Crise en Guyane : "Tous les voyants sont au rouge et nous ne sommes pas écoutés"

Antoine Karam, sénateur de Guyane, s'est indigné, vendredi sur franceinfo, que le mouvement de contestation sociale qui se manifeste actuellement en Guyane, ne soit pas plus entendu par le gouvernement.

Antoine Karam, le 2 décembre 2005, à Cayenne (Guyane). (Photo d\'illustration)
Antoine Karam, le 2 décembre 2005, à Cayenne (Guyane). (Photo d'illustration) (JODY AMIET / AFP)

Depuis le début de la semaine, la Guyane est paralysée par un mouvement de contestation sociale. Cette situation a poussé Arianespace à ajourner le lancement d'une fusée. Le rectorat a également dû fermer les établissements scolaires jusqu'à nouvel ordre. Pour Antoine Karam, sénateur de Guyane, interrogé, vendredi 24 mars sur franceinfo, la dégradation de la situation en Guyane s'est accélérée ces derniers mois. L'élu de gauche dénonce notamment le chômage, l'insécurité et le manque d'investissements qui règnent en Guyane.

franceinfo : Comment expliquer l'ébullition sociale que l'on observe depuis le début de la semaine ?

Antoine Karam : À Paris, il n'a pas été pris la mesure de la dégradation de la situation de la Guyane depuis plusieurs années. Elle s'est accélérée depuis plusieurs mois, sur l'insécurité, sur l'immigration clandestine, sur le foncier, l'énergie, la santé et le développement économique.

Quelle est la raison exacte de la colère ?

Il y a une insécurité plus importante que dans les grandes métropoles hexagonales. Il y a des meurtres, des braquages, on tue quelqu'un pour 20 euros, pour un bijou ou un portable. Il y a des problème d'énergie en Guyane. Près de 30% de la population n'a pas accès à l'eau potable et l'énergie électrique alors que l'on a une base spatiale. Il n'y a pas de débit Internet sur une bonne partie du territoire, ainsi que des problèmes de santé récurrents. L'hôpital de Cayenne est en grande difficulté. 15 000 migrants sont arrivés. Cela dépasse doublement ce qui se passe à Calais. La situation est devenue ingérable.

Avez-vous l'impression que la métropole a oublié la Guyane ?

Depuis des années, je n'ai cessé de répéter que la mèche est allumée. 50% des jeunes ne font rien sur le territoire. Les jeunes guyanais sont condamnés à devenir des 'mules', c'est à dire à ingurgiter des boulettes de cocaïne pour 500, 1 000 euros, traverser l'Océan Atlantique pour vendre leur drogue. Tous les voyants sont au rouge et nous ne sommes pas écoutés. La belle vitrine, de la France qui est le spatial, est une vitrine qui se brise. Qu'on ne me dise pas que nous sommes à un mois de l'élection présidentielle. Il faut que l'on apporte des réponses concrètes aux revendications légitimes de la population guyanaise.

"Il faut que l'on apporte des réponses concrètes aux revendications légitimes de la population guyanaise", Antoine Karam
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