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"Si on nous rajoute ça, on sera en liquidation" : un traiteur s'inquiète d'un éventuel bonus-malus pour les contrats courts

Alors que les discussions sur l'assurance chomage démarrent mercredi notamment sur les contrats courts, certaines entreprises affirment ne pas pouvoir se passer de salariés en extras. 

Article rédigé par franceinfo, Sarah Lemoine
Radio France
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Des maîtres d'hotel à Paris dans une brasserie, en 2013 (Illustration).  (FRED DUFOUR / AFP)

Une nouvelle séance de négociation a lieu mercredi 9 janvier au siège du Medef à Paris sur l'assurance chômage. Les discussions vont se focaliser sur la lutte contre les contrats courts, en CDD ou en intérim. Des contrats dont le nombre a explosé depuis près de 20 ans et qui coutent cher à l'assurance chômage. Si les entreprises ne changent pas leurs pratiques, le gouvernement menace de créer un système de bonus-malus sur les cotisations patronales, mais le patronat ne veut pas en entendre parler. C'est le cas chez un traiteur événementiel de la région parisienne, particulièrement concerné par le sujet. 

29 salariés et jusqu'à 80 extras par semaine 

Dans les cuisines de Calixir, un traiteur de la région parisienne, c'est le coup de feu à midi. Les cuisiniers s'activent pour préparer canapés, amuse-bouches, et pâtisseries pour un cocktail pour 200 personnes. Dans cette PME familiale, 29 salariés sont en CDI, notamment les cuisiniers. En revanche, le traiteur embauche jusqu'à 80 extras par semaine. Il s'agit de maîtres d'hotel, de serveurs, ou encore des barmans pour le service. "Les extras, ce sont des contrats d'une journée ou deux jours", explique Aziz Bentalleb, le gérant de Calixir. Son activité, tournée vers les entreprises, est très cyclique. "Les gros pics, ce sont les mardis et les jeudis, le lundi on n'a rien. Il peut y avoir un salon qui peut durer deux jours, mais après, le lendemain, on n'a pas de travail pour eux", poursuit-il. .

Notre activité est très compliquée pour pouvoir maintenir nos salariés si on devait embaucher tout le monde

Aziz Bentalleb

à franceinfo

La négociation qui va débuter sur les règles d'assurance chômage inquiète ce patron. Pour lutter contre la multiplication des contrats courts, le gouvernement demande aux entreprises qui emploient des CDD à répétition de gérer différemment leur main-d'œuvre, sous peine de leur imposer un malus sur leurs cotisations d'assurance chômage. Ce serait un scénario catastrophe pour Aziz Bentalleb : "On n'a pas la possibilité de faire autrement, c'est notre métier qui veut ça, ce sont les clients qui veulent ça. Notre rêve à nous, c'est d'avoir un travail linéaire et qu'on embaucherait tout le monde", explique-t-il. "Si on nous rajoute ça, ça veut dire qu'on dégagera plus de marge et on sera une entreprise en liquidation. Je ne pourrai pas tenir."

Des CDD payés par l'employeur et Pôle emploi 

Quant aux extras qui travaillent pour Calixir, ils ne souhaitent pas être embauchés en CDI. C'est ce qu'affirme Dominique, un maître d'hôtel de 56 ans, qui travaille en tout pour cinq traiteurs différents. "Pour ceux qui ont un bon circuit comme moi, on peut arriver à travailler entre 15 et 17 jours par mois en faisant une moyenne sur l'année, explique-t-il. Quand je ne travaille pas, je suis compensé par Pôle emploi pour les jours non travaillés. C'est un système qui me convient, c'est un choix" affirme ce maître d'hôtel . 

Financièrement, on gagne bien notre vie avec le système Pôle emploi. Si éventuellement on n'a plus Pôle emploi, il y a des mois qui seraient très difficiles.

Dominique

à franceinfo

Chez les traiteurs événementiels, c'est donc tout un système économique qui s'est construit autour de l'indemnisation des contrats courts par l'assurance chômage. Ce système pourrait être remis en cause si le bonus-malus promis par Emmanuel Macron pendant sa campagne voit le jour.

La problématique des contrats courts dans la restauration : un reportage de Sarah Lemoine

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