Hollande reste discret sur ses propositions anti-crise

Le candidat socialiste à la présidentielle a organisé un colloque mercredi sur le thème des solutions pour sortir de la crise économique. Mais ses réponses se font attendre.

François Hollande, candidat PS à la présidentielle, tient une conférence de presse à Paris, le 9 novembre 2011.
François Hollande, candidat PS à la présidentielle, tient une conférence de presse à Paris, le 9 novembre 2011. (PATRICK KOVARIK / AFP PHOTO )

Alors que l'euphorie de la primaire commence à retomber et que son début de campagne présente des signes de flottement, François Hollande ne veut pas se presser. "L'élection n'est que dans six mois", répètent les lieutenants du candidat socialiste à la présidentielle. Mais Nicolas Sarkozy, lui, commence à remonter dans les sondages, et ses proches veulent croire à un début d'embellie durable. "Hollande a mangé son pain blanc. Le contraste s'est amplifié avec le G20. Il a perdu la bataille de la crédibilité", glisse un conseiller élyséen dans Le Figaro

Pour tenter de faire mentir ses opposants, François Hollande a donc réuni des économistes qui lui sont proches (Thomas Piketty, Elie Cohen, Jean-Hervé Lorenzi, Philippe Aghion...), mercredi 9 novembre, pour un colloque à huis clos consacré aux solutions pour sortir de la crise, comme il l'avait déjà fait fin août. Mais face aux journalistes, il n'a fait essentiellement que reprendre, sous forme de listing détaillé, des propositions qu'il avait déjà évoquées au cours de la primaire.

Les paradis fiscaux dans le viseur

Rare nouveauté dans le programme : l'établissement d'"une liste noire des hedge funds", ces fonds spéculatifs établis dans des paradis fiscaux, et "l'interdiction aux banques françaises de financer ce type de fonds""Ces hedge funds déstabilisent les banques qui les financent. Aucune banque ne doit être en relation avec un fonds qui n'est pas sur un marché organisé." Et d'ajouter qu'"aucune banque ne devrait travailler avec un pays qui abrite un paradis fiscal".

Pour le reste, rien qui n'ait pas déjà été annoncé durant la primaire : création d'une gouvernance de la zone euro, mise en place d'euro-obligations (emprunts faits en commun par les membres de la zone euro), taxe sur les transactions financières... Quant au plan de réduction des déficits publics, que François Hollande souhaite mettre en œuvre pour atteindre l'équilibre d'ici à 2017, il a indiqué qu'il ne le détaillerait qu'au lendemain de la présidentielle. "Elisez-moi, je dirai pourquoi après", n'a pas tardé à railler le député UMP Sébastien Huyghe sur Twitter.

"On ne tient pas un discours churchillien à la fin d'une guerre"

"La campagne sera longue. On ne peut pas distiller toutes nos propositions à six mois de l'élection", relativise un proche du candidat socialiste, selon qui le programme détaillé devrait être présenté en janvier ou février.

Finalement, c'est sur le terrain de l'anti-sarkozysme que le député de Corrèze s'est une nouvelle fois montré le plus à l'aise. Le G20 ? "Aucun objectif n'a été atteint, montrant les limites de la méthode Sarkozy." Un accord entre le président américain, Barack Obama, et son homologue français ? "Ma connaissance de l'anglais m'a permis de comprendre qu'il y avait une divergence. L'un, Nicolas Sarkozy, parlait d'une taxe sur les transactions, l'autre, sur les établissements financiers." Le couple franco-allemand ? "Aujourd'hui, c'est l'Allemagne qui fait prévaloir son point de vue, c'est l'Allemagne qui dicte l'agenda." La France mieux armée que ses voisins face à la crise ? "La France n'est pas protégée, parce quelle n'est pas bien présidée." Le volontarisme et la fermeté de Nicolas Sarkozy contre la crise en cette fin de quinquennat ? "On ne tient pas un discours churchillien à la fin d'une guerre !"

Nicolas Sarkozy recevra pourtant le prix Churchill le 2 décembre, lors du sommet franco-britannique annuel. Selon Le Figaro, le Churchill Centre veut rendre hommage à "l'action internationale" du Président. "Churchill, c'est le sang, les larmes et… la victoire", se réjouit un proche du chef de l'Etat cité par le quotidien. Oubliant peut-être qu'en 1945, au sortir de la seconde guerre mondiale, le leader britannique avait été battu par les travaillistes, et avait dû attendre six ans pour retrouver son fauteuil de Premier ministre...

La vidéo intégrale de la conférence de presse de François Hollande :