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"En 30 ans, du chemin a été parcouru" sur le dossier de la "dignité des femmes", estime l'ancienne secrétaire d'État aux droits des femmes Michèle André

"En 30 ans, du chemin a été parcouru" sur le dossier de la "dignité des femmes", a déclaré dimanche 8 mars sur franceinfo Michèle André, ancienne secrétaire d'État chargée des droits des femmes et de l'égalité des chances entre 1988 et 1991. Elle souligne aussi les avancées dans le domaine de la parité en politique.

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Radio France
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Michèle André, ancienne secrétaire d'État chargée des droits des femmes et de l'égalité des chances entre 1988 et 1991, lors d'une conférence à La Sorbonne en 1989. (MICHEL CLEMENT / AFP)

En cette journée internationale des droits des femmes, on peut choisir de voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. L'anciennne secrétaire d'État chargée des droits des femmes Michèle André choisit plutôt la deuxième option. Mais elle demande aux femmes de "ne pas s'autocensurer", et aux hommes de porter des "valeurs d'humanisme, de fraternité".

franceinfo : Vous étiez au gouvernement il y a 30 ans, est-ce que les choses ont changé depuis ?

Michèle André : Les demandes étaient déjà des questions autour des salaires, dont découlent les niveaux de retraite. Et puis, mais c'étaient les balbutiements, nous tentions d'attirer l'attention sur la question de la dignité des femmes, c’est-à-dire le respect de leur personne, le droit de n'être ni battues, ni violées, ni victimes d'inceste, mais c'était encore confidentiel. En 30 ans, il y a du chemin qui a été parcouru sur ce dossier.

A l'époque, il y avait 33 femmes députées à l'Assemblée nationale, et 9 femmes sur 319 sénateurs, donc la misère ! Pas de femme dans les grandes mairies, peu de femmes dans les exécutifs locaux des grandes villes.

Michèle André, ancienne secrétaire d'État chargée des droits des femmes entre 1988 et 1991

sur franceinfo

A l'époque, moi j'étais adjointe aux sports à Clermont, c'était très audacieux, Roger Quilliot avait fait le choix de trois femmes adjointes jeunes. C'étaient les débuts, il y avait la volonté de s'inscrire dans une parité qui a trouvé ses textes ensuite vers 1999-2000, parité qui n'est pas tout à fait terminée. On voit bien aujourd'hui que la majorité des têtes de liste dans les grandes villes et même ailleurs principalement restent des hommes.

Avez-vous été confrontée au sexisme, vous personnellement, comme le décrit aujourd'hui Valérie Pécresse ?

Moi j'ai abordé mon engagement politique avec l'idée que j'étais égale et que je voulais absolument mener ma route comme l'aurait fait un garçon. Le sexisme est dur dans tous les domaines. En politique, il y a plus de communication, il y a plus d'écho. C'est vrai qu'il y a des hommes qui ont la réflexion lourde qui ne sont pas toujours élégants, et puis ce côté "les femmes ne peuvent pas faire". Donc il faut sans arrêt se mettre en dispositif de ne pas s'autocensurer. Ça demande beaucoup d'énergie et beaucoup de confiance en soi.


En ce qui concerne les réflexions sexistes, je me souviens, j'étais adjointe aux sports, j'accueillais une étape du tour de France en 1988. Je me suis fait siffler en descendant de ma voiture par une personne qui s'est révélée être une personne qui travaillait sur le Tour. Il y avait un article [du règlement] du Tour de France qui interdisait les femmes dans les voitures suiveuses, tout un tas de choses qu'il a fallu mettre en évidence. Il a fallu dire : "Expliquez-nous pourquoi" et comme on ne comprend pas le pourquoi, on modifie. Et puis je me souviens d'un journaliste qui m'avait demandé si le fait d'avoir de belles jambes pouvait servir pour réussir en politique. Je lui ai dit que pour marcher c'était pratique, et que par ailleurs il ne poserait pas cette question à un garçon.

En tant que sénatrice et avec votre longue carrière politique, qu'avez-vous envie de dire aux hommes en ce 8 mars 2020 ?

Je veux continuer à leur dire que nous sommes l'humanité ensemble, et que notre part est à prendre, que nous la prenons, qu'ils le veuillent ou non. Et qu'il est important de porter des valeurs d'humanisme, de fraternité, de solidarité et que dans ce combat aujourd'hui nous ne sommes pas trop de tous et toutes.

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