Réforme de la zone euro : Angela Merkel répond à Emmanuel Macron

Dans une interview accordée au "Frankfurter Allgemeine Zeitung", la chancelière allemande accepte le principe d'un budget d'investissement raisonnable et détaille sa proposition de Fonds monétaire européen.

Angela Merkel devant les étudiants de l\'European School of Management and Technology (EMST) de Berlin, le 28 mai 2018.
Angela Merkel devant les étudiants de l'European School of Management and Technology (EMST) de Berlin, le 28 mai 2018. (POP-EYE / BEN KRIEMANN / AFP)

Angela Merkel a pour la première fois détaillé sa réponse à Emmanuel Macron sur la réforme de la zone euro, en acceptant notamment un budget d'investissement et en prônant la création d'une Fonds monétaire européen. "Nous avons besoin d'une plus grande convergence économique entre Etats membres au sein de la zone euro", a ainsi déclaré, dimanche 3 juin, la chancelière allemande dans une interview accordée au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung.

"Nous avons pour cette raison proposé un budget d'investissement pour la zone euro dans le contrat de coalition" du nouveau gouvernement allemand entre conservateurs et sociaux-démocrates "et j'y suis favorable", a ajouté Angela Merkel. La chancelière a mentionné un montant pour ce budget "limité à deux chiffres en milliards d'euros", soit quelques dizaines de milliards d'euros.

Un budget très éloigné de celui souhaité par le président français. Emmanuel Macron avait l'an dernier appelé de ses voeux un budget équivalant à "plusieurs points du PIB de la zone euro", soit plusieurs centaines de milliards d'euros.

Un Fonds monétaire européen pour ne plus dépendre du FMI

Par ailleurs, Angela Merkel a détaillé la proposition allemande de création d'un Fonds monétaire européen (FME), qui viendrait en aide aux pays aux difficultés, en échange toutefois de strictes conditions et d'une surveillance étroite de pays ainsi épaulés. "Nous voulons nous rendre un peu indépendants du Fonds monétaire international", a-t-elle expliqué.

Ce FME reprendrait d'une part les prérogatives du Mécanisme européen de stabilité (MES), chargé aujourd'hui d'aider à financer la dette de pays en crise comme la Grèce, en leur accordant des prêts de long terme. Mais il irait plus loin. "A côté de cela, je peux m'imaginer la possibilité d'une ligne de crédit à plus court terme, cinq ans par exemple", a souligné la chancelière.

Ces prêts seraient destinés "à soutenir des pays confrontés à des difficultés d'origine extérieure", a-t-elle ajouté. En contrepartie, les pays concernés devraient accepter  comme pour le FMI – que ce FME ait un droit de regard et d'intervention dans leurs politiques nationales. Ce FME serait chargé d'"évaluer la solvabilité des Etats membres" et à l'aide "d'instruments adaptés" pourrait "rétablir" cette solvabilité si elle n'est plus assurée, a-t-elle dit. Car pour Angela Merkel, il ne peut être question de créer "une Union de l'endettement" en zone euro.