Handicap et discrimination : le gouvernement "donne des signes désastreux" pour la Fédération APAJH

Jean-Louis Garcia, le président de la Fédération des associations pour adultes et jeunes handicapés (APAJH) a réagi jeudi sur franceinfo au manque d'action du gouvernement pour favoriser le quotidien des personnes en situation de handicap.

Image d\'illustration chaise roulante
Image d'illustration chaise roulante (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

"Il faut se battre sans arrêt pour faire respecter son droit" quand on est en situation de handicap, dénonce Jean-Louis Garcia, président de la Fédération des associations pour adultes et jeunes handicapés (APAJH). Interrogé jeudi 9 août sur franceinfo, il revient sur l'affaire de la femme malvoyante à qui l'on a refusé l'entrée dans un restaurant à cause de son chien guide. Il rappelle que le handicap était encore "le premier motif de saisine du Défenseur des droits" en 2017.

franceinfo : Mercredi une personne malvoyante s'est vu refuser l'entrée dans un restaurant des Bouches-du-Rhône au motif que son chien guide était gênant. Est-ce que cette histoire est un cas isolé ?

Jean-Louis Garcia : Malheureusement non. Les personnes en situation de handicap, aveugles ou autres, ont le droit de vivre comme les autres. Or au seul motif du handicap, systématiquement, elles sont encore, en août 2018, exclues dans notre pays. Vous avez donné l'exemple de cette femme dans un restaurant qui montre que la personne est complètement désarmée et ne peut pas vivre naturellement sa vie. Pour vivre pleinement sa vie de citoyen aujourd'hui, quand on est en situation de handicap, il faut se battre sans arrêt pour faire respecter son droit.

On parle de discrimination par rapport aux personnes en situation de handicap, jusqu'où s'étend cette discrimination ?

Quand le Défenseur des droits a rendu son rapport sur l'année 2017, il a été obligé d'afficher des résultats qui montrent qu'une fois encore malheureusement le handicap est le premier motif de saisine du Défenseur des droits. Ça veut donc dire que même si les choses avancent on a encore des années-lumières de progrès à faire.

Les choses avancent comme vous le dites, du moins on a l'impression que le sujet n'est plus tabou ?

Certes, le sujet n'est plus tabou, et des politiques publiques sont conduites, mais on donne aussi des signes désastreux. Vous avez cette belle loi du 11 février 2005, qui dit que quand on bâtit du neuf ça doit être totalement accessible aux personnes handicapées. Et aujourd'hui dans notre pays, avec la fameuse loi ELAN et son article 18, on va passer de 100% de bâtiments neufs aux normes à 10%. Et on essaie de nous expliquer que 10%, c'est mieux que 100%. Comment voulez-vous que quelqu'un qui n'est pas totalement informé, qui ne connaît pas complètement le sujet du handicap, avec des signes aussi désastreux donnés au sommet de l'État, ne se comporte pas de la même façon et dise : "Maintenant le chien d'aveugle ne rentre pas dans mon taxi". Le handicap on ne l'efface pas, mais avec des aides animales et des aides financières, cela peut permettre à la personne handicapée de vivre avec tous les autres. Le problème de fond dans notre pays, c'est que la différence et la diversité font peur, et au motif de cette différence on rejette la personne en situation de handicap.