Chômage : l'inversion de la courbe, c'est pour quand ?

Selon l'assurance-chômage, la décrue pourrait intervenir dès cet été. L'Insee, beaucoup moins optimiste, n'attend pas d'embellie avant 2016.

Une agence de Pôle emploi de Lille (Nord), le 28 mai 2015.
Une agence de Pôle emploi de Lille (Nord), le 28 mai 2015. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Elle devait avoir lieu avant la fin 2013, selon une promesse de François Hollande, tombée depuis bien longtemps aux oubliettes. L'inversion de la courbe du chômage pourrait intervenir entre l'été 2015 et le début 2016. De quoi redonner un peu de baume au cœur à des Français qui sont 77%, selon un sondage, à ne pas croire à une inversion de la courbe d'ici à 2017.

Alors que les chiffres mensuels de mai montrent une nouvelle hausse des demandeurs d'emploi, mercredi 24 juin, francetv info revient sur les différentes prévisions sur le front du chômage, de la plus pessimiste à la plus optimiste. L'occasion, aussi, de distribuer les bons et les mauvais points à la politique du gouvernement.

Une embellie dès cet été, selon l'Unédic

La prévision. L'Unédic, l'organisme chargé de la gestion de l'assurance-chômage, prévoit que le nombre de chômeurs, qui a augmenté de 35 000 personnes entre janvier et avril, va baisser dans la deuxième moitié de l'année. Sur l'ensemble de 2015, la hausse du chômage ne serait que de 12 000 demandeurs d'emploi. Ces prévisions se basent sur une perspective de croissance de 1,1% en 2015 et de 1,6% en 2016. 

Pourquoi le gouvernement peut se réjouir. La baisse du chômage entrevue pour 2015 serait due "aux effets conjoints de l'amélioration de la croissance, du CICE [crédit d'impôt pour les entreprises] et du pacte de responsabilité", estime l'Unédic. L'action du gouvernement est donc saluée.

Pourquoi il ne faut pas crier victoire trop vite. Toutes catégories confondues (y compris les personnes exerçant une activité partielle), le nombre de demandeurs d’emploi continuerait à progresser. Ils seraient 41 000 de plus entre mai et décembre 2015, et 38 000 de plus en 2016. Autrement dit, la baisse du chômage s'accompagnerait d'une hausse de la précarité.

Une "légère baisse" à la fin 2015, selon l'OCDE

La prévision. L'OCDE, organisation internationale des études économiques qui regroupe la plupart des pays développés, raisonne non pas en nombre d'inscrits à Pôle emploi, mais (comme l'Insee) en pourcentage de la population active. Elle parie sur un pic de 10,2% de chômeurs au deuxième trimestre, avant de redescendre à 10,1% en fin d'année puis à 10% à la fin 2016. L'OCDE se base sur une croissance de 1,1% en 2015 et 1,7% l'année suivante.

Pourquoi le gouvernement peut se réjouir. L'OCDE souligne que la hausse du chômage a ralenti "principalement sous l'effet des emplois aidés" (contrats d'avenir, etc.). L'organisation adresse également un satisfecit au pacte de responsabilité et au CICE, "qui permettront d'améliorer la compétitivité"

Pourquoi il ne faut pas crier victoire trop vite. A partir de 2016, l'embellie attendue serait surtout la conséquence de facteurs favorables extérieurs : euro faible, baisse des prix du pétrole, moindre rigueur budgétaire… Par ailleurs, l'OCDE prévient que les bienfaits de la politique menée par le gouvernement pourraient être "partiellement annulés par une dynamique de hausse des salaires". Elle souligne aussi que les entreprises ne sont pas encore suffisamment confiantes et restent frileuses pour embaucher. Pour accélérer le mouvement, l'organisation conseille au gouvernement d'aller plus loin dans les réformes. A savoir : limiter encore les dépenses publiques pour permettre de nouvelles baisses d'impôts, intensifier la simplification administrative et renforcer les compétences de la population en développant l'apprentissage dans le secondaire.

Un chômage stable jusqu'à la fin de l'année, selon l'Insee

La prévision. Début juin, l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a annoncé une heureuse (et inattendue) nouvelle : la baisse de 0,1% au premier trimestre du taux de chômage, passant de 10,1% à 10%. Mais les prévisions sont moins optimistes : selon l'Insee, il devrait remonter à 10,1% au deuxième trimestre et se stabiliser jusqu'à la fin de l'année. Pour la première fois, l'institut prévoit une croissance de 1,2% en 2015 (et 1,6 en 2016).

Pourquoi le gouvernement peut se réjouir. D'ici à la fin de l'année, il y aura autant de créations d'emplois que de nouveaux actifs sur le marché du travail, ce qui permettra d'endiguer la hausse du chômage. Pour expliquer cette embellie, l'Insee identifie autant des raisons externes (baisse du cours du pétrole, politique de la Banque centrale européenne), que des facteurs imputables à la politique de François Hollande (montée en charge du CICE et démarrage du pacte de responsabilité).

Pourquoi il ne faut pas crier victoire trop vite. Si la croissance reprend des couleurs, ce n'est pas suffisant pour faire baisser le chômage. Le scénario de l'Insee table sur une nette accélération des dépenses des entreprises au second semestre. Si elle n'a pas lieu, la reprise sera encore retardée. Le dossier grec pourrait aussi changer la donne : si aucun accord n'était trouvé d'ici à la fin du mois, la zone euro se retrouverait en crise et toutes ces prévisions seraient remises en cause. L'Insee estime que le taux de chômage pourrait éventuellement baisser, mais de manière factice, "si le nombre de chômeurs dits 'découragés' continue d'augmenter". Ces derniers n'étant plus en recherche active d'emploi, ils ne seraient plus comptabilisés dans les statistiques.