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Partage de la valeur : Oxfam dénonce un déséquilibre croissant en faveur des actionnaires dans les 100 plus grandes entreprises françaises

En dix ans, la dépense par salarié n'a augmenté que de 22% tandis que les versements aux actionnaires ont augmenté de 57%. L'ONG demande à l'État d'encadrer la part des bénéfices versés aux actionnaires.
Article rédigé par franceinfo
Radio France
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Partage du profit (illustration). (ERHUI1979 / DIGITAL VISION VECTORS VIA GETTY IMAGES)

Oxfam dénonce le "déséquilibre croissant du partage de la valeur en faveur des actionnaires et au détriment des travailleurs" au sein des 100 plus grandes entreprises françaises cotées en bourse, dans un rapport publié lundi 26 juin. La date n'a pas été choisie au hasard, le projet de loi sur le partage de la valeur au sein de l'entreprise est examiné ce jour à l'Assemblée nationale.

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"Entre 2011 et 2021, dans les 100 plus grandes entreprises françaises cotées, la dépense par salarié n'a augmenté que de 22% tandis que les versements aux actionnaires ont augmenté de 57%", s'indigne l'ONG. Selon Oxfam, l'an dernier, "le CAC40 a versé 80,1 milliards d'euros aux actionnaires sous forme de dividendes et rachats d'actions, ce qui représente une hausse de 15,5%" par rapport à 2021.

L'ONG compare cette hausse à celle de "3,9% sur un an du salaire dans le secteur privé". Elle juge donc les actionnaires "grands gagnants du partage de la valeur en entreprise".Cette "course à la satisfaction des actionnaires" contraste avec la perte de pouvoir d'achat ressenti par les Français. "Les salaires ne parviennent pas à suivre la cadence inflationniste, les ménages ayant perdu en moyenne 720 euros entre janvier 2021 et juin 2022", précise l'ONG. Oxfam dénonce "l'avidité des entreprises qui sur dix ans ont continué de verser des dividendes alors qu'elles enregistraient des pertes".

Sur les 100 plus grandes entreprises françaises cotées en bourse, "cinq ont versé des dividendes et rachats d’actions alors qu’elles étaient en déficit, dix ont versé aux actionnaires plus qu’elles n’ont fait de bénéfices et 48 ont distribué plus de 50 % de leurs bénéfices nets à leurs actionnaires". L'ONG pointe tout particulièrement du doigt Engie. Elle accuse le groupe énergétique d'avoir versé "à ses actionnaires la somme considérable de 23,6 milliards d'euros" entre 2011 et 2021, alors qu'il avait accumulé "plus de 784 millions d'euros de pertes" au cours de cette période. Il s'agit, selon Oxfam, d'une stratégie qui répond à une "vision court-termiste".

Pour Oxfam, celle-ci "se fait au détriment du climat et des salariés". L'ONG considère que les richesses créées ne sont pas suffisamment investies "dans la transformation écologique de l'économie". Elle a notamment constaté qu'en 2019, "la part des investissements des grandes entreprises françaises consacrée à la transition était uniquement de 6% en moyenne", alors qu'elle considère qu'il faudrait "flécher un minimum de 25% des investissements". Oxfam estime donc qu'en 2019, "45% des dividendes et rachats d'actions versés aux actionnaires par les 100 plus grandes entreprises cotées en bourse auraient suffi à couvrir leurs besoins en investissement dans la transition écologique cette année-là".

Les recommandations d'Oxfam

Face à ce constat, Oxfam liste plusieurs recommandations tant sur le plan national qu'européen pour que la "valeur ajoutée des entreprises profite à tous". L'ONG propose notamment de "réaligner la fiscalité du capital sur celle du travail, d'étendre la taxe française sur les transactions financières aux activités les plus spéculatives". Oxfam appelle également l'État à "encadrer la part des bénéfices versés aux actionnaires", notamment "en plafonnant la distribution des profits".

Elle souhaite que soit interdits "les paiements aux actionnaires" si certaines obligations ne sont pas remplies, telle que la mise en place "d'une stratégie climat ambitieuse" ou "un salaire décent sur l'ensemble de la chaîne de valeur". L'ONG se penche également sur la rémunération des dirigeants qu'elle souhaite encadrer "en supprimant tout critère de rémunération boursier, en instaurant un minimum de 50% de critères de rémunération extra-financier ambitieux et en conditionnant le versement de rémunération des dirigeants à l'atteinte des objectifs environnementaux et sociaux".


Méthodologie. Ce rapport Top 100 des entreprises : l'inflation des dividendes est le second volet d'une étude réalisée avec le Bureau d'analyse sociétale pour une information citoyenne (Basic). Il fait suite au rapport sur les écarts "abyssaux" de salaires entre PDG et salariés des 100 plus grandes entreprises, publié le 27 avril. Ce rapport analyse les données publiées par les 107 entreprises de la Société des bourses françaises cotées en 2021.

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