Le chômage augmente moins vite : pourquoi il est trop tôt pour se réjouir

Le nombre de demandeurs d'emploi a augmenté de 0,2% en juillet. C'est moins que le mois précédent. Mais prudence, tous les indicateurs ne sont pas encore au vert.

Une agence Pôle emploi au Mans (Sarthe), le 4 septembre 2009.
Une agence Pôle emploi au Mans (Sarthe), le 4 septembre 2009. (JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)

L'augmentation du chômage ralentit. Le nombre de demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi en catégorie A a augmenté de seulement de 0,2% (+ 6 300), contre une augmentation de 0,5% entre mai et juin, a annoncé le ministère du Travail mardi 27 août. "La tendance à l’amélioration sur le front du chômage se confirme au mois de  juillet", s'est félicité le ministère. Le gouvernement assume plus que jamais son intention de voir la courbe du chômage s'inverser durablement. Pourtant, les raisons de relativiser cette bonne nouvelle sont nombreuses.

Des données volatiles

Le nombre de demandeurs d'emploi sans activité inscrits à Pôle emploi est un indicateur qualifié "de référence" par le gouvernement. Mais "les chiffres mensuels sont à prendre avec des pincettes, car ils sont assez aléatoires", rappelle Jean-Louis Dayan, directeur du Centre d'études de l'emploi (CEE), interrogé par francetv info. "Ce qui compte, c'est la tendance sur plusieurs mois", précise l'économiste.

L'autre grand indicateur, le chômage au sens du Bureau international du travail, calculé trimestriellement par l'Insee, sera "aussi" à considérer, avait prévenu le ministère du Travail avant la publication des chiffres. Pour avoir une idée plus claire de ce qu’il est en train de se passer, il faudra donc attendre la publication du taux du chômage au sens du BIT, qui sera publié le 5 septembre.

La croissance reste insuffisante

Oui, il y a eu un rebond inespéré de la croissance au deuxième trimestre. Le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 0,5% selon l’Insee. Mais ce n'est pas suffisant pour soutenir l'emploi. "Même si on a quitté la phase la plus brutale de la crise, on reste dans une période d’austérité (hausse des impôts et réduction des dépenses publiques), qui bloque la croissance", estime Marion Cochard, économiste à l’OFCE, contactée par francetv info.

Selon l’OFCE, "il faut au moins 1,5% de croissance pour que le chômage baisse". On en est donc bien loin. La reprise économique n'est pas suffisante pour créer des emplois dans le secteur privé. "Nous assistons encore à des destruction d’emplois dans le secteur marchand", souligne Marion Cochard. Au deuxième trimestre, 27 800 postes ont encore été détruits, selon l'évaluation de l'Insee.

L'effet trompe-l'œil des emplois aidés

Face à l'absence d'amélioration de l'emploi privé, l'exécutif a surtout misé sur les emplois subventionnés tels que les emplois d'avenir, destinés aux jeunes peu ou pas qualifiés. En août, le gouvernement a annoncé que 50 000 emplois d’avenir avaient été signés, sur un objectif de 100 000 d'ici fin 2013. Tout en reconnaissant la pertinence de ce dispositif pour aider les jeunes sans qualification à se réinsérer, Marion Cochard rappelle que les emplois aidés ont un "effet statistique". "On ne pourra vraiment parler d’amélioration qu’à partir du moment où il y aura une hausse des emplois dans le secteur privé", explique-t-elle.

On ne connaît pas la part des emplois d'avenir dans les chiffres publiés par le ministère. Mais si le chômage a surtout ralenti grâce aux emplois aidés, cela peut masquer la situation générale. Ainsi, si d’ordinaire le taux de chômage des jeunes est considéré comme un signe avant-coureur d’une reprise de l’emploi, "les pistes sont un peu brouillées à partir du moment où l’emploi des jeunes est surtout soutenu par les emplois aidés", explique l’économiste Jean-Louis Dayan. 

La reprise prendra du temps

Même si les chiffres du chômage sont moins mauvais, "il ne faut pas s’attendre à une baisse conséquente du chômage", avance Marion Cochard. "L'OFCE prévoit que nous allons encore subir plusieurs trimestres négatifs." Et quand bien même la croissance se préciserait, il y aura un temps d'ajustement avant qu'elle n'influe sur le marché du travail. Ce seront d'abord les emplois précaires, tels que l'intérim et les CDD courts, qui repartiront à la hausse. On pourra ensuite commencer à espérer une embellie sur l'ensemble du marché du travail.