Réforme des retraites : "des avancées" pour la CFDT, une volonté "d'équilibre" pour le Medef, "de l'enfumage" pour la CGT

L'instauration d'un âge de départ à taux plein à 64 ans est unaniment dénoncé par les organisations syndicales de salariés, le Medef s'inquiète que les régimes qui ont été "fourmis" financent ceux qui l'ont moins été.

Le haut-commissaire Jean-Paul Delevoye salue le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, avant la présentation de ses propositions de réforme des retraites, le 18 juillet à Paris. 
Le haut-commissaire Jean-Paul Delevoye salue le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, avant la présentation de ses propositions de réforme des retraites, le 18 juillet à Paris.  (DOMINIQUE FAGET / AFP)

Le haut-commissaire Jean-Paul Delevoye a remis jeudi 18 juillet ses préconisations pour la réforme du système des retraites. Il a proposé notamment que le futur "système universel" comprenne un "âge d'équilibre" assorti d'un système de décote/surcote, de 64 ans pour la génération née en 1963, un minimum de retraites égale à 85% du Smic net, que les pensions de réversion au conjoint survivant s'élèvent à 70% du total des retraites perçues par le couple ou encore une majoration des droits dès le premier enfant de 5%.

Ces annonces ont été accueillies diversement par les organisations syndicales.

La CFDT salue "un certain nombre d'avancées"

"Ce sera un système plus redistributif, qui privilégiera d'abord ceux qui ont des carrières hachées, les femmes, ceux qui galèrent à rentrer sur le marché du travail", s'est réjoui sur franceinfo Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT.  "Le rapport de Jean-Paul Delevoye prouve que la mise en place d'un système universel des retraites est possible. La CFDT pousse ce type de réforme depuis de nombreuses années", rappelle Laurent Berger.

"Dès la première heure travaillée, vous allez pouvoir vous créer du droit, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui : il faut un certain nombre d'heures sur un trimestre pour pouvoir se créer du droit", explique le patron du 1er syndicat de France. "Quand on sait que nombre de salariés commencent leur carrière par de tout petits bouts de contrats, c'est une réalité pour calculer sa retraite. Il y aura des points spécifiques accordés dans les situations particulières, de maternité, de chômage, etc.", précise-t-il.

Nous ne voulons pas de cet âge d'équilibre fixé pour tout le monde à 64 ansLaurent Berger, CFDTà franceinfo

Point de discorde, l'instauration d'un âge de départ à un équivalent taux plein à 64 ans à partir de 2025. "Nous ne voulons pas de cet âge d'équilibre fixé pour tout le monde à 64 ans. Aujourd'hui, cet âge est individualisé. Il faut le laisser à la libre situation de chacun des salariés", estime Laurent Berger. "L'âge du taux plein est en fonction de la carrière des uns et des autres. C'est la même chose qui doit s'appliquer dans le futur régime", souhaite le patron de la CFDT.

Le Medef "soutiendra les grands principes de cette réforme mais sera vigilant dans les concertations"

"Il y a une volonté clairement affichée d'avoir une règle d'or d'équilibre", a salué Geoffroy Roux de Bézieux, qui se réjouit du fait qu'il "n'y a pas de fuite en avant". Il espère que cette réforme est "la dernière pour les 10 ou 15 prochaines années".

Le président du Medef s'est cependant interrogé sur "la gouvernance, la place des partenaires sociaux et le fonds de réserve universel". "Il ne faudrait pas que les régimes qui ont été fourmis, donc précautionneux, comme celui des salariés du privé ou des indépendants, soient ponctionnés pour financer ceux qui l'ont été moins", a-t-il alerté.

Geoffroy Roux de Bézieux a également exprimé des réserves "sur les effets redistributifs entre les générations et les salariés". Cependant, c'est pour lui "une réforme qui va compenser une partie, notamment pour les femmes et les salariés les plus précaires, de carrière hachée ou irrrégulière".

Pour la CGT, "c'est d'abord beaucoup d'enfumage"

"Nos craintes étaient fondées. Nous avons joué le jeu pendant 18 mois (...) Nous avons fait des propositions concrètes. Aucune n'a été retenue", constate Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT. "On a l'habitude. Ce gouvernement soit on est d'accord avec eux, soit on nous écoute et on nous entend pas", déplore le représentant syndical qui parle de "beaucoup d'enfumage" qui "ne règle en rien un certain nombre de problèmes qui sont liés au manque d'emploi à la précarité."

"Il faut se mobiliser. La retraite, ça concerne tout le monde. Et donc il y a besoin de se mobiliser. C'est pourquoi la CGT appelle d'ores et déjà la semaine du 20 au 27 septembre à plusieurs temps forts de mobilisation", a lancé Philippe Martinez.

"Les 62 ans ne sont plus l'âge de la retraite", dénonce FO

"Les 62 ans ne sont plus l'âge de la retraite, comme on le croyait. Ça deviendra l'âge minimum de l'ouverture de droits, mais de droits qui ne suffiront pas, et de moins en moins, à garantir une pension décente", dénonce Yves Veyrier, secrétaire général de Force ouvrière. 

"Ça ne sera pas une incitation, ça imposera de devoir continuer de travailler pour acheter des points, et partir plus tard pour bénéficier d'une pension décente", estime-t-il, "absolument en désaccord" avec ce système de décote.

Nous sommes plus que jamais mobilisés le 21 septembreYves Veyrier, FOà franceinfo

"Nous avions en face de nous Mme Buzyn (ministre de la Santé). Je lui ai rappelé que dans son secteur d'activité, beaucoup de salariés attendent avec impatience de pouvoir enfin partir à la retraite. Pour eux, c'est déjà beaucoup trop tard 62 ans, car ils ou elles ont été au service de personnes fragilisées, jeunes enfants, personnes âgées, malades, etc", insiste Yves Veyrier.

"Nous sommes plus que jamais mobilisés le 21 septembre", pour un rassemblement à l'appel de FO contre la réforme des retraites.