Contre le chômage de longue durée, des "territoires zéro chômage"

L'Assemblée nationale examine ce mercredi après-midi une proposition de loi inédite : embaucher des chômeurs de longue durée, en CDI au SMIC, en réaffectant toutes les dépenses liées au chômage. Des initiatives locales ont inspiré le projet.Reportage à la Charité-sur-Loire, dans la Nièvre.

(Pour Jean Rouffiac, le directeur de Récoltes, "personne n'est inemployable" © Radio France / Guillaume Gaven)

Ce matin, dans les locaux de l'entreprise Récoltes, à la Charité-sur-Loire, les mines sont graves. Les entretiens préalables au licenciement viennent de commencer. Car l'entreprise est en liquidation judiciaire. Les quelques 26 personnes, embauchées en CDI - certaines depuis le début de l'aventure, voici deux ans et demi, sont un peu amères. Pourtant, l'expérience est loin d'être négative. Elle a permis de confirmer le bien-fondé d'une telle démarche. 

Redonner du travail, en CDI, à des chômeurs, ça marche. Reportage à La Charité-sur-Loire, Guillaume Gaven
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Car si Récoltes a mis la clé sous la porte, c'est faute de financement pérenne. Tout ce que la proposition de loi "Territoires zéro chômage de longue durée", examinée ce mercredi à l'Assemblée nationale, va éviter a priori... L'expérience doit durer cinq ans. L'idée est portée à bout de bras par l'association ATD Quart Monde, depuis longtemps déjà. Comme l'explique son responsable Patrick Valentin, "la privation d'emploi coûte à la société un prix exorbitant" . Dans ces conditions, pourquoi ne pas reverser à des chômeurs le coût de cette privation d'emploi ? 

C'est ainsi qu'est née l'expérience "zéro chômage". Embaucher en CDI, au Smic - ce qui représente environ 15.000 euros par an et par personne - des chômeurs de longue durée, de plus d'un an. Comment ? En réaffectant les ressources normalement affectées au chômage de longue durée : aides sociales, RSA, ASS... Dans des structures un peu particulières, dites d'économie sociale et solidaire : pas question d'entrer directement en concurrence avec des entreprises privées, pas question de détruire des emplois...

"Personne n'est inemployable"

L'idée n'est pas née de nulle part. Des expériences ont déjà eu lieu, en France. Celle de Récoltes est précieuse. Dans une région où l'emploi est en berne, une trentaine de personnes ont retrouvé du travail - Récoltes était une "entreprise à but d'emploi". A une condition : accepter la pluri-activité. Pas question de détruire d'autres emplois... Du coup, les salariés de Récoltes ont effectué quelques petits travaux divers : nettoyage de rivières, travaux de maçonnerie, taille de vignes (le vignoble de Pouilly et de Sancerre est à côté). Et ça a marché.

"Personne n'est inemployable" , martèle son directeur, Jean Rouffiac. "Les gens ne se sont pas éloignés de l'emploi, c'est l'emploi qui s'est éloigné d'eux" . Du coup, la démarche de Récoltes était inverse. Les dirigeants sont partis des savoir-faire et des envies de chacun, pour voir si cela pouvait s'intégrer dans une économie locale.

Pour Jean Rouffiac, le directeur de Récoltes, l'emploi retrouvé a métamorphosé les gens
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Cette démarche, on la retrouvera très prochainement : à une trentaine de kilomètres de La Charité, à Prémery précisément, on travaille d'arrache-pied, déjà, à la future expérience "Territoires zéro chômage". La chef de projet n'est autre que l'ex-directrice adjointe de Récoltes... Autant de raisons qui font espérer que le projet de Prémery sera retenu, parmi les dix expérimentations à venir.

Le texte de loi devrait être adopté à l'Assemblée sans difficultés - droite et gauche sont d'accord pour essayer. Le Sénat s'en emparera en janvier ; si tout va bien la loi sera promulguée en mars, et entrera en application en septembre. Dix territoires auront été, d'ici là, désignés. L'expérimentation durera cinq ans. Si elle est positive, la loi pourrait être généralisée à l'ensemble du territoire.