Le plan du Medef peut-il relancer la croissance ?

Francetv info a voulu savoir si trois des "propositions de travail" de l'organisation patronale pouvaient créer des emplois et faire progresser le PIB. 

Le président du Medef, Pierre Gattaz, le 27 août 2014 lors de l\'université d\'été du Medef à Jouy-en-Josas (Yvelines).
Le président du Medef, Pierre Gattaz, le 27 août 2014 lors de l'université d'été du Medef à Jouy-en-Josas (Yvelines). (MEIGNEUX/SIPA)

Suppression de jours fériés, assouplissement du Smic et des 35 heures : le Medef a lancé mercredi 24 septembre son programme pour créer un million d'emplois en cinq ans. Ce plan, récemment révélé en partie dans la presse, avait fait crier à "la provocation" les syndicats.

Francetv info s'est penché sur cette liste et a passé au crible trois des propositions phares. Peuvent-elles relancer la croissance et l'emploi ?

Assouplissement du SMIC : oui, mais au risque de précariser les salariés

La proposition du Medef : Pierre Gattaz propose d'introduire de contrats aidés pour l'embauche de chômeurs de longue durée, afin de permettre aux entreprises de les recruter à un coût inférieur au Smic plus les charges patronales. Une mesure qui pourrait permettre, selon lui, la création de 50 000 à 100 000 emplois. 

Ce qu'en dit un économiste : "Cela revient à baisser significativement le coût du travail donc oui, il peut y avoir un effet sur l'emploi", admet Mathieu Plane, chercheur à l'OFCE interrogé par Le Nouvel Observateur. Mais attention, cette baisse du Smic va créer "des emplois, mais des emplois précaires", prévient-il.

Assouplissement des 35 heures : déjà fait

La proposition du Medef Le patronat veut revoir le principe d'une durée légale imposée à toutes les entreprises pour prendre en compte "la diversité des situations (...) et permettre la fixation négociée d'une durée du travail, au niveau de l'entreprise".

Ce qu'en disent les études : Presque quinze ans après son entrée en vigueur, il est quasiment impossible de tirer un bilan précis et objectif des 35 heures. Entre 1998 et 2002, la réduction du temps de travail a permis de créer "350 000 emplois, sans déséquilibre financier apparent pour les entreprises", selon l'Insee (PDF). C'est le seul point sur lequel tout le monde s'accorde. Mais entre sa mise en place et aujourd'hui, pas moins de six lois ont assoupli ce dispositif. Avec des résultats, peu probants, sur l'emploi.

Supprimer deux jours fériés : probablement pas

La proposition du Medef : Pour le patronat, la suppression de deux des onze jours fériés de l'année permettrait de gagner 1% de croissance du PIB (Produit intérieur brut). Et elle créerait près de 100 000 emplois.

Ce qu'en disent les études : En 2013, on comptait 251 jours de semaine ouvrés en France, soit deux de moins qu'en 2012 (le 15 août et le 14 juillet tombaient un dimanche). Résultat : l'impact de ces deux jours en moins sur la croissance a été évalué à -0,1%. Slate rappelle que, depuis trente ans, l'impact des jours travaillés en plus ou en moins chaque année est comprise entre -0,2 et +0,2 point de croissance d'une année sur l'autre. On est donc bien loin du 1% de croissance promis. Un chiffre qui correspond davantage à une simple règle de trois : deux jours travaillés correspondent à 16 milliards d'euros de PIB, soit près de 0,8% du PIB annuel.

Travailler le dimanche : difficile à quantifier

La proposition du Medef : Un accord avec les salariés qui le désirent ou grâce à des négociations dans les entreprises sur l'ouverture des commerces le soir et le dimanche pourrait permettre la création de 50 000 à 200 000 emplois à terme dans le tourisme et entre 40 000 et 100 000 emplois dans le commerce et la distribution.  

Ce qu'en disent les études : "Aucun économiste ne se prononce pour un surcroît [global] d'activité", avouait, en octobre 2013 dans le JDD, Jean-Paul Bailly. Le directeur de La Poste avait été chargé de diriger une mission sur la question du travail dominical. Jean-Paul Bailly précisait, à l'époque, que les conséquences sur l'emploi étaient "contrastées", sans donner de chiffres précis. 

Selon une  étude du Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Credoc) publiée en 2008, l'ouverture dominicale aurait un impact bien plus limité que les estimations du Medef, avec une fourchette variant de 14 800 à 16 000 emplois créés. Elle révèle notamment que, dans le secteur alimentaire, l'ouverture des grandes enseignes provoquerait la destruction d'emplois dans les petits commerces qui restent traditionnellement ouverts le dimanche.

Mais pour la Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques (iFrap), un think tank libéral, la libéralisation du travail dominical pourrait "créer 200 000 emplois potentiels, et 11 milliards de recettes nouvelles pour les caisses sociales", expliquait sa directrice interrogée sur Europe 1.

Lisser les seuils sociaux : peut-être, mais de façon limitée

La proposition du Medef : A la veille des négociations entre partenaires sociaux sur cette question (les seuils sociaux désignent le nombre de salariés à partir duquel les entreprises doivent remplir des obligations sociales, fiscales ou réglementaires, comme par exemple l’obligation de mettre en place un comité d’entreprise à partir de 50 salariés), le Medef ne donne pas de pistes précises. Mais l'organisation patronale estime qu'en les lissant, et donc en permettant aux entreprises de grossir sans contraintes, entre 50 000 et 100 000 emplois pourraient être créés en trois ans.

Ce qu'en disent les études : Là encore, l'Insee n'est pas du même avis que le Medef. Selon une étude de décembre 2011, l'impact d'une telle réforme serait limité. En l'absence de seuils dans la législation, la proportion d'entreprises dont le nombre de salariés est situé entre 0 et 9 diminuerait de 0,4 point, tandis qu'elle augmenterait de 0,2 point dans chacune des tranches 10-19 salariés et 20-249 salariés. Eric Heyer, pour l'OFCE, est lui aussi de cet avis. Dans 20 Minutes, l'économiste cite trois études qui ont montré que la suppression de ce seuil ne créerait pas ou peu d'emplois. 

Une analyse qui n'est pas partagée, là encore, par l'iFrap. Le think tank libéral affirme que la suppression des seuils pourrait créer entre 70 000 et 140 000 nouveaux emplois.