur résultat qu'on ait depuis dix ans." Le Premier ministre, Edouard Philippe, s'est félicité sur franceinfo, jeudi 16 mai, de la baisse du chômage. Selon des chiffres provisoires de l'Insee, le taux de demandeurs d'emploi est en recul de 0,1 point, à 8,7% de la population active en France entière (hors Mayotte), au 1er trimestre 2019, son plus bas niveau depuis début 2009.

Franceinfo vous décrypte ces chiffres.

1Quels sont les facteurs qui expliquent cette baisse ?

La croissance. Après le pic de chômage de 2015 (10,5% au 2e trimestre selon l'Insee), "nous observons depuis une baisse quasi continue, tout simplement grâce au retour de la croissance", explique à franceinfo Bruno Ducoudré, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). "La principale raison, c'est la croissance", appuie son collègue Eric Heyer, avant de rappeler que le taux de croissance qui permet de "stabiliser" le chômage est de 1,25%. Un niveau nettement dépassé en 2017 (2,3%) et 2018 (1,6%).

Les politiques de baisse du coût du travail menées sous François Hollande. Bruno Ducoudré voit également dans cette baisse du chômage observée depuis 2015 l'effet des politiques d'enrichissement de la croissance en emplois menées sous la précédente mandature : le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), le pacte de responsabilité et la prime à l'embauche. "Cela abaisse le seuil de croissance nécessaire pour faire diminuer le chômage", explique-t-il.

La population active augmente lentement. L'économiste note également une progression de la population active "plus lente" que ces dernières années. "Quand on regarde les projections de l’Insee, il y a entre 70 000 et 80 000 entrées sur le marché du travail nettes. C'est beaucoup moins que par le passé, où l'on pouvait avoir 250 000 entrées", relève Bruno Ducoudré.

2Les réformes menées par le gouvernement depuis 2017 ont-elles joué un rôle ?

Après la publication des chiffres de l'Insee, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, s'est elle aussi félicitée de ces résultats sur Twitter. "Nos réformes ont des effets", a-t-elle lancé. Mais pour les deux économistes interrogés par franceinfo, cette affirmation est présomptueuse. "La réforme du Code du travail, via les ordonnances Pénicaud, est trop récente pour avoir impacté quoi que ce soit", estime Eric Heyer. "Cette réforme a été votée fin 2017. A ce moment-là, le chômage était de 8,9%", rappelle Bruno Ducoudré, selon lequel attribuer cette baisse à la réforme serait "une erreur". "S'il n'y avait pas eu de croissance, il n'y aurait pas de baisse du chômage", assure l'économiste.

3Cette diminution du chômage va-t-elle se poursuivre ?

Pour l'année 2019, l'Insee table sur une croissance de 1,6%. Un chiffre suffisant pour que la baisse du chômage continue. "Dans notre lecture de la conjoncture, on prévoit une poursuite de la baisse du chômage, qui pourrait être plus lente parce que les mesures type CICE sont déjà montées en charge et n'ont quasiment plus d'effets", explique Bruno Ducoudré. Pour l'économiste, la croissance devrait se maintenir à des niveaux suffisants pour faire baisser le chômage jusqu'en 2021, "s'il n'y a pas entre temps de choc majeur".