Comment employer et conserver les salariés seniors ? Les patrons s'interrogent alors que la France est à la traîne au niveau européen

La future réforme des retraites est largement abordée par le patronat réuni aux Rencontres des Entrepreneurs de France à Paris. 

Une employée de plus de 55 ans travaille dans un atelier de confection à Quimper (Finistère).
Une employée de plus de 55 ans travaille dans un atelier de confection à Quimper (Finistère). (FRED TANNEAU / AFP)

Le Medef fait sa rentrée. Les Rencontres des Entrepreneurs de France, nouveau nom de l’université d’été, se tiennent mercredi 28 et jeudi 29 août à l’hippodrome de Longchamp à Paris et se penchent forcément sur l'un des sujets au coeur de l'actualité : la réforme des retraites. Dans son discours d’ouverture, le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux a défendu le rapport Delevoye qui prévoit un âge de départ à la retraite "pivot" à 64 ans. "Les Français sont intelligents, ils ont compris que dans un système à 100% par répartition et avec le vieillissement de la population il faudra travailler plus longtemps", a-t-il affirmé. Mais Geoffroy Roux de Bézieux a également souligné l’une des conditions de réussite d'une telle réforme : "Que nous, les entreprises, nous faisions un véritable effort pour conserver et employer nos salariés de plus de 60 ans."

De fait, la France apparaît à la traîne dans ce domaine. Le taux d’emploi des 60-64 ans est de 31% tandis que la moyenne européenne dépasse les 45%. Comment expliquer ces chiffres et comment garder au travail les salariés âgés ? Les patrons s'interrogent. 

Entre maladies chroniques et poids salarial

Le docteur Florian Reynaud est le PDG de la société Concilio, 20 salariés. Cette dernière s’occupe entre autres de salariés en arrêt maladie. Dans son activité quotidienne, ce PDG est confronté à l’une des premières causes de la difficulté des salariés seniors à trouver un emploi : la maladie. "On a beaucoup d'utilisateurs de 50 à 60 ans pour des problèmes de santé personnelle. C'est une tranche d'âge où on a des maladies chroniques qui commencent à se manifester", explique-t-il.

Un constat que ne partage pas Annick Hersan. Selon la patronne de Huwan, entreprise de 40 salariés, spécialisée dans l’information des voyageurs, les salariés de plus de 60 ans ont bien changé. "Ils restent sportifs très souvent, ils restent actifs. Il y a une grosse évolution dans la physionomie des gens", explique-t-elle.

Je pense que le premier handicap est salarial. Les salariés âgés sont un poids énormeAnnick Hersan, cheffe d'entreprisefranceinfo

 "Je crois qu'il y a peut-être quelque chose à faire, une régressivité des salaires pour les personnes âgées avec des charges sociales moins élevées", poursuit Annick Hersan. "On ne peut pas diminuer les salaires mais par contre on peut jouer sur les charges sociales, ce qui s'est fait pendant de très nombreuses années sur les jeunes où on avait une diminution de charges ou pas de charges sociales du tout," analyse la directrice. 

Avoir plus de 55 ans est un frein à l'embauche

Patrick Chatrieux est entrepreneur dans l’automobile en région PACA et président régional du conseil de l’automobile. Il assure que des salariés âgés, son secteur en cherche partout. "En 2008, il y a une crise automobile, on a peut-être poussé les gens qui avaient ce fameux savoir-faire à quitter l'entreprise par des aides, des accompagnements. Et aujourd'hui sur des recherches d'emploi, on ne les a pas," détaille l'entrepreneur. "Dans une grande d'entreprise, on est un numéro, et après il y a des personnes qui ont fait des grandes écoles qui décident, et puis un sénior coûte peut-être plus cher qu'un jeune qu'on vient d'embaucher à compétences équivalentes", estime Patrick Chatrieux qui poursuit : "Nous on est attachés à notre personnel, on est attachés à le garder car la proximité mais aussi le maillage territorial, c'est nous qui le faisons et non pas les grandes entreprises qui souvent délocalisent". 

Mais selon une étude menée par l’organisme France Stratégies l'année dernière, trois managers sur quatre considèrent qu’avoir plus de 55 ans est un frein à l’embauche. Même si pour les patrons interrogés lors de ces REF, l’expérience reste une qualité irremplaçable au crédit des salariés seniors.