Vrai ou fake Valérie Pécresse a-t-elle augmenté les impôts et creusé la dette lorsqu'elle était ministre du Budget, comme l'affirme Bruno Le Maire ?

Bruno Le Maire a attaqué le bilan de Valérie Pécresse, ministre du Budget de 2011 à 2012 lors de la crise de la zone euro. Mais la comparaison avec la crise sanitaire liée au Covid-19 se révèle périlleuse.

Article rédigé par
Julien Nguyen Dang - Mathilde Goupil
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Valérie Pécresse, candidate à l'élection présidentielle du parti Soyons libres, prend la parole lors des Journées parlementaires des Républicains, le 9 septembre 2021 à Nîmes. (PASCAL GUYOT / AFP)

Pas de quartier entre les macronistes et l'opposition, à quelques mois de l'élection présidentielle. La présidente de la région Ile-de-France et candidate à l'investiture de la droite pour 2022, Valérie Pécresse, a accusé à la mi-septembre sur BFMTV Emmanuel Macron de "cramer la caisse", alors que le gouvernement prévoit près de 12 milliards d'euros supplémentaires alloués aux ministères l'an prochain.

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Le ministre de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire, a répliqué, jeudi 23 septembre sur franceinfo, en l'accusant d'avoir "des remords", puisque, lorsqu'elle était ministre du Budget, entre juin 2011 et mai 2012, elle a "augmenté l'impôt sur le revenu, augmenté la TVA, creusé la dette". "Tout ça pour quels résultats ? 0% de croissance, une dette qui se creuse et 10% de chômage", a lâché Bruno Le Maire. Ce alors que la France était "confrontée à une crise deux fois moins grave que celle que nous avons eue" avec le Covid-19, a-t-il enfoncé.

L'ancien membre des Républicains (tout comme Valérie Pécresse), dit-il vrai ou "fake" ? Franceinfo fait le point.

Une politique d'austérité inefficace 

A l'époque où Valérie Pécresse arrive aux manettes du Budget, en juin 2011, Bruno Le Maire est lui-même ministre de l'Agriculture du gouvernement Fillon. La France traverse une double crise : la crise des subprimes (qui la touche en 2009), puis la crise de la dette européenne (depuis 2010). Les Etats, qui ont dû mettre la main à la poche pour sauver les banques, ont creusé leur déficit et fait exploser leur dette. Pour assainir leurs finances publiques, et alors que les marchés doutent de l'état de santé des économies du sud de l'Europe depuis la révélation de l'endettement grec, la zone euro, emmenée par l'Allemagne, met alors en place une politique d'austérité. 

En France, le gouvernement de Nicolas Sarkozy diminue les dépenses et augmente les impôts pour tenter de ramener le déficit à 3% du PIB, comme l'impose Bruxelles. Les deux plans de rigueur, en août puis en novembre 2012, se traduisent par plus de 15 milliards d'euros de hausse d'impôts, rappelle Le Figaro. Le barème de l'impôt sur le revenu est gelé au niveau de 2010, les niches fiscales sont rabotées et une taxe exceptionnelle de 3% est appliquée sur les hauts revenus. Entre janvier et avril 2012, la TVA à taux réduit passe de 5,5% à 7%, sauf sur les produits de première nécessité. La mesure sera ensuite abrogée en août 2012 par le gouvernement socialiste. En mars, le Parlement vote l'entrée en vigueur, prévue pour octobre, de la TVA sociale, soit une baisse des cotisations patronales en partie financée par la hausse de la TVA. Là encore, la mesure est abrogée en juillet 2012 par la nouvelle majorité.

Grâce à cette politique de rigueur, le déficit est ramené de 7,1% du PIB en 2011 à 5,2% en 2012, soit la plus forte réduction jamais réalisée par la France. La dette, elle, continue de croître (90,2% du PIB en 2012 contre 85,8% en 2011), en raison notamment des prêts accordés aux Etats en difficulté (financés par des emprunts), rappelle à l'époque Libération. Mais l'austérité n'a pas les effets escomptés : en 2012, la croissance économique française est nulle, après avoir crû de 2% en 2011, selon l'Insee. Le taux de chômage (au sens du Bureau international du travail) s'établit la même année à 10,6% de la population active en France, toujours selon l'Insee.

Une comparaison périlleuse

Bruno Le Maire n'a donc pas tort sur ce constat chiffré. Comparer son bilan à celui de Valérie Pécresse, embourbée par une double crise lors de son passage au Budget, est-il pour autant pertinent ? Henri Sterdyniak, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), y voit de la "mauvaise foi". Selon lui, Bruno Le Maire "cache complètement que ce n'est pas Madame Pécresse qui était responsable de cela, mais une décision européenne" pour appliquer l'austérité à l'échelle du continent. "Comme la politique d'austérité a été générale en Europe, il y a eu une chute d'activité particulièrement importante", explique Henri Sterdyniak. Résultat : "Le gain en déficit public a été très faible [et] il a fallu 3 à 4 années pour sortir de ce cercle vicieux." A l'opposé, depuis 2020, les critères budgétaires ont été oubliés.

"La France peut pratiquer des politiques expansionnistes qu'elle n'avait pas le droit d'engager entre 2010 et 2012. Bruno Le Maire bénéficie de ce changement d'ambiance à Bruxelles."

Henri Sterdyniak, économiste à l'OFCE

à franceinfo

Comparer les deux crises comme le fait Bruno Le Maire semble également périlleux. En 2008, c'est une crise endogène qui a frappé le continent en raison de "déséquilibres financiers importants (...) causés par l'aveuglement des marchés", rappelle Henri Sterdyniak. D'importantes dettes contractées par les pays du Sud plongent ensuite la zone euro dans la crise. Au contraire, "la crise de 2020, elle, est exogène. Le PIB a chuté parce qu'on a fermé les magasins et certaines entreprises par choix sanitaire. (...) Donc économiquement, la remontée est plus facile, il n'y a pas de déséquilibre à résorber."

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