Pourquoi les routiers bloquent routes et dépôts pétroliers

Dans la nuit du dimanche 24 au lundi 25 septembre, des routiers ont bloqué des routes et des stations-service dans plusieurs villes. Ils protestent contre la réforme du Code du travail, mais pas seulement.

Des grévistes FO-UNCP bloquent l\'accès à la raffinerie Total de Châteauneuf-les-Martigues (Bouches-du-Rhône), le 25 septembre 2017.
Des grévistes FO-UNCP bloquent l'accès à la raffinerie Total de Châteauneuf-les-Martigues (Bouches-du-Rhône), le 25 septembre 2017. (GUILLAUME HORCAJUELO / EPA)
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Opérations escargot, barrages filtrants, blocages de centres routiers... Lundi 25 septembre, les routiers sont appelés par la CGT Transports et FO à une grève reconductible. Les premiers blocages ont commencé avant l'aube dans le Nord, sur l'A22, près de la frontière franco-belge. Les routiers stoppent les camions, mais laissent passer les voitures et les transports en commun.

>> DIRECT. Suivez la mobilisation des routiers et les points de blocage

Les organisateurs visent des points stratégiques, comme les raffineries, les dépôts pétroliers ou les stations-service. A Caen (Calvados), une opération escargot a paralysé le périphérique, faisant monter la tension avec les forces de l'ordre. A 6 heures lundi matin, des actions étaient aussi menées au Havre, à La Rochelle, Toulouse, Lyon, Nantes ou Marseille.

Comme la semaine passée, les chauffeurs-routiers se mobilisent contre la réforme du Code du travail, mais aussi contre d'autres mesures qui pourraient toucher leur activité. Quelles sont leurs revendications ?

Pour protester contre la réforme du Code du travail

La réforme, validée vendredi 22 septembre par la signature de cinq ordonnances par Emmanuel Macron, est au cœur des revendications de la CGT Transports et de Force Ouvrière. Elle est accusée d’affaiblir la protection des routiers et de diminuer leurs salaires.

Plusieurs dispositions leur posent problème. Jusque-là, certains éléments de rémunération, comme les primes d’ancienneté ou le 13e mois, étaient fixés par la branche professionnelle. Ils pourront désormais être négociés dans l’entreprise. Les syndicats craignent que TPE et PME se lancent dans une course au "moins-disant social" pour remporter les appels d'offres.

Les routiers dénoncent aussi le plafonnement des indemnités prud’homales et les “licenciements économiques facilités dans les grands groupes”.

Autre point d’inquiétude, la fusion des instances représentatives du personnel. Dans les entreprises de plus de 50 salariés, un conseil d’entreprise rassemblera les actuels délégués du personnel, le comité d'entreprise (CE) et le CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail). Les syndicats craignent que les futurs membres de cet organe ne s'éloignent du terrain.

Pour s'opposer à la révision de la directive européenne sur le détachement

Aucun lien avec la réforme du Code du travail, mais ce texte européen est aussi au cœur du climat tendu dans le secteur. Le principe du détachement permet à une entreprise de l'Union européenne d'envoyer en mission ses salariés dans d'autres pays, tout en payant leurs cotisations sociales dans le pays d'origine.

La Commission européenne veut depuis quelques mois réformer ce texte adopté il y a vingt ans. Des changements pas assez rapides, selon les routiers français. Le problème constaté par la Commission est l’existence d’écarts salariaux importants, qui faussent la concurrence entre les entreprises du marché unique.

Le président Emmanuel Macron plaide pour un durcissement de la directive, responsable pour lui d'un "dumping fiscal et social" qui pourrait entraîner un "démantèlement de l'Union européenne". La France réclame que la durée maximale de détachement passe de 24 à 12 mois sur une période de deux ans. Actuellement, le dispositif permet de travailler pendant deux ans dans un autre pays avec ce statut, de revenir dans son pays et de repartir immédiatement. Pour combattre la fraude liée à cette disposition, la France veut aussi une plate-forme européenne de coordination gérée par la Commission.

Pour manifester leurs inquiétudes sur leur congé de fin d'activité

Le financement de ce dispositif de retraite anticipée n'est toujours pas assuré pour 2018. En avril 2017, le gouvernement et les partenaires sociaux ont signé un accord garantissant son financement sur trois ans, mais le texte tarde à être traduit dans la loi. "Le gouvernement a été incapable de nous présenter l'amendement au projet de financement de la Sécurité sociale (PLFSS)" censé appliquer l'accord, déplore la CGT.

Vendredi 22 septembre, la ministre des Transports a assuré que l’accord serait bien appliqué. "Le congé de fin d'activité sera maintenu, l'Etat assurera sa part de financement", a déclaré Elisabeth Borne. Elle a précisé, dans un courrier aux syndicats, que ces engagements seraient concrétisés par un amendement au projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2018.

Ce dispositif, adopté en 1996 après une longue grève, permet aux conducteurs (marchandises, voyageurs, déménagements, convoyage de fonds) ayant suffisamment d’ancienneté de partir à la retraite cinq ans avant l'âge légal. Le tout en conservant 75% de son salaire brut jusqu'à la retraite.

Enfin, certains routiers ont aussi fait part de revendications salariales, notamment pour les conducteurs de matière dangereuse.