Crise de la viande : "L'accord signé début juin était d'un simplisme désolant"

Les éleveurs sont en guerre contre les prix trop bas. La mobilisation se poursuit en Normandie. Et dans cette grogne, un coupable semble tout désigné : la grande distribution. François Hollande lui a demandé ce week-end de faire un effort. Mais elle n'est pas la seule responsable, d'après Philippe Chalmin, président de l'Observatoire des prix et des marges de l'agroalimentaire.

(Philippe Chalmin, président de l'observatoire des prix et des marges de l'agroalimentaire © Maxppp)

La fronde des éleveurs se poursuit. Face aux prix trop bas, près de 10% des fermes d'élevage seraient au bord du dépôt de bilan. La faute à la grande distribution ? Pas seulement, explique Philippe Chalmin, président de l'Observatoire des prix et des marges de l'agroalimentaire.

Les grandes enseignes "ne sont pas totalement responsables ". "Il faut bien se rendre compte que les marchés agricoles ne sont pas seulement des marchés nationaux mais aussi européens voire mondiaux ", estime Philippe Chalmin. Des prix qui "dépendent de la situation laitière en Nouvelle-Zélande, de l'embargo russe sur les produits agricoles, mais aussi de la météo, que ce soit aux Etats-Unis ou dans la région de la Mer Noire. Donc les prix agricoles sont aujourd'hui par nature instables ".

"S'il y en a un qui en profite et qui peut se taire, c'est le consommateur ! "

Ces prix ne permettent plus aujourd'hui à beaucoup d'éleveurs de couvrir la réalité de leurs coûts de production. Le gagnant dans cette histoire ? C'est le consommateur, d'après Philippe Chalmin : "S'il y en a un qui en profite et qui peut se taire, c'est le consommateur. Les prix des grands produits alimentaires de base ont été, sur les 10 dernières années, d'une extraordinaire stabilité, voire en baisse. Notre mode de consommation a évolué, nous évoluons vers des produits toujours plus sophistiqués, nous voulons toujours plus de sécurité alimentaire ".

Quant aux enseignes de la grande distribution, elles assurent avoir respecté les accords signés le 17 juin dernier en faveur de la revalorisation des prix de la viande. Des accords "d'un simplisme désolant " compte tenu du contexte, regrette Philippe Chalmin : "Lorsqu'un abatteur va acheter une vache à un producteur, le destin de cette vache va être de terminer sur l'étal d'un boucher de supermarché, mais peut-être aussi en restauration ou à l'exportation. Donc malheureusement, l'idée de l'accord signé début juin, d'augmenter le prix dans la grande distribution, était d'un simplisme désolant, et l'on voit bien que ça ne marche pas ".

Quelle marge reste-t-il alors ? "Malheureusement, on ne peut pas faire grand-chose " d'après le président de l'Observatoire des prix et des marges de l'agroalimentaire. Reste alors la nécessaire prise de conscience que "l'élevage est une activité importante pour l'équilibre du territoire ". Et Philippe Chalmin de donner quelques pistes : "Peut-être arrêter toutes ces campagnes anti-viande, largement développées dans les médias ces derniers temps. Arrêter aussi le 'tatillonisme' environnemental tel qu'il s'est développé ces dernières années, et qui rajoute des contraintes supplémentaires ".

"L'idée de l'accord signé début juin, d'augmenter le prix dans la grande distribution, était d'un simplisme désolant, et l'on voit bien que ça ne marche pas" (Philippe Chalmin)
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