La crise en Chine peut-elle avoir des effets positifs en France ?

Face à une Bourse de Shanghai qui continue de plonger dans le rouge, les places européennes ont connu un rebond mardi. De quoi y voir un signe encourageant pour notre pays ? 

La Bourse de Paris a clôturé en hausse de 4,14%, mardi 25 août.
La Bourse de Paris a clôturé en hausse de 4,14%, mardi 25 août. (ERIC PIERMONT / AFP)

Le malheur des uns va-t-il faire le bonheur des autres ? Alors que la Bourse de Shanghai a continué de plonger dans le rouge, mardi 25 août, les places européennes, elles, ont connu un rebond. A la clôture, le CAC40 a enregistré une hausse de 4,14%, après avoir perdu plus de 5% la veille.

François Hollande comme Manuel Valls l'ont tous les deux assuré : les conséquences négatives de la crise financière chinoise sur l'économie française devraient être très limitées. Notamment parce que "la Chine représente seulement 5% des exportations françaises", rappelle Eric Heyer, le directeur du département analyse et prévision de l'OFCE, interrogé par francetv info. Mieux, certains économistes estiment même que cette crise pourrait avoir certains effets positifs ! Alors doit-on aller jusqu'à se réjouir ?

Oui, le prix du pétrole et des matières premières
devrait encore diminuer

L'économie chinoise connaissant un ralentissement depuis plusieurs mois, ses entreprises affichent une demande en recul, et ont donc moins de besoins en matières premières. Résultat : des prix en baisse. C'est notamment le cas du cuivre, mais aussi du charbon, dont la Chine consomme 40% de la production mondiale. "C’est une bonne nouvelle pour des pays consommateurs comme le nôtre", assure l'économiste Eric Heyer. 

Ce phénomène se produit aussi avec le pétrole : la demande chinoise étant moins importante, le cours du baril chute inexorablement. En seulement deux mois, le baril a perdu près d'un tiers de sa valeur. Outre les répercussions sur le prix à la pompe, toutes les entreprises consommant du carburant vont voir leur coût de production baisser. Elles pourront alors augmenter leurs marges, mais aussi baisser leurs prix, et ainsi redonner du pouvoir d'achat aux ménages. "Même pour les ménages qui se chauffent au fioul et se déplacent en voiture, cette baisse des prix est donc une bonne chose", confirme Henri Sterdyniak, conseiller scientifique à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), joint par francetv info.

Oui, les produits chinois vont coûter moins cher

Autre effet positif pour les consommateurs français : la dévaluation de la monnaie chinoise, le yuan, va avoir un effet direct sur le prix des biens que l'on importe de Chine. Concrètement, cela signifie que les produits "made in China" vont être moins chers que d'habitude. Et cette baisse des prix chinois risque d'avoir un effet boule de neige sur les pays voisins : "Pour gagner en compétitivité, l'ensemble des pays asiatiques vont baisser leurs prix", prédit Eric Heyer.

Or, en 2014, la France a importé pour plus de 42 milliards d'euros de produits en provenance de Chine, principalement dans la téléphonie, le textile ou encore l'électroménager. La baisse prévue de leurs prix devrait donc être une bonne nouvelle pour le portefeuille des consommateurs français.

Non, plusieurs secteurs économiques français
risquent d'être touchés

Si l'on peut voir des côtés positifs pour les ménages, certaines entreprises pourraient en revanche pâtir de la crise financière que traverse la Chine. Professeur d’économie à l’université Paris-13, Benjamin Coriat souligne que, "si la France n'est pas l'un des plus grands exportateurs en Chine, elle détient un marché important dans le secteur du luxe et des alcools". Selon une étude de l'Ifop (PDF), la France est le pays préféré des consommateurs chinois, notamment à travers les marques Louis Vuitton, Dior et Chanel. Autant de griffes qui pourraient souffrir de la crise en Chine. D'autant que, depuis que Pékin lutte davantage contre la corruption, "les alcools et produits de luxe s’offrent moins", confie à francetv info Mary-Françoise Renard, professeure d’économie spécialiste de la Chine.

De même pour l’automobile : Renault et surtout Peugeot-Citroën, dont la Chine est le premier marché au monde avec plus de 730 000 voitures vendues en 2014, pourraient être durement touchés. D'une part parce que les achats de voitures risquent de ralentir. Et puis parce que, selon l'économiste Benjamin Coriat, Pékin profiterait de cette crise pour "mettre de l'ordre" dans les questions de pollution, et inciterait la population chinoise à se tourner vers des déplacements plus propres. 

Enfin, les classes moyennes, craignant pour leur épargne, pourraient également renoncer à voyager à l'étranger. "Car ce sont les classes moyennes qui ont investi, et risquent de perdre beaucoup d’argent dans cette crise", ajoute Benjamin Coriat. Avec une conséquence importante pour le tourisme français, quand on sait que plus de 1,7 million de Chinois ont visité notre pays rien qu'en 2014, selon une étude du ministère de l'Economie (PDF), et qu'un touriste chinois dépense en moyenne 5 400 euros lors de son séjour en France, selon une autre étude relayée début 2015 dans Le Figaro.

Non, l'économie mondiale pourrait ralentir,
et tirer l'économie française vers le bas

D’autre part, la croissance mondiale devrait continuer à ralentir, et notamment en Asie. Or, "la Chine représente 40% de la croissance mondiale. C’est un moteur depuis 2008", rappelle l'économiste Eric Heyer. Si cette machine se grippe, c'est le reste de l'économie mondiale qui n'est plus entraîné vers une reprise de la croissance. "La Chine est quand même la deuxième puissance économique du monde, et le ralentissement économique de l'Asie du Sud-Est pénalise aussi les pays occidentaux, acquiesce l'économiste Charles Wyplosz dans Libération (article payant). On a donc des vents qui portent, et d'autres qui jouent en sens inverse." Pas franchement de quoi réjouir la France, où une reprise durable se fait toujours attendre.

Cette conséquence de la crise financière chinoise sur le long terme ne date cependant pas du crack de la Bourse de Shanghai. Depuis plusieurs années déjà, la Chine affronte ses propres difficultés économiques, sans doute camouflées derrière une surestimation de sa croissance. Cette crise boursière apparaît alors comme un ajustement aux réalités de l'économie mondiale, en perte de vitesse depuis plusieurs années. Seul un vent de panique pourrait envenimer une situation qui tend à se stabiliser.