Budget : "La tentation est vive d'ouvrir les robinets" avant la présidentielle, analyse l'ancien secrétaire d'État Christian Eckert

À l'heure de la présentation en Conseil des ministres du budget de l'État pour 2022, "il faut faire un vrai bilan de la crise sanitaire", estime Christian Eckert, ancien secrétaire d’état socialiste chargé du Budget et des Comptes publics ce 22 septembre.

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Christian Eckert lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale française à Paris, le 15 février 2017. (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

"La tentation est vive d'ouvrir les robinets" avant l’élection présidentielle de 2022, analyse sur franceinfo mercredi 22 septembre Christian Eckert, ancien secrétaire d’état socialiste chargé du Budget et des Comptes publics, à l’heure de la présentation en Conseil des ministres du budget de l’État pour 2022. "Plutôt que de faire le concours Lépine de l'autosatisfaction, Bruno Le Maire devrait faire preuve de plus d'humilité", tacle également Christian Eckert.

franceinfo : Le dernier budget du quinquennat est-il le plus difficile à construire ?

Tous les budgets sont difficiles à construire. Pour une bonne raison : l'année 2022 n'a pas commencé. Les prévisions que vous faites portent sur 12 mois, donc dans 15 mois. C'est pour cela qu'on a créé le Haut conseil [des finances publiques], c'est pour estimer la sincérité des éléments pris en compte pour préparer ce budget : inflation, cours du pétrole, cours du dollar, taux d'intérêts... tous ces éléments ont une influence énorme sur la suite. Alors, la dernière année, ma foi, la tentation est vive d'ouvrir les robinets, si j'ose dire.

Faut-il parler de laxisme budgétaire pour ce budget 2022 ?

Plutôt que de faire le concours Lépine de l'autosatisfaction, Bruno Le Maire devrait faire preuve de plus d'humilité. Il y a eu évidemment deux années exceptionnelles. Cela a eu un coût. Moi j'aurais deux grandes critiques : il faut faire un vrai bilan de la crise sanitaire. On ne sait pas exactement quelles dépenses ont été liées à la crise. Il faut ensuite bien tout mettre sur la table. On ne s'y retrouve pas dans les plans d'investissements. Preuve en est, le rapporteur [LREM] du budget, Laurent Saint-Martin, dit lui-même que les 12 milliards de dépenses courantes passeront à 16 ou 17 milliards d'euros. Quand on a envie de mener une politique de cette nature, il ne faut pas se dissimuler derrière des mélanges comptables qui empêcheront le parlement de mener un débat serein.

Il s'agit avant tout de soutenir la croissance, prévue autour de 4% en 2022 ?

Soutenir la croissance, en ce moment, après la pandémie, ce n'est pas un triomphe. Ce budget, c'est un document à trous. Le haut conseil des finances publiques ne s'y est pas trompé. Il faudra aussi que les parlementaires assument les décisions qu'ils prennent. Il faudra voir si ce budget est modifié. L'autosatisfaction développée par le ministre [Bruno Le Maire] a quelque chose d'arrogant. Les robinets ont d'ailleurs été ouverts bien avant la crise sanitaire.

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