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Communistes, étudiants, lycéens… Qui sont les jeunes qui descendent dans la rue contre la loi Travail ?

Alors qu'une nouvelle journée de mobilisation contre la loi Travail est prévue jeudi 31 mars, francetv info est allé à la rencontre de jeunes qui manifestent depuis un mois pour son retrait.

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France Télévisions
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Des étudiants et lycéens manifestent à Lyon (Rhône) contre la loi Travail, jeudi 24 mars. (MAXPPP)

Encartés, syndiqués ou "simples" citoyens : depuis un mois, des milliers de lycéens, étudiants et jeunes travailleurs défilent dans toute la France pour exiger le retrait du projet de loi Travail. Habitués des cortèges ou néophytes, tous aspirent à un autre avenir que celui dessiné par ce qu'ils appellent la "loi chômage". Alors que la mobilisation nationale s'effrite au fil des semaines (220 000 personnes le 9 mars selon la police, 150 000 la semaine suivante) ils jurent de ne rien lâcher jusqu'au retrait.

Une nouvelle journée de mobilisation est prévue jeudi 31 mars. Francetv info est allé à la rencontre des ces jeunes qui manifestent depuis le début pour son retrait.

Matthieu, 24 ans, secrétaire national de l'Union des étudiants communistes à Paris : "Quand la copie n'est pas bonne, on gomme tout"

Matthieu Bauhain, secrétaire national de l'Union des étudiants communistes (UEC) devant la Sorbonne, mardi 29 mars 2016. (ELISE LAMBERT/FRANCETV INFO)

Oui, Matthieu se revendique communiste, et non, il ne vous pas un culte à Staline. A 24 ans, le jeune secrétaire national de l'Union des étudiants communistes se considère plutôt comme le porteur d'une voix, celle des ouvriers et des travailleurs : "Ceux qui créent la richesse du pays." Depuis trois semaines, il est au premier rang des manifestations parisiennes contre la loi Travail. "Je milite depuis que je suis au lycée", raconte le natif de Châtellerault (Vienne), "dans ma ville, les fermetures d'usines ont touché tous mes proches. Mes parents, mes amis, leurs familles… C'est ce qui m'a conduit au communisme", raconte-t-il.

En 2008, alors qu'il n'a que 16 ans, les plans sociaux se multiplient à Châtellerault. "Avec mes amis, on voyait nos parents se faire virer au bout de trente-cinq ans de travail, sans ménagement. On ne pouvait pas l'accepter alors on a commencé à militer. La CGT, c'était notre QG, on s'est formés à leurs côtés." Huit ans plus tard, celui qui est désormais étudiant à l'Institut de préparation à l'administration générale s'oppose immédiatement à la loi Travail. "On va dévaloriser les diplômes, nous faire travailler plus pour gagner moins sans aucune sécurité", résume-t-il. "On ne dialoguera pas tant qu'il n'y aura pas de retrait. La réécriture, c'est de l'enfumage."

Au bout d'un moment, quand la copie n'est pas bonne, on gomme tout. On ne rajoute pas du blanco à chaque paragraphe.

Matthieu

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Pour autant, Matthieu refuse d'être qualifié de simple contestataire : "On a des propositions, on travaille dessus avec les militants." Baisser le temps de travail pour créer des emplois, généraliser le CDI pour permettre l'accès au logement et à l'emprunt bancaire… "La vraie question n'est pas de baisser le chômage à tout prix, mais plutôt quel sens donnons-nous au travail ? Quelle société voulons-nous ?" Déterminé à se battre jusqu'au retrait, Matthieu envisage déjà de faire pression sur les députés pour qu'ils votent contre. "Aujourd'hui, la jeunesse les agace, mais en 2017 ils seront contents d'avoir notre vote. Eh bien, ça sera notre vote ou la loi Travail."

Elisa, 18 ans, étudiante en cinéma à Bordeaux : "On galère déjà dans nos études et on nous promet pire pour la suite !"

Elisa Revillon, étudiante en cinéma, photographiée le 11 mars à Bordeaux (Gironde). (ELISA REVILLON)

Quand on lui parle de la politique du gouvernement, Elisa soupire puis s'emballe, enchaînant les revendications. "Depuis les attentats du 13 novembre, c'est la totale. Etat d'urgence, déchéance de nationalité et maintenant la loi Travail… Je ne m'identifie en rien à ce gouvernement et pourtant, je suis de gauche !" A 18 ans, cette étudiante en cinéma à Bordeaux se définit comme une autodidacte : "Mes parents sont de droite, je me suis fait mon opinion en lisant les journaux. Je suis de gauche parce que je pense que tout le monde devrait pouvoir vivre correctement, qu'importe son origine sociale." Dès son premier jour de fac en septembre, la jeune femme s'inscrit au syndicat étudiant Unef : "Voir des étudiants se mobiliser ensemble face à des problématiques, ça me correspond."

En novembre, lorsque sa mère, salariée des pompes funèbres se fait licencier pour mésentente avec son patron, la jeune femme vit l'événement comme un déclic. "Elle a des difficultés à se faire indemniser, maintenant. Je ne veux pas que cette situation soit généralisée à l'avenir !", martèle-t-elle. Ne lui dites pas non plus que les étudiants ne connaissent rien au travail : "La moitié d'entre nous a un job à côté des études. On connaît très bien la galère et les mois qui commencent dans le rouge. Et on nous promet pire pour la suite ?" Trois à quatre soirs par semaine, elle garde des enfants pour arrondir ses fins de mois : "Je rentre à 3 heures du matin et je reprends les cours à 9 heures. Je me disais que je serais plus posée quand j'aurai un travail — et puis non." Depuis le 9 mars, elle garde en tête le grand rassemblement prévu jeudi. "On sera jusqu'au-boutistes comme le gouvernement l'est avec nous. Même si le conflit s'épuise, il y en aura toujours pour descendre dans la rue."

Morgane, Kelly et Nell, 16 ans, lycéennes à Noisy-le-Sec : "Pas besoin d'avoir la majorité pour être capables de penser"

Kelly, Morgane et Nell devant leur lycée Olympe de Gouge à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis) mardi 29 mars 2016. (ELISE LAMBERT/FRANCETV INFO)

Elles n'ont que 16 ans, mais l'engagement de Morgane, Kelly et Nell, trois lycéennes de Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), ne date pas d'hier. "J'ai fait ma première manifestation avec mes parents à trois mois !", raconte Morgane, élève de seconde. "C'était en 2000, pour la libération de quelqu'un, mais je ne sais plus qui…"  Même chose pour Nell : à 5 ans, ses parents défilaient avec elle "pour la non-violence et un monde sans guerre", se souvient-elle. A la maison, on lit L'Humanité, on ramasse les tracts de la CGT et on dialogue beaucoup. "Je me sens communiste", revendique Morgane. "Je crois à l'égalité et au partage de la richesse."

Quinze ans après leurs premiers pas sur les pavés, alors qu'elles préparent leur passage en première ou leur bac littéraire, les trois lycéennes se regroupent "naturellement" pour manifester contre la loi Travail. Elles organisent des assemblées dans leur lycée, distribuent des tracts. "Mes parents en ont marre que je ramène des potes à 23 heures pour finir une pancarte, mais ils me soutiennent", dit Nell en souriant. Au début, elles ont du mal à mobiliser : "On était cinq le 9 mars, quinze le 17 mars ; on espère encore plus le 31 !", ajoute Kelly.

"Il n'y a pas que les lycées parisiens à se mobiliser. La banlieue aussi, mais on l'entend moins."

Nell

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Au-delà de leur opposition à la loi Travail, qui leur offre, disent-elles, "un avenir de misère", les trois jeunes filles ont l'impression de vivre leur "apprentissage de la mobilisation" et en sont très fières. La grande difficulté ? Sensibiliser leurs camarades qui ont peur de s'engager ou ne se sentent pas concernés. "Les syndicats lycéens tiennent un discours trop technique, alors on a rédigé des tracts plus adaptés, imprimés à la section locale du parti communiste bien sûr !" Déterminées à se faire entendre, Morgane, Kelly et Nell ont bien potassé le projet de loi : "On n'a pas besoin d'avoir la majorité pour être capables de penser." Et en cas de vote favorable ? "La jeunesse désertera le pays, pas sûr que le gouvernement soit prêt à ça", assure Morgane.

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