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Coût des programmes politiques : attention aux pièges

A l'heure où partis et instituts brandissent tout un tas de montants, FTVi vous livre les cinq commandements pour ne pas se faire avoir par le chiffrage des programmes des candidats à la présidentielle.

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France Télévisions
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Partis, think tanks et instituts sortent leurs calculettes : c'est la période du chiffrage des programmes des candidats à la présidentielle.  (ERIC AUDRAS / AFP)

Temps de crise oblige, les candidats à la présidentielle doivent parler euros. Les partis se font des procès en manque de réalisme quant au coût de leur programme respectif, se lancent des chiffres plus ou moins impressionnants à la figure et procèdent à leurs petits calculs. Marine Le Pen a ouvert le bal du "chiffrage" le 12 janvier. François Hollande devrait à son tour, jeudi 26, préciser le montant de ses propositions. De leur côté, les think tanks et autres instituts sortent leurs calculettes "indépendantes".

Mais comment fait-on pour chiffrer un programme politique ? Quelles données faut-il regarder à la loupe ? FTVi vous livre les cinq commandements pour ne pas se faire avoir.

• Comprendre comment se chiffre une mesure  

Prenons l’exemple de la revalorisation d’une prestation sociale, comme l’allocation adulte handicapé, évoquée dans les programmes du PS et du FN. Pour obtenir le coût net d’une telle proposition, les instituts procèdent par étape.

D’une part, quand le montant n’est pas précisé par les partis, ils estiment de combien l’allocation peut être augmentée. Pour cela, ils établissent une fourchette et se basent sur les revalorisations précédentes, mais aussi sur ce qui est réclamé par les acteurs du secteur notamment.

D’autre part, les experts évaluent le coût de ladite allocation si son montant reste stable, donc si le candidat ne touche à rien. En effet, le nombre de bénéficiaires, lui, augmente naturellement du fait de l’accroissement de la population. C’est le scénario 1.

Ils calculent ensuite combien l’allocation coûte à l’Etat si son montant augmente selon la proposition du candidat et y ajoutent la hausse naturelle du nombre d’allocataires. C’est le scénario 2. On obtient le coût net de la mesure en effectuant la soustraction scénario 2 – scénario 1.

• Bien regarder les hypothèses sélectionnées

Même une mesure très précise peut faire l’objet de chiffrages différents, selon les données sélectionnées pour faire le calcul. Exemple avec les 60 000 postes supplémentaires dans l’Education nationale, proposition de François Hollande. Selon que l’on prend le salaire moyen d’un professeur toute ancienneté confondue, ou bien la paie d’un débutant, que l’on tient compte de l’augmentation de ce salaire ou non au fur et à mesure des années, on n’obtient pas du tout le même coût !

Ainsi, ces 60 000 postes ont été respectivement évalués à près de 400 millions d’euros par an (12 000 embauches par an sur cinq ans au salaire débutant), ou à 1,8 milliard d’euros pour l’année 2017, quand tous les personnels auront été embauchés au salaire débutant. Mais aussi à 7,5 milliards d'euros sur cinq ans si l’on cumule les 12 000 nouveaux embauchés à ceux des années précédentes. Ou encore, à 100 milliards d’euros sur plusieurs dizaines d’années si l’on embauche ces profs à vie, et qu’on intègre le paiement de leur retraite ! Le blog C’est classe de Libération revient sur ces calculs bien orientés.

Attention donc aux données prises en compte.

• Se méfier des cumuls

Contrairement aux partis politiques de tous bords qui ont tendance à additionner tout ce qu’ils peuvent pour faire grimper la note de l'adversaire, les cellules de chiffrage des instituts alertent sur les méfaits des cumuls. "Ça gonfle énormément les chiffres et ça a l’avantage de faire peur", rappelle Olivier Ferrand du think tank Terra Nova, proche du PS. "Le problème du cumul, souligne de son côté Eudoxe Denis, de l’Institut de l’entreprise, classé plus à droite, c’est que toutes les propositions ne seront pas mises en place au premier jour du mandat. Du coup, on ne peut rien additionner tant qu’on n’a pas le calendrier de déploiement des mesures."

L’option retenue par la majorité des cellules consiste à chiffrer la proposition en - attention, ça fait sérieux -  "coût annuel à horizon 2017", c’est-à-dire ce que la mesure pèsera dans le budget de l’Etat pour la seule année 2017, date à laquelle, à priori, le candidat élu aura mis en œuvre ses promesses.

• Ne pas se fier au montant global

Parce que toutes les mesures ne sont pas évoquées au même niveau de détail ; parce qu’on n’en connaît pas le calendrier ; mais surtout, parce que les différents candidats sont bien plus diserts sur le volet dépenses que sur le volet recettes, il est quasi impossible de calculer le coût net (le budget avec les nouvelles recettes moins le coût des nouvelles mesures) d’un programme présidentiel dans son intégralité.

"C'est périlleux de tout additionner et soustraire, on peut avoir un ordre de grandeur mais ce ne sera jamais un chiffrage exact", confirme l'un des experts de l'Institut Montaigne, qui publie un "indice de précision" pour chaque calcul.

• Savoir qu’un chiffrage n’est pas un coût économique

En effet, les partis politiques ont tendance à chiffrer le coût économique de leur projet c’est-à-dire en incluant les retombées et les bénéfices qu’ils attendent des mesures qu’ils prennent. Une méthode plus "pifométrique" qu’objective car différents modèles s’affrontent.

Celui de l’Observatoire français des conjonctures économiques, plutôt keynésien, accorde par exemple plus d’impact aux dépenses publiques que ne le fait le modèle plus libéral de Coe-Rexecode, le Centre d’observation économique et de recherche pour l’expansion de l’économie et le développement des entreprises.  

Ainsi, les cellules de chiffrage calculent, elles, le coût budgétaire des mesures, à savoir combien elles vont coûter à l’Etat, sans se soucier de ce qu’elles peuvent rapporter plus tard.

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