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C'est ce que nous a affirmé Marc Jedliczka, porte-parole de l'association "négaWatt"

Cette association, qui regroupe des professionnels de l"environnement, du bâtiment, des ingénieurs et des économistes spécialisés dans les questions d'énergie, a rédigé un scénario qui se veut une alternative à l"augmentation infinie de la consommation d"énergie..Le porte-parole de «négaWatt" explique comment il voit cette sortie du nucléaire.
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France Télévisions Rédaction Afrique
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Marc Jedliczka, porte-parole de "négaWatt" (DR)

Cette association, qui regroupe des professionnels de l"environnement, du bâtiment, des ingénieurs et des économistes spécialisés dans les questions d'énergie, a rédigé un scénario qui se veut une alternative à l"augmentation infinie de la consommation d"énergie..

Le porte-parole de «négaWatt" explique comment il voit cette sortie du nucléaire.

-Peut-on se passer du nucléaire ?

Marc Jedliczka : Oui !

-Comment ?

En appliquant les principes de « Négawatt ». Le choc d"un accident majeur à la centrale de Fukushima, en posant dans le débat franco-français la question crue de la dépendance et de la vulnérabilité de notre société au nucléaire, place notre travail au centre des attentes sur deux questions essentielles. Est-ce possible techniquement de sortir du nucléaire ? Est-ce réaliste socialement et économiquement ?


-C'est-à-dire ?

A Négawatt, nous avons une approche globale des questions énergétiques. Sur la question du nucléaire, il faut savoir que cette source d"énergie ne représente que 16 % de notre consommation globale (en prenant en compte les transports). Nos propositions, centrées sur le triptyque « sobriété, efficacité, renouvelables », aboutissent cependant de facto à un abandon progressif du recours à l"énergie nucléaire jusqu"à s"en passer totalement. Un scénario qui permet de garder le même niveau de confort en allant vers une réduction de facteur 4 des émissions de gaz à effet de serre.

-Qu"appelez vous dans votre scénario « Sobriété » ?

Ce que nous appelons sobriété énergétique consiste à réduire les gaspillages par l"intelligence collective, par l"investissement à long terme. Le scénario négaWatt se fonde tout d"abord sur la réduction de la demande d"électricité par différentes actions de sobriété et de réduction des gaspillages telles que la multiplication d"actions incitatives de conseils et de proximité ou des mesures réglementaires (comme, par exemple, la réduction des éclairages inutiles ou les détecteurs de présence). Au total, ces mesures peuvent, par rapport au tendanciel de référence, générer une diminution de la consommation de 0,2 à 0,4 % par an.

-Et Efficacité ?

Nous devons aller vers une amélioration des rendements énergétiques. Cela passe par les économies mais aussi par des progrès comme la voiture consommant 3l au 100 ou un meilleur fonctionnement des centrales. En matière d"efficacité le scénario négaWatt suppose une renouvellement des équipements actuels les plus énergivores. Les économies potentielles en fonctionnement et en veille ont été évaluées à partir de campagnes de mesures de consommation effectuées à grande échelle sur les appareillages (froid, éclairage, électroménagers) et la bureautique. Le potentiel est considérable : 76 TWh dès 2020 et 118 TWh en 2030.Enfin le chauffage électrique des locaux et de l"eau chaude sanitaire (par effet Joule direct) est progressivement remplacé par d"autres sources de chaleur dont l"efficacité est nettement supérieure (le rendement de ce type de système ne dépasse pas 30 % sur l"énergie primaire avec le mix actuel de production).

-Les énergies renouvelables c"est possible ?

Ce n"est qu"une fois le développement de la sobriété et de l"efficacité qu"on pourra se tourner vers les énergies renouvelables en visant les 100% renouvelables. Le Danemark qui a fait le choix du non-nucléaire a décidé d"atteindre les 100% énergies renouvelables à l"horizon 2050.

-N"y a-t-il pas un coût pour la France à abandonner le nucléaire ?
A propos du nucléaire, nous ne pouvons pas parler aujourd"hui de coût mais de prix. Le prix de l"électricité ne reflète pas le coût réel mais est un prix fixé par l"état. Si on comptait les coûts réels du nucléaire, on verrait la facture être multipliée par 2 ou 3. On ne compte pas le démantèlement des centrales, le coût des déchets, l"absence d"assurances en cas d"accident (le nucléaire n"est pas assuré). De plus si on prenait la décision d"appliquer notre scénario, on ne parlerait plus de coût mais de bénéfices.

-Quels bénéfices ?

Une politique volontariste se traduirait par des bénéfices pour la collectivité. Si vous isolez quelque 400.000 logements, vous créez 700.000 emplois. Les couts de l"énergie ne cessant d"augmenter, les investissements dans les économies d"énergie sont à terme une protection du pouvoir d"achat.

-Fukushima change-t-il la donne ?

C"est rageant qu"il ait fallu la catastrophe de Fukushima pour qu"on reparle de nouveau de questions que nous évoquons depuis près de 10 ans puisque notre scénario remonte à 2003. Ce scénario n"évoque pas que le nucléaire et ne propose pas de solutions uniques. Notre idée est de partir des usages que nous faisons de l"énergie et de répondre à ces usages de façon mieux adaptée que ce soit dans les transports, la mobilité, le logement.

Marc Jedliczka travaille dans l"énergie solaire et est porte parole de « négaWatt »

association regroupant quelque 500 adhérents dont 23 travaillent sur l"actualisation du scénario 2006.

Pour tenir compte des évolutions économiques et techniques depuis la rédaction de leur premier document, les responsables de "négaWatt" annoncent un nouveau scénario pour septembre prochain.

Pour la petite histoire, le mot « négawatt » provient d"une faute de frappe (négawatt au lieu de mégawatt) dans un rapport d"Amaury Lovins ( Rocky mountain Institute, un institut qui vise à libérer l'économie mondiale de la dépendance aux combustibles fossiles)

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