Mesures d'économies sur l'assurance chômage : "Un changement de braquet un peu injuste"

Eric Heyer, économiste à l'OFCE, revient sur franceinfo sur la feuille de route donnée par le gouvernement, qui demande que la future négociation sur l'assurance chômage permette de réaliser de 3 à 3,9 milliards d'euros d'économies en trois ans.

Agence Pôle Emploi à Lille.
Agence Pôle Emploi à Lille. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Le gouvernement a demandé vendredi 21 septembre que la future négociation sur l'assurance chômage permette de réaliser de 3 à 3,9 milliards d'euros d'économies en trois ans, ce que les partenaires sociaux ont dénoncé comme une "logique uniquement budgétaire". "Un peu injuste", même, observe samedi sur franceinfo l'économiste Eric Heyer, directeur du département "analyse et prévision" de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). 

franceinfo : Pourquoi le gouvernement demande-t-il un tel niveau d'économies ?

Eric Heyer : C'est étonnant parce que ce n'était pas dans le programme du candidat Macron. C'est un changement de braquet. Ils ont en tête qu'il faut réduire les déficits publics et ils demandent à l'assurance chômage d'y participer, et ils veulent rembourser la dette et pour cela faire de sacrées économies. C'est un peu injuste car lorsque vous regardez l'assurance chômage dans le détail, les cotisations et les prestations sont relativement équilibrées. On atteint l'équilibre avec 9% de chômage. S'il y a une dette, c'est lié à l'Etat : l'Unedic doit financer la politique de l'emploi et verse donc chaque année plus de 3 milliards d'euros à Pôle emploi. On peut considérer que c'est plutôt un impôt qui devrait le financer et pas les cotisations.

Quels sont les leviers d'économies possibles ?

Il n'y en a pas 36. Soit vous réduisez les indemnisations des chômeurs, soit vous augmentez les cotisations. Par exemple les cadres peuvent toucher des indemnisations très élevées, nous avons le plafond d'indemnisation le plus élevé parmi les grands pays. Mais ce serait une mauvaise idée de s'attaquer à cela, car les cadres tombent très peu au chômage et ils cotisent beaucoup. Si l'on devait réduire le plafond d'indemnisation, il faudrait réduire aussi leurs cotisations, ce qui serait une très mauvaise idée. La deuxième idée serait de jouer sur la dégressivité des allocations chômages : se dire qu'on va toucher la même somme moins longtemps et qui sera dégressive. Le gouvernement y pense. Il y a eu des études économiques là-dessus. Et à peu près 85% des études économiques nous indiquent que ce n'est pas une bonne idée, cela n'aide pas au retour à l'emploi. Selon certaines études, cette dégressivité aurait même des effets négatifs.

Le gouvernement souhaite réduire le nombre de contrats courts. C'est une bonne idée ?

Ce qui coûte cher, ce sont les allers-retours entre l'emploi et le chômage. On peut avoir en tête de faire payer les entreprises qui utilisent plus ce dispositif par rapport à celles qui sont plus vertueuses et qui essaient de garder l'emploi. On peut penser à un bonus-malus mais c'est assez compliqué à mettre en place. Certains secteurs ou entreprises n'ont pas le choix de faire appel aux contrats courts. Il y a d'autres idées comme lier les cotisations à la durée du contrat : plus le contrat est long, plus les cotisations sont faibles, puisque vous coûtez moins cher. Ce sont des pistes intéressantes qui ont montré, si elles étaient mises en œuvre, qu'elles pouvaient être efficaces à la fois pour le retour à l'emploi et l'assurance chômage. Mais ce n'est pas aussi simple que cela et ça ne sera pas une source d'économie aussi forte que celle réclamée par le gouvernement. Le gouvernement veut à la fois inciter au retour à l'emploi, faire des formations, mais aussi réduire très rapidement les déficits. C'est un triangle d'incompatibilité, il va falloir faire des choix.