Journée des aidants : "Ils sont la colonne vertébrale invisible du système de santé", estime une médecin spécialiste de santé publique

"Beaucoup de personnes ne savent même pas qu’elles sont des aidants, voire ne connaissent même pas le terme", note la Dr Hélène Rossinot.

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
"Beaucoup de personnes ne savent même pas qu’elles sont des aidants", observe la médecin Hélène Rossinot (illustration). (BRUNO LEVESQUE / MAXPPP)

Jeudi 6 octobre 2022, c’est la Journée nationale des aidants. Elle concerne environ 11 millions de personnes en France. Hélène Rossinot, médecin spécialiste de santé publique appelle sur franceinfo les aidants à être "bienveillant" avec eux-mêmes et à "accorder de la valeur" à ce qu’ils font. "Les aidants sont la colonne vertébrale invisible du système de santé", assure l’auteure du livre Être présent pour mes parents. Ils sont aussi "une force pour les entreprises", ajoute-t-elle.

>> INFO FRANCEINFO. Emploi : en France, on devient aidant familial de plus en plus jeune

franceinfo : Sentez-vous dans le monde de l’entreprise une prise de conscience de la situation des aidants ?

Hélène Rossinot : Certaines entreprises font de vrais efforts. D’autres font ce que j’appelle du "carewashing", c’est-à-dire des entreprises qui en parlent une fois par an pour la journée des aidants et qui derrière ne font rien. J’ai tendance à penser qu’il faudrait de vraies opérations de communication sur le sujet en entreprise et pas forcément en ciblant les aidants. Beaucoup de personnes ne savent même pas qu’elles le sont, voire ne connaissent même pas le terme. Il faudrait aussi expliquer les points positifs. "

"Quand on est aidant, non seulement on est loyal et on a un mental d’acier mais on développe aussi tout un tas de compétences.  Aujourd’hui on voit encore beaucoup trop les aidants comme une faiblesse alors qu’ils sont une force pour les entreprises."

Hélène Rossinot, médecin spécialiste de santé publique

à franceinfo

On sait gérer un budget, on apprend à négocier, on coordonne des équipes, on remplit des dossiers administratifs.

Et dans le système de santé : les soignants ont-ils conscience de ce que sont les aidants ?

C’est encore léger. Certaines spécialités, oui, en particulier en neurologie. Les équipes qui s’occupent de patients atteints de la maladie d’Alzheimer sont beaucoup plus au fait de cette question. Mais soyons honnête, le corps soignant est encore très peu formé à la question des proches aidants. Le système lui-même est assez mal organisé. Il n’y a quasiment aucune communication entre l’hôpital et le monde du domicile. Les aidants sont la colonne vertébrale invisible du système de santé. On nous parle tout le temps "d’ambulatoire, d’Ehpad à domicile ou de maintien à domicile", sans les aidants, c’est impossible.

"Si les aidants s'épuisent et qu’ils craquent, un pan entier du système de santé va s’effondrer."

Hélène Rossinot

à franceinfo

Il existe désormais des allocations pour les aidants. Notamment le "congé de proches aidants" de 58 euros par jour pour trois mois. Est-ce suffisant ?

Beaucoup d’autres pays ont adapté le congé proche aidant de manière plus pragmatique. En Irlande par exemple, la durée du congé dépend du nombre de personnes à aider.

"Trois mois, ça ne représente rien. Le vieillissement dure vingt ans et on ne guérit pas d’un cancer en trois mois. En plus, c’est rémunéré au Smic."

Hélène Rossinot

à franceinfo

Les aidants sont souvent des femmes qui baissent leur temps de travail pour aider leurs proches. Quand on doit en plus gérer des enfants, c’est très compliqué d’avoir une baisse de salaire. On a donc souvent un choix à faire au quotidien, chose qu’on ne devrait pas avoir à faire.

Alors que dire, que conseiller à ceux qui sont déjà aidant ou qui vont le devenir ?

Laissez tomber les injonctions sociétales. Vous seul savez ce qui est le mieux pour vous et votre famille.

"Tout le monde va vous dire quoi faire.  Quoiqu’il arrive, vous vous sentirez coupable, vous aurez l’impression de ne pas en faire assez."

Hélène Rossinot

à franceinfo

Ce n’est pas vrai. C’est humain de se sentir coupable. Tout ce qui compte, c’est que vous teniez, ensemble. Ce ne sera pas facile à certains moments. Soyez bienveillant envers vous-même et accordez de la valeur à ce que vous faites car tout le monde n’est pas capable de s’occuper d’un de ses proches. Alors bon courage et bravo !

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Vie-professionnelle

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.