Avec la baisse d'impôts annoncée par Edouard Philippe, "on a rarement eu des mouvements de repli aussi forts"

L'économiste Philippe Waechter, directeur recherche économique d'Ostrum Asset Management, explique que cette baisse d'impôts impactera majoritairement la première tranche d'imposition.

Le Premier ministre Edouard Philippe, le 12 juin 2019, à l\'Assemblée nationale.
Le Premier ministre Edouard Philippe, le 12 juin 2019, à l'Assemblée nationale. (ALAIN JOCARD / AFP)

Le Premier ministre Edouard Philippe a présenté, mercredi 12 juin, lors de son discours de politique générale, des mesures en faveur du pouvoir d'achat, incluant, notamment, une réduction d'impôts de 27 milliards d'euros, dont une baisse de 5 milliards d'euros d'impôt sur le revenu. L'économiste Philippe Waechter, directeur recherche économique d'Ostrum Asset Management, a répondu aux questions de franceinfo, jeudi matin.

franceinfo : Comment va se mettre en place cette baisse d'impôts ?

Philippe Waechter : Le seuil maximum de la première tranche va être un petit peu rabaissé, d'environ 27 000 euros à 25 000 euros de revenus imposables déclarés. Pour cette tranche, le taux d'imposition va passer de 14% à 11%, ce qui fera 350 euros d'économie d'impôt en moyenne. Pour la deuxième tranche d'impôt, qui démarrera à 25 000 euros jusqu'à 72 000, les gains d'impôt seront de l'ordre de 180 euros.

Combien de foyers seront concernés ?

Sur la première tranche, cela concerne 12 millions de foyers. Sur la deuxième, ça n'a pas été détaillé parce que le revenu est assez large, mais globalement, la baisse d'impôt va concerner une grande partie des Français qui payent l'impôt (…). Les principaux bénéficiaires sont ceux dont la tranche d'imposition est la première, puisque l'impact sera beaucoup plus élevé. Si vous êtes dans la tranche au-delà de 145 000 euros de revenus déclarés, l'impact sera beaucoup plus limité, même si vous bénéficiez de cette réduction.

Quel est le profil des contribuables concernés ?

On voit bien que, sur des revenus qui sont autour de la médiane, qui est de l'ordre de 1 700 euros par mois, vous avez des gains d'impôts significatifs.

A-t-on déjà vu une baisse 27 milliards d'euros d'impôts sur un quinquennat ?

C'est un mouvement assez fort, puisque cela va représenter au moins 1,4 point de prélèvement obligatoire en moins. Si l'on regarde la séquence des prélèvements obligatoires depuis trente ou quarante ans, on a rarement eu des mouvements de repli aussi forts, sauf dans des périodes de très forte croissance. Là, cela traduit une volonté de la politique gouvernementale assez forte, qui reflète à la fois une volonté de réduire l'impôt, c'était l'objectif d'Emmanuel Macron quand il a fait campagne, et puis c'est un moyen, plus conjoncturel, de compenser d'éventuels chocs qui viendraient de l'extérieur. On sait que l'environnement international est un peu difficile en ce moment, mais, en réalimentant l'économie par ces baisses d'impôts, par les créations d'emplois très fortes qu'il y a eu au premier trimestre, on alimente la demande intérieure et on limite les risques sur la croissance.