Covid-19 : "En matière de télétravail, c'est la volonté des salariés qui doit primer", estime Sophie Binet, co-secrétaire de la CGT

La syndicaliste affirme que, dans la majorité des cas, c'est l'employeur qui "décide ou non de faire du télétravail et à ses conditions". Elle demande un nouvau cadre pour la prise en charge du matériel et des frais professionnels.

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 Sophie Binet, co-secrétaire générale de l’UGICT-CGT. (BODO MARKS / DPA)

"En matière de télétravail, c'est la volonté des salariés qui doit primer (…) C'est quand même compliqué d'imposer à des gens que leur domicile devienne leur lieu de travail", a déclaré, mardi 6 octobre, sur franceinfo Sophie Binet, co-secrétaire générale de la CGT des cadres et techniciens (UGICT-CGT).

Alors que la ministre du Travail, Elisabeth Borne, a appelé les employeurs et salariés à s'organiser pour recourir au télétravail "autant que possible" en raison de la reprise de l'épidémie de Covid-19, Sophie Binet estime qu'il devient urgent d'établir "un nouvel accord interprofessionnel" sur le sujet, pour inclure les évolutions technologiques et rétablir certains droits que les ordonnances Macron de 2017 ont, selon elle, supprimés.

franceinfo : Est-ce que les syndicats et le patronat sont sur la même longueur d'onde en ce qui concerne le télétravail ?

Sophie Binet :  Ça fait des mois que les organisations syndicales réclament des négociations, parce que, pendant le confinement, on a constaté un télétravail en mode dégradé. La CGT des cadres et professions intermédiaires a fait une grande enquête sur le sujet, on a eu 35 000 réponses qui ont montré que la situation était extrêmement dégradée. Nous demandons au patronat des choses simples : un nouvel accord interprofessionnel qui vienne compléter et préciser celui qui existe et que nous avons négocié il y a quinze ans.

Nous pensons qu'il faut notamment préciser la notion de circonstances exceptionnelles parce qu'aujourd'hui, c'est ça qui permet d'imposer le télétravail et de passer outre le volontariat des salariés.

Sophie Binet, CGT des cadres

à franceinfo

C'est quand même compliqué d'imposer à des gens que leur domicile devienne leur lieu de travail. Ensuite, nous demandons des mesures pour garantir le collectif de travail et notamment la limitation du télétravail temps plein à des circonstances très exceptionnelles comme celle du Covid. Et puis, le fait qu'il y ait un cadre collectif pour organiser le télétravail au niveau national et au niveau local dans les entreprises, avec, à chaque fois, un accord collectif qui définit les conditions de son organisation et un avenant individuel aux contrats de travail des salariés pour que les choses soient claires.

Mais il y a bien une demande de la part de certains salariés en faveur du télétravail ?

Oui, tout à fait. On pense qu'en matière de télétravail, c'est la volonté des salariés qui doit primer, d'abord sur le choix d'être en télétravail ou non, et ensuite sur les conditions de son organisation. Or, aujourd'hui, c'est tout l'inverse qui se passe. C'est l'employeur qui décide ou non de faire du télétravail et à ses conditions, donc, nous, on pense qu'il faut remettre un cadre clair pour garantir l'application de la loi en matière de prise en charge du matériel et des frais professionnels.

Aujourd'hui, notre enquête l'a montré : dans la majorité des cas ce sont les salariés qui prennent en charge le matériel, leur ordinateur, les frais de connexion etc.

Sophie Binet

à franceinfo

Nous pensons aussi qu'il faut clarifier les choses sur la question de la garde d'enfants. C'est scandaleux de faire croire qu'on pourrait garder ses enfants lorsqu'ils sont malades, lorsqu'ils ne peuvent plus aller à l'école pour cas de Covid, tout en télétravaillant. Il faut arrêter cette hypocrisie.

À vous entendre, ce serait la loi de la jungle entre syndicats et patronat sur ce sujet ?

Le problème, c'est que le dernier accord qu'on a signé en France date de 2005, il a 15 ans. Donc il y a un certain nombre de choses à remettre à jour, ne serait-ce qu'au niveau technologique. Et le deuxième problème, c'est qu'Emmanuel Macron, quand il a fait ses ordonnances travail en 2017 a retiré un certain nombre de dispositions qui étaient dans la loi auparavant suite à l'accord signé en 2005. Donc, la loi est aujourd'hui en deçà de cet accord, notamment sur la prise en charge des frais professionnels et donc il y a une insécurité juridique pour les entreprises, une absence de clarté pour les salariés.

Que dit le code du travail ?

Le code du travail ne dit plus clairement qu'il faut prendre en charge les frais professionnels, alors que c'est évidemment une obligation générale.Si on va devant les tribunaux, les employeurs sont condamnés s'ils ne les prennent pas en charge. Nous, on préfère négocier qu'aller devant les tribunaux. Donc, il faut ouvrir des négociations partout pour garantir l'application des droits des salariés, notamment la prise en charge des frais professionnels et garantir aussi le respect du temps de travail.

L'enquête qu'on a faite pendant le confinement avait montré que 80% des salariés nous disaient qu'ils n'avaient pas de droit à la déconnexion.

Sophie Binet

à franceinfo

C'est très grave parce que c'est ça qui garantit le respect des temps de repos, de la santé des salariés. On travaille tout le temps et on doit être tout le temps joignable. Et donc là, on a besoin de mettre en place des dispositifs immédiats en urgence. Sinon, on risque une explosion des risques psychosociaux. D'ailleurs aujourd'hui, la CGT lance une grande campagne sur le télétravail pour consulter les salariés, pour leur permettre de donner leur avis, de dire ce qu'ils souhaitent, et ensuite, pour faire entendre des propositions et puis pour aider à la négociation au niveau local comme au niveau national, et obtenir un cadre collectif.

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