Fin des 35 heures, licenciements facilités... Comment la droite surenchérit à la réforme El Khomri

Les candidats à la primaire de la droite et du centre n'hésitent pas à aller plus loin que la loi El Khomri, qui vise à réformer le Code du travail.

Alain Juppé et François Fillon, le 13 février 2016 à Paris.
Alain Juppé et François Fillon, le 13 février 2016 à Paris. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)
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Les débats sur la loi Travail leur donnent des ailes. Elle est contestée dans la rue, rejetée par les trois quarts des Français (selon des sondages), et ne passera à l'Assemblée qu'au forceps du 49.3 ? Qu'importe. Fin des 35 heures, réduction du Code du travail, licenciements facilités... Les candidats à la primaire de la droite et du centre rivalisent de propositions pour aller plus loin que le projet El Khomri. 

Abandonner les 35 heures 

"Il faut cesser de louvoyer. Ce sera à chaque entreprise de fixer la durée du travail dont elle a besoin." Alain Juppé, cité par Challenges, donne le ton. Et les principaux candidats à droite s'accordent sur le sujet, à quelques nuances près. 

Pour le maire de Bordeaux, note Libération, "la durée légale de 35 heures sera supprimée", et "chaque entreprise" fixera "la durée du travail dont elle a besoin dans le cadre d'une négociation". L'ancien Premier ministre de Jacques Chirac précise, sur son site de campagne, qu'il veut "refaire des 39 heures la durée de référence du travail". A priori, elles seront payées 39 heures. De son côté, François Fillon veut également la fin des 35 heures, mais il reste flou sur la compensation (payées 39 heures ou 35 ?). 

Un pas plus loin, Nathalie Kosciusko-Morizet estime, dans La Tribune, qu'il faut "supprimer toute référence à une durée légale unique du travail en deçà du plafond européen de 48 heures, et laisser les branches ou entreprises négocier leurs propres règles".

Cantonner le dialogue social au niveau de l'entreprise

Les principaux candidats à la primaire à droite s'engouffrent dans la large brèche créée par la loi Travail. Et la plupart – Alain Juppé, François Fillon, Hervé Mariton ou Nicolas Sarkozy, qui n'est pas encore officiellement candidat –  martèlent que le dialogue social doit se cantonner au niveau de l'entreprise.   

"Alain Juppé propose ainsi, détaille Libérationde faire de l'accord d'entreprise la norme de droit commun, notamment en matière de temps de travail." L'ex-ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy va plus loin, en limitant la durée de mandat des syndicalistes. "Pour éviter que les syndicalistes 'ne perdent le contact avec leur métier d’origine', ils ne pourront plus effectuer que deux mandats successifs, en consacrant au maximum 50% de leur temps de travail à la représentation des salariés", résume Challenges

Le maire de Bordeaux, toutefois, n'entend pas briser le monopole des syndicats sur la présentation des candidats au premier tour des élections professionnelles (CE, délégués du personnel), tandis que Bruno Le Maire franchit le pas : "Il faut ouvrir le premier tour des élections professionnelles à tous les salariés qui le souhaitent", déclare le député LR de l'Eure aux Echos.

Faciliter le licenciement

Autre point de convergence entre François Fillon et Alain Juppé : "Sécuriser les conditions de rupture du CDI en inscrivant dans le contrat de travail des motifs prédéterminés de rupture". Sous ce jargon, une idée claire : faciliter le licenciement.

"Ultralibérale, l'idée sort directement des fourneaux de la CGPME", explique Libération. L'employeur préciserait à la signature du contrat tous les motifs possibles d'interruption de CDI (baisse du chiffre d'affaires, perte d'un marché, etc.). Si l'une des clauses énoncées se produit, le licenciement ne peut être contesté.

Supprimer (ou alléger) le Code du travail

Que devient le Code du travail, à l'issue de toutes ces réformes ? L'ultralibéral Hervé Mariton prône dans La Tribune une méthode radicale : "Il faut supprimer le Code du travail, pas le modifier."

Bruno Le Maire se contente, dans Les Echos, de lui faire subir une sévère cure d'amaigrissement : "Le Code du travail doit passer de 3 700 pages à 150 pages, pour définir les droits fondamentaux des salariés. Tout le reste, sans exception, doit être négocié dans les entreprises entre les directions et des représentants des salariés élus". Un résumé de la position la plus répandue à droite.

Nicolas Sarkozy, lui, veut "repenser" ce Code du travail, parce que "la vérité", c'est que ce Code "défend ceux qui ont un travail, mais éloigne du travail ceux qui n'en n'ont pas".