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Vidéo Complément d'enquête. L'opération anti-Joxe pour sauver les machines à sous

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Durée de la vidéo : 4 min.
Complément d'enquête : "Les machines à sous, c'est beaucoup de cash..."
Complément d'enquête/France Télévisions

Devant la baisse du chiffre d'affaires des casinos français à la fin des années 80, Lucien Barrière veut des machines à sous. Le ministre de l'Intérieur Charles Pasqua les autorise et son successeur Pierre Joxe s'y opposera… Extrait de "Complément d'enquête".

À la fin des années 80, les fils de famille dilapidant leur héritage sur les tapis verts des casinos se font de plus en plus rares. Il faut pouvoir séduire une nouvelle clientèle pour faire face à la chute du chiffre d'affaires. Lucien Barrière pense aux machines à sous, ou "bandits manchots", qui tournent à plein régime ailleurs dans le monde, notamment à Las Vegas.

Le problème du groupe Barrière et des autres casinotiers a été rapidement pris en compte puisqu'en 1988, le ministre de l'Intérieur Charles Pasqua légalise ces nouveaux jeux d'argent accessibles au plus grand nombre. Et ces machines à cash intéressent au plus haut point des investisseurs pas tout à fait dans les clous, voire plus...

"Blanchir de l'argent sale"

"Très vite, face à l'appât du gain, commencent à sortir du bois des types moins recommandables que plus… On va voir des voyous corses, des mafieux italiens…, une faune pas claire et honnête qui arrive", affirme le journaliste Jérôme Pierrat, auteur de La Guerre des casinos (Fayard). La gauche revient au pouvoir la même année et le nouveau locataire de la place Beauvau, Pierre Joxe, bloque tout, au grand désespoir de Lucien Barrière.

"C'est connu à travers le monde entier que les casinos, les courses et les jeux de hasard sont des instruments privilégiés pour faire blanchir de l'argent sale et financer des activités illégales", explique le successeur de Charles Pasqua, disparu le 29 juin dernier. La cause des casinos va être défendue auprès de l'Etat par Léonce Deprez, député-maire du Touquet, une station balnéaire avec deux casinos.

"On a besoin d'argent pour l'Etat"

"Joxe, qui est un homme de principes, dit 'je suis contre le principe des jeux'. Heureusement, le Premier ministre était Rocard, que j'ai visité à plusieurs reprises avec les maires qui m'entouraient. Il a accepté de faire perdre à Joxe son poste de ministre de l'Intérieur, notamment pour cette question-là", affirme ce proche de Lucien Barrière, qui parle pour la première fois de son opération anti-Joxe. Michel Charasse, ministre délégué chargé du Budget, lui dit alors : "Allez-y Léonce Deprez, car on a aussi besoin d'argent pour l'Etat."

L'ancien maire du Touquet affirme avoir "eu le poste de Joxe, qui a été remplacé par [Philippe] Marchand, un avocat", tout en se défendant d'avoir été le porte-parole du lobby casinotier. Il revendique être celui des "élus qui représentent la population". Pierre Joxe se souvient que le responsable d'une grande chaîne de casinos lui a dit lors d'une réception : "Je suis très reconnaissant à Chevènement d'avoir démissionné du ministère de la Défense." Il quitte effectivement Beauvau pour prendre la place de ce dernier à la Défense, "ce qui supprimait la pression sur les machines à sous". Pierre Joxe dit avoir oublié le nom de ce casinotier… Et il ne le donnerait pas s'il s'en souvenait…

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