Retraites, temps partiel... Les chantiers qu'il reste (encore) à accomplir pour atteindre l'égalité professionnelle

Le gouvernement a dévoilé des mesures pour réduire les écarts de salaires. Mais il reste encore à faire pour obtenir une véritable égalité professionnelle, d'après les associations féministes contactées par franceinfo.

Marlène Schiappa et Emmanuel Macron, le 8 mars 2018, à Paris. 
Marlène Schiappa et Emmanuel Macron, le 8 mars 2018, à Paris.  (MICHEL EULER / POOL)

L'égalité femmes-hommes sera la "grande cause du quinquennat", avait prévenu Emmanuel Macron en novembre dernier. A l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, jeudi 8 mars, le Premier ministre Edouard Philippe a dévoilé quelques-unes des 50 mesures prochainement présentées pour atteindre l'objectif affiché par le chef de l'Etat.

En plus de son plan de lutte contre les violences faites aux femmes, le gouvernement s'est engagé à mettre fin aux inégalités salariales qui subsistent dans le monde du travail. Pour ça, la ministre Muriel Pénicaud a promis un renforcement des contrôles et la mise en place d'une "task force".

Pourtant, d'après les associations féministes, le gouvernement a ignoré certains chantiers essentiels pour atteindre une véritable égalité professionnelle sur le long terme. Franceinfo les a listés.

1Permettre aux femmes d'accéder à des postes à responsabilités

Ce que disent les chiffres. Le gouvernement a affirmé sa volonté de pénaliser les entreprises qui continuent de pratiquer des écarts de salaire injustifiés entre hommes et femmes à poste égal, c'est-à-dire lorsqu'ils sont ni basés sur une différence de qualification, d'âge ou de responsabilité dans l'entreprise. D'après un rapport du Forum économique mondial (en anglais) publié en novembre, cet écart est de 9%. Mais d'après une enquête de l'Insee, publiée en 2017, la différence globale de salaires entre les femmes et les hommes atteint 23,8%, quand on ne considère pas uniquement les rémunérations à poste égal.

Cet écart s'explique en partie par le fait que les femmes occupent des emplois moins rémunérateurs que les hommes. Seules 42% des cadres sont des femmes. Si cette part a progressé de 11 points en 20 ans, les salariées continuent de rencontrer plus de difficultés pour décrocher des postes à responsabilités au sein de leur entreprise. On l'a vu récemment avec le mouvement des femmes journalistes qui se sont indignées contre la "confiscation des postes d'encadrement par les hommes" au sein de leurs rédactions. 

Ce que préconisent les associations féministes. Premier chantier : permettre aux femmes d'accéder à des promotions dans leurs entreprises au même titre que les hommes. "On a tendance à dire que si les femmes gagnent moins, c'est parce qu'elles demandent moins d'augmentations ou qu'elles sont moins attirées par un salaire plus élevé. C'est faux", s'indigne auprès de franceinfo Rebecca Amsellem, fondatrice de l'association Les Glorieuses. Les femmes demandent des hausses de salaire mais le fait est qu'on leur donne moins souvent qu'aux hommes."

"Il y a aussi un énorme travail d'éducation à faire auprès des nouvelles générations pour permettre aux femmes de s'orienter vers des secteurs tout aussi rémunérateurs que les hommes, ajoute Céline Piques, porte-parole de l'association Osez le féminisme. Nous devons déconstruire les stéréotypes sexistes pour en finir avec la femme qui devient infirmière ou professeure des écoles et l'homme qui devient ingénieur."

2Limiter les emplois à temps partiel pour les femmes

Ce que disent les chiffres. D'après l'Insee, 30,4% des femmes actives occupent un emploi à temps partiel contre seulement 7,9% des hommes actifs. C'est quatre fois plus ! Souvent, le passage à temps partiel apparaît comme une solution pour mieux concilier vie familiale et vie professionnelle. D'autres femmes n'ont tout simplement pas le choix, parce qu'elles travaillent dans des secteurs qui ne proposent que peu d'emplois à temps plein. C'est notamment le cas dans le milieu de l'aide à la personne, de la propreté ou de la grande distribution. Là encore, des secteurs très féminisés.

Ce que préconisent les associations féministes. Plusieurs chantiers sont à engager. Les associations appellent d'abord à un "meilleur partage de la parentalité". Au mois de janvier, le gouvernement a annoncé que l'allongement du congé paternité était à l'étude. Mais, selon Céline Piques, "il faut aussi faire en sorte que le congé parental d’éducation [qui permet aux parents d'interrompre ou de réduire leur activité professionnelle après une naissance] soit plus souvent partagé entre le père et la mère".

3En cas de violences au travail, sanctionner l'agresseur et non la victime

Ce que disent les chiffres. L'affaire Weinstein a mis plus que jamais la lumière sur les violences sexuelles subies par de nombreuses femmes sur leur lieu de travail. Outre le cinéma, l'onde de choc provoqué par ce scandale a secoué de très nombreux secteurs, comme la politique ou le journalisme. Problème : d'après les associations féministes, ces affaires ont, dans une grande majorité des cas, davantage de conséquences sur la carrière des femmes que sur celle de leur agresseur présumé.

S'il est difficile de trouver des chiffres sur la question, l'Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT) donne tout de même un aperçu du phénomène. Dans une lettre adressée au Sénat, en 2012, l'association affirme que 95% des dossiers qu'elle traite aboutissent à une rupture du contrat de la plaignante. La situation d'Astrid de Villaines a récemment offert un exemple de ce phénomène. La journaliste de LCP a fini par démissionner après avoir porté plainte pour agression sexuelle contre le présentateur Frédéric Haziza. Ce dernier est toujours en poste.

Ce que préconisent les associations féministes. "Les entreprises ne veulent pas faire de vagues et préfèrent souvent exfiltrer la victime, en lui proposant une mutation ou une rupture conventionnelle, regrette Céline Piques, d'Osez le féminisme. Là encore, il faut changer les mentalités. Faire en sorte que ce soit les agresseurs qui soient mis à la porte et que ça n'ait plus de conséquences sur les carrières des victimes." D'après l'AVFT, les femmes qui ont dévoilé des cas de violences sexuelles "mettent parfois des années à se réinsérer dans le monde du travail. Ceci a un impact sur leurs cotisations pour la retraite".

4Résorber les écarts des retraites

Ce que disent les chiffres. Toutes ces inégalités au cours de la carrière professionnelle se traduisent finalement par de gros écarts au moment de la retraite. Parce que leurs vies professionnelles sont plus hachées, les femmes partent à la retraite en moyenne un an après les hommes, d'après l'Insee. Surtout, leurs pensions de droit direct – c’est-à-dire celles associées à la carrière professionnelle passée – sont inférieures à celles des hommes de 42% en moyenne. En 2014, les femmes de plus de 65 ans touchaient 891 euros net par mois contre 1 543 euros pour les hommes.

Ce que préconisent les associations féministes. Difficile de rectifier le tir quand ces écarts sont la conséquence de décennies d'inégalités. "Des emplois plus précaires, des perspectives de carrières qui sont moindres, une carrière interrompue pour s'occuper des enfants... La différence de retraites n'est que le résultat de tout cela, affirme Céline Piques. Ce que nous demandons au gouvernement, c'est de faire le nécessaire dès maintenant pour atteindre une réelle égalité professionnelle. Ce n'est que comme ça que les générations futures ne seront pas exposées aux mêmes problèmes de précarités que leurs aïeules."