Déficit à 3% en 2013 : l"illusion" de François Hollande

En 2010, François Hollande jugeait que promettre de ramener le déficit public sous la barre des 3% du PIB en 2013 était une "illusion". Il s'y était pourtant engagé pendant la campagne... avant de faire marche arrière aujourd'hui. 

Le chef de l\'Etat, François Hollande, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, et le ministre de l\'Economie, Pierre Moscovici, le 17 octobre 2012 à l\'Elysée, à Paris.
Le chef de l'Etat, François Hollande, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, et le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, le 17 octobre 2012 à l'Elysée, à Paris. (VILLARD / SIPA)

L'exécutif avait préparé les esprits, François Hollande l'a confirmé : faute de croissance suffisante, le déficit public ne sera pas ramené à 3% du PIB en 2013, mais sera "sans doute de 3,7%", a-t-il annoncé mardi 12 mars lors d'un discours prononcé à Dijon (Côte-d'Or). Francetv info en profite pour revenir sur l'échec annoncé de cette promesse.

Acte 1 : en 2010, Hollande juge l'objectif "illusoire"

"Je dis très franchement qu'on n'atteindra pas les 3% du PIB de déficit en 2013, c'est une illusion." Le 30 mai 2010, François Hollande est alors simple député de Corrèze. Invité d'Europe 1, il juge l'objectif affiché par la droite en matière de réduction du déficit public "impossible" à tenir, "sauf à augmenter drastiquement les impôts".

"Il faut se donner 2015, il faut se donner du temps, ajoute-t-il. Il n'y a rien de pire pour les citoyens, comme pour les marchés, que d'afficher des perspectives qui ne sont jamais atteintes. Mieux vaut fixer des objectifs réalistes et les tenir."

Acte 2 : en 2011, il reprend l'objectif à son compte

A peine plus d'un an après ses critiques, François Hollande est candidat à la primaire du Parti socialiste pour l'élection présidentielle. Face aux accusations de laxisme qui émanent de la droite, François Hollande martèle sa volonté de "sérieux budgétaire".

Dans un entretien au Monde, le député de Corrèze annonce le 16 juillet 2011 que s'il est élu en 2012, il faudra "rééquilibrer nos comptes publics dès 2013". Adieu la promesse "illusoire". "Je ne le dis pas pour céder à je ne sais quelle pression des marchés ou des agences de notation, assure-t-il, mais parce que c'est la condition pour que notre pays retrouve confiance en lui. (...) La dette est l'ennemie de la gauche et de la France."

Acte 3 : à l'automne 2012, les doutes de la majorité

Elu à l'Elysée, et en dépit d'une croissance atone, François Hollande maintient son cap. "La crise rend cet exercice plus ardu, mais d'autant plus nécessaire", assure-t-il le 7 septembre 2012 devant la Cour des comptes, tout en annonçant 10 milliards d'euros d'économies.

Mais au début de l'automne, les doutes se font entendre au sein de la majorité. Et ce n'est autre que le président de l'Assemblée nationale qui ouvre le feu : le 24 septembre, Claude Bartolone juge l'objectif de ramener le déficit à 3% en 2013 "intenable", arguant qu'"on ne peut pas demander le même effort aux pays lorsqu'il y a la croissance et lorsqu'il n'y en a pas". Que cet objectif soit atteint "une année ou une autre année, ce n'est pas la question essentielle", acquiesce le patron du PS, Harlem Désir.

En vain. Alors que les prévisions de croissance pour 2013 sont mauvaises, le gouvernement ne souhaite pas modifier son cap. Atteindre cet objectif est "impératif", assure le 16 octobre le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault. "C'est la souveraineté nationale qui est en jeu", affirme-t-il.

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Acte 4 : en 2013, Hollande concède son échec

Ce qui devait arriver arrive le 22 février 2013 : alors que le gouvernement table depuis plusieurs mois sur une croissance à 0,8% en 2013, la Commission européenne abaisse sa prévision à 0,1%. L'exécutif est alors obligé de reconnaître que son objectif de ramener le déficit à 3% ne sera pas atteint en 2013.

"La trajectoire est bien celle d'aboutir à un équilibre de nos finances publiques à la fin du quinquennat", maintient cependant François Hollande le 23 février, précisant le 12 mars que le déficit sera "sans doute de 3,7%" du PIB en 2013, après 4,5% en 2012 et 5,2% en 2011. "La bonne stratégie est de rester dans cette trajectoire", ajoute-t-il. Même si tout dépendra, là encore, de ce que sera la croissance dans les mois et les années à venir.

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