Chômage des jeunes peu qualifiés : quatre pistes pour en sortir

Comment aider les 2 millions de jeunes sans emploi ni formation à trouver un travail ? Dans une note présentée cette semaine au Premier ministre, le Conseil d'analyse économique esquisse plusieurs mesures.

Un apprenti peaufine ses baguettes à l\'Institut national de la boulangerie-pâtisserie, le 20 novembre 2012 à Rouen (Seine-Maritime).
Un apprenti peaufine ses baguettes à l'Institut national de la boulangerie-pâtisserie, le 20 novembre 2012 à Rouen (Seine-Maritime). (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

Début 2013, "près de 1,9 million de jeunes de 15 à 29 ans", soit 17% de la tranche d'âge, ne sont "ni à l'école, ni en emploi, ni en formation". Pire encore, souligne le Conseil d'analyse économique (CAE), "la moitié de ces jeunes, soit 900 000, ne cherchent pas d'emploi. Ils sont à la dérive."

Dans une note intitulée L'emploi des jeunes peu qualifiés en France, présentée cette semaine au Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, ce cénacle d'économistes chargé d'"éclairer les choix du gouvernement" suggère plusieurs pistes.

1 Un RSA sous conditions dès 18 ans

"En réservant le RSA aux personnes de 25 ans et plus, la France fait figure d'exception au sein des pays européens", écrit le trio d'experts auteurs de la note, Pierre Cahuc, Stéphane Carcillo et Klaus F. Zimmermann. Conséquence : "Parmi la population des 20% les plus pauvres, la moitié a entre 15 et 29 ans."

La raison ? "En France, on verse l'argent aux familles, mais pas aux jeunes, qui ne sont éligibles ni au RSA, ni à l'assurance-chômage", explique à francetv info l'un des auteurs, Stéphane Carcillo.

II estime donc qu'"il faut revenir là-dessus" et accorder, dès 18 ans, un RSA jeunes, mais sous conditions : "Avec une formation qualifiante, comme le fait le Danemark. Si le jeune n'a pas trouvé de travail au bout de trois mois, il doit suivre un an de formation qualifiante. Cette approche complète est assez vertueuse."

Mais le gouvernement retiendra-t-il "l'accès au RSA de tous les 18-25 ans sans ressources", éliminé il y a deux mois en raison de son coût ? Il se contente pour l'instant de la "garantie jeunes" (détaillée ici par Le Monde),de moindre portée.

2Des écoles de la deuxième chance

Autre proposition-phare : donner un coup d'accélérateur aux "écoles de la deuxième chance", un dispositif qui existe déjà avec le réseau des écoles de la deuxième chance et l'Etablissement public d'insertion de la défense, mais qui est jugé trop limité.

Source d'inspiration avouée, le programme américain des Job corps, fondé dans les années 1960 et concentrant l'aide sur les jeunes "qui n'ont pas terminé l'enseignement secondaire".

L'idée est d'offrir un "éventail complet de formation en matière d'enseignement de base" et "d'activités de socialisation". Les trois économistes insistent aussi sur la nécessité de ne pas pénaliser des jeunes en mal d'insertion par la culture générale.

"Ça marche parce que c'est long - neuf à douze mois, à temps plein - et que ça remotive les jeunes, insiste Stéphane Carcillo. Mais il n'y a que 20 000 places, pour 150 000 jeunes qui sortent chaque année sans diplôme."

Il propose de viser "75 000 formations d'avenir à temps plein" et de prévoir une évaluation du dispositif, qui doit déboucher sur une qualification certifiée.

3Une réorientation de la taxe d'apprentissage

L'alléchant gâteau de la taxe d'apprentissage, qui représente 2 milliards d'euros par an, doit-il être un peu mieux partagé ? La note du Conseil d'analyse économique préconise d'en réorienter une part "sur les jeunes sans diplôme pour lesquels l'efficacité des dépenses est la plus élevée".

Comme le reconnaît néanmoins Stéphane Carcillo, interrogé sur ce sujet, cette ponction "se fera au détriment de formations très qualifiantes, comme les écoles de commerce, par exemple". Car, pour les auteurs de la note, les étudiants ayant accès aux formations les plus élevées ont davantage les moyens de financer leurs études que les non-diplômés. Y compris par des prêts.

4Un contrat de génération qui cible les moins qualifiés

Le coût du travail est-il une barrière à l'insertion des jeunes les moins qualifiés ? Les économistes du CAE reprennent l'antienne. "Pour un jeune de 20 ans, écrivent-ils, la France se caractérise par le coût de travail au niveau du salaire minimum le plus élevé des pays de l'OCDE après le Luxembourg."

Et d'ajouter : "Un minimum légal aussi élevé n'engendrerait pas de difficulté majeure si les personnes sans qualification ni expérience professionnelle sur le marché du travail n'étaient si nombreuses."

Faute de "smic jeunes" ou de "contrat première embauche" (idée sur lesquelles se sont politiquement fracassés Edouard Balladur et Dominique de Villepin), il s'agit donc, une nouvelle fois, de baisser ce coût du travail en diminuant les cotisations sociales pour les jeunes les moins diplômés. "Les deux tiers des charges ont déjà été allégées, il reste un tiers à supprimer, qui peut créer beaucoup d'emplois", déclare Stéphane Carcillo.

Les trois experts suggèrent donc que les contrats de génération lancés par François Hollande ciblent en priorité "les rémunérations inférieures à 1,6 fois le smic pour l'emploi des jeunes en CDI. Ainsi, l'aide de 4 000 euros bénéficiera en priorité à l'embauche (actuellement très difficile) de jeunes peu qualifiés en CDI."