Les femmes travaillent "bénévolement" à partir de 11h44 : "L'écart des inégalités salariales s'est agrandi"

Rebecca Amsellem, fondatrice de la lettre d'information féministe Les Glorieuses, déplore vendredi sur franceinfo que les inégalités salariales se sont creusées entre les femmes et les hommes. Elle propose trois pistes pour lutter contre.  

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À partir de vendredi 3 novembre, à 11h44, les femmes travailleront "bénévolement", selon le calcul des Glorieuses, une lettre d'information regroupant chaque semaine des actualités sur les femmes. Les femmes restent en moyenne payées 15,8 % de moins que les hommes, elles travaillent ainsi "gratuitement" pendant 39 jours ouvrés.

Ces inégalités salariales se sont creusées en un an. En 2016, les femmes commençaient à travailler "pour rien" à partir du 7 novembre. "L'écart des inégalités salariales s'est agrandi", assure Rebecca Amsellem, fondatrice des Glorieuses, invitée de franceinfo.

franceinfo : les inégalités salariales sont discutées depuis des années. Pourquoi n'évoluent-elles pas dans le bon sens ? 

Rebecca Amsellem : Les derniers chiffres qu'on avait étaient de 2010. L'écart était de 15,1 %. Là, les chiffres datent de 2015, et l'écart est de 15,8 %. L'écart des inégalités salariales s'est agrandi. La question n'est pas résolue. Et il n'y a pas eu de mesures de politique publique suffisamment efficaces pour endiguer ce problème de l'inégalité salariale.

Les inégalités salariales constituent-elles le sujet le plus important au sein des luttes pour les droits des femmes ? 

Je pense que tous les sujets qui ont trait aux droits des femmes sont importants. Et celui-ci en fait partie parce qu'il s'agit d'indépendance économique des femmes. 

Sans indépendance économique, il n'y a pas d'indépendance sociale ni d'indépendance politique.

Rebecca Amsellem, fondatrice des Glorieuses

à franceinfo

Donc effectivement, c'est un sujet extrêmement important. Et puis, ce n'est pas normal qu'en 2017, en France, les femmes, pour un même travail, gagnent moins.

Quelles mesures pourraient-être mises en vigueur ?

On est allés regarder dans les pays où ça se passait bien au niveau de l'égalité salariale : en Suède, en Norvège, en Islande. On s'est rendus compte qu'il y avait un trio de mesures publiques qui fonctionnaient assez bien pour arriver à une égalité salariale non pas dans 217 ans comme l'a suggéré hier [jeudi 2 novembre] le World Economic Forum mais dans une dizaine d'années. Ce trio, c'est à la fois une demande de transparence des salaires, faire en sorte que les entreprises publient leur grille de salaires. À partir du moment où on a cette information, on peut savoir s'il y a une égalité ou pas. Le deuxième point, c'est qu'il faut un congé parental équivalent aux deux parents. Pour un homme, il est de onze jours, c'est ridicule. Alors que pour les femmes, ça varie mais ça commence à quatre mois. Donc il faut qu'il y ait un congé équivalent pour qu'il n'y ait pas de discrimination à l'embauche. C'est la seule manière de pouvoir avancer sur ce sujet. Et la troisième mesure, c'est de faire un certificat d'égalité obligatoire, qui est délivré par l'administration publique auprès des entreprises. Ce sont les entreprises elle-mêmes qui doivent prouver qu'il y a une égalité de salaires.

Êtes-vous solidaires du mouvement #balancetonporc ?

Bien sûr, il faut être solidaire. C'est un mouvement extrêmement fort. Pour la première fois, la parole des femmes était légitimée. Pour la première fois, on croyait les femmes. Parce que ce n'est pas la première fois qu'on parle de harcèlement et d'agression. Mais pour la première fois, on leur tend le micro, on leur dit "on vous écoute et on vous croit". Et ça, c'est extrêmement important.