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Concurrence, prix du carburant… Pourquoi les taxis craignent l'avenir

Les taxis sont en grève jeudi pour protester contre une nouvelle législation dans le transport des malades. Francetv info dresse la liste de ce qui pourrait menacer leur activité.

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France Télévisions
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Des taxis à l'arrêt à Strasbourg (Bas-Rhin), le 10 janvier 2013. (FREDERICK FLORIN / AFP)

Rassemblements et opérations escargot. De nombreux syndicats de taxis mènent jeudi 10 janvier une mobilisation nationale. Ils protestent contre des changements législatifs concernant le transport des malades et contre la concurrence déloyale exercée, selon eux, par certains véhicules. Francetv info revient sur les menaces qui pèsent sur ces 55 000 artisans.

L'ouverture du transport des malades

Au cœur des protestations des taxis, l'article 44 de la loi de financement de la Sécurité sociale. Le texte, qui a déjà été voté, prévoit d'expérimenter des appels d'offres par les agences régionales de santé, ainsi que de nouveaux modes d'organisation et de financement du transport de patients. Les taxis, véhicules sanitaires légers et ambulances ne seront plus les seuls habilités à les prendre en charge, comme le prévoyait jusqu'à présent une convention de 2008. Objectif : faire économiser 3,5 milliards d'euros par an à l'Assurance maladie.

"Cela va exclure de fait les artisans du taxi, surtout en province", explique Emmanuel Seeberger, vice-président de la Chambre syndicale des artisans du taxi. "En milieu rural, le transport de patients représente jusqu'à 90% du chiffre d'affaires des taxis", rappelle Claude Weinmann, président des taxis du Rhône et vice-président de l'Union nationale des taxis. Une équipe de France 2 a rencontré Alban Klein, gérant d'une petite société de taxis qui fait 70% de son chiffre avec ce type de course.

L'application de ce texte pourrait être désastreuse, jugent certains syndicats de taxis. "Seuls de grands groupes pourront répondre à l'appel d'offres, et les petites structures vont être évincées. Une pareille décision entraînera la perte de 5 000 petites entreprises et tuera 10 000 emplois", estime Alain Griset, président de l'Union nationale des taxis, dans un entretien au Figaro.

Certains affirment que les patients aussi risquent de pâtir de cette nouvelle mesure. "Ils devront être transportés à plusieurs dans le même véhicule et n'auront plus le libre choix de leur transporteur", affirme Eddy Maillot, président de la Fédération des taxis du Centre-Var. Sans compter que, selon lui, ils finiront par payer plus cher, à moyen ou long terme : "Les entreprises les plus importantes vont être les seules à fixer les prix. Une fois que la concurrence sera éliminée, elles remonteront les tarifs."

Les alternatives se multiplient

 

Les taxis voient aussi d'un mauvais œil l'autorisation des véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC), issue d'une loi de 2009. Concrètement, le texte autorise tout titulaire d'un baccalauréat et d'un permis de conduire à transporter des groupes de moins de dix personnes sans avoir à payer une licence de transport, ni à s'acquitter du droit de stationnement, mais n'ont pas le droit d'emprunter les couloirs de bus.

Il y aurait aujourd'hui 10 000 VTC en France. A Paris, près de 500 sociétés de VTC concurrencent les 17 000 taxis professionnels. Parmi elles, les Voitures Jaunes, qui compte 70 véhicules. Principale différence : impossible de héler une voiture dans la rue, il est impératif de réserver. Pour Mathieu Guillaume, l'un des dirigeants de la société, il s'agit d'un "service complémentaire" et non concurrentiel. Même si, dans les faits, il est possible de contourner la règle de la réservation, comme le raconte Rue89.

"Il y a plus de 60 000 équivalents VTC à Londres et plus de 50 000 à New York, pour respectivement 22 000 et 15 000 taxis environ. Il n'y a pas de raison que Paris ne connaisse pas la même offre complémentaire", estime de son côté Yan Hascoët, cofondateur de Chauffeur-Privé.

L'autre différence importante, c'est le prix. Chez Voitures Jaunes, les tarifs sont 15 à 20% plus élevés qu'un taxi classique. La compagnie de VTC haut de gamme Uber a fait parler d'elle récemment pour avoir augmenté ses tarifs pendant la nuit de la Saint-Sylvestre. "Au plus fort de la soirée, le prix [minimum] des courses a été multiplié par 5 et le prix au kilomètre a pu atteindre 13 euros", reconnaît son directeur général, Pierre-Dimitri Gore-Coty, dans le Huffington Post. Mais de nombreuses sociétés de VTC misent sur des tarifs compétitifs. Ata, par exemple, propose des courses jusqu'à 50% moins chères qu'un taxi traditionnel.

Le prix de l'essence

La Fédération nationale des artisans du taxi demandait, en mars 2011, de pouvoir répercuter l'augmentation du prix du carburant sur les tarifs pratiqués. "De janvier 2010 à mars 2011, le prix moyen du gazole à la pompe a augmenté de plus de 25%", constatait-elle, estimant que cela risquait de "mettre en péril la stabilité financière" des artisans taxi.

Leurs tarifs sont déterminés une fois par an, en fonction de l'inflation et du prix du carburant. Mais quand le prix de l'essence s'envole, les taxis perdent de l'argent. "Entre 2010 et 2011, Jean-Pierre Théoleyre, président d'Allô Taxi à Chambéry, a constaté une perte de revenus de 500 euros sur l'année" à cause de ces augmentations, rapporte Le Dauphiné.

Les voitures en libre-service

Les Autolib' sont arrivées à Paris en décembre 2011. Leur cible n'est pas la même que les taxis, car pour les emprunter il faut évidemment un permis de conduire, mais aussi disposer d'un abonnement, ce qui exclut notamment les touristes. Au lancement du service, les taxis craignaient "de perdre des clients en fin de soirée, au moment où leur activité est la plus soutenue et la plus rentable", expliquait Le Figaro.

En un an, Autolib' a franchi le million de locations et devrait s'étendre à 412 communes. Mais au vu de la disponibilité des véhicules, l'association Consommation logement cadre de vie estimait en décembre que le service semblait "encore peu utilisé".

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