Des entreprises du Lot-et-Garonne "prêtent" leurs salariés au chômage technique à d’autres en manque de main d’œuvre

À Marmande, la Chambre de commerce et d’industrie du Lot-et-Garonne met en relation les entreprises qui souffrent d’une baisse de production avec d’autres, plus chanceuses, qui connaissent un regain d’activité. Plutôt que licencier, les unes prêtent aux autres leurs salariés.

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Radio France
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Damien, 43 ans dont huit passés chez CSA, a été "prêté" par son entreprise à une société de maintenance de Damazan.
 (SEBASTIEN BAER / RADIO FRANCE)

Depuis plusieurs mois, les gigantesques machines de 30 mètres de long et 250 tonnes ne tournent plus qu'au ralenti. La crise sanitaire du coronavirus Covid-19 a mis un coup d'arrêt à l'activité des 57 salariés de l'entreprise CSA, qui fabrique des pièces pour les avions. "Cette usine avant la crise, elle tournait sept jours sur sept en 3/8, explique un salarié. Et aujourd'hui, on travaille en 1/8, quatre jours par semaine. Aujourd'hui, on en est à peine à 20% de ce qu'on avait il y a un an."

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"Là, j'ai fait 19 licenciements secs pour éviter d'autres licenciements", indique Jérôme Creuzet, le patron de cette PME située à Marmande, dans le Lot-et-Garonne. Pour éviter d'autres licenciements, il a décidé de prêter quelques uns de ses salariés à d'autres entreprises. C'est l'unique façon, dit-il, d'être prêt quand l'activité reprendra. "Pour former un opérateur chez nous, il faut environ cinq ans, explique Jérôme Creuzet. Pour moi, se séparer de ce personnel qu'on a trouvé et qu'on a formé, c'est un vrai problème. De toute manière, ça va repartir. Et quand il faudra redémarrer, il faudra que toute l'équipe soit là." 


Jérôme Creuzet, président de l'entreprise CSA, spécialisée dans la construction de structures aéronautiques à Marmande, a prêté sept de ses salariés.
 (SEBASTIEN BAER / RADIO FRANCE)

À 30 kilomètres de là, Damien, 43 ans, répare désormais des nacelles et des grues pour le compte de l'entreprise Hydraulique Aquitaine. Il est l'un des sept salariés prêtés par CSA. "C'est important pour nous de ne pas rester les bras croisés à la maison à ne rien faire, indique-t-il. Quand vous passez de tout à rien, ce sont des choses qui manquent forcément. Ce n'est pas toujours bien moralement et on ne s'en rend pas compte tout de suite." Son nouveau patron, Alain Housau, qui prend en charge son salaire, estime que l'expérience est réussie. Pour nous, c'est un devoir d'aider les autres, explique-t-il.

"On a du travail, donc autant faire participer les gens qui ont besoin de travail, sinon ils sont au chômage. C'est gagnant-gagnant pour tout le monde."

Alain Housau

à franceinfo

Dans le Lot-et-Garonne, ils sont 15 salariés à avoir expérimenté ce dispositif. Les demandes affluent de tous les secteurs, détaille Gislaine Hereu, de la Chambre de commerce et d'industrie du département. "On a prêté du personnel aussi bien dans des entreprises de l'agroalimentaire, le bois, le bâtiment, indique-t-elle. Il faut qu'on arrive à trouver des salariés qui correspondent pile-poil avec l'entreprise bénéficiaire et ce n'est pas toujours facile."

Le programme est prévu sans limite dans le temps, mais le patron de CSA, l'entreprise aéronautique, espère récupérer ses salariés le plus rapidement possible. Signe que la reprise économique sera là.

Dans le Lot-et-Garonne, le reportage de Sébastien Baer
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