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"Bras financier de l’Etat", la Caisse des dépôts prend le contrôle d'Orpea : un montage financier qui n'est pas une nationalisation

La Caisse des dépôts et des consignations et un groupement d'investisseurs injectent 1,3 milliard d'euros, en plus d'i, effacement partiel de la dette du groupe de maisons de retraite soupçonné de maltraitance et d'infractions financières.
Article rédigé par Guillaume Gaven
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
La Caisse des dépôts et des consignations, quai Anatole France, à Paris. (OLIVIER BOITET / MAXPPP)

L'Etat vole au secours d'Orpea, ce géant des maisons de retraite empêtré dans un scandale de maltraitance de ses résidents depuis plus d'un an : ce n'est pas une prise de contrôle directe, mais elle se fait via son bras financier, la Caisse des dépôts et des consignations (CDC), qui devient donc son principal actionnaire. L'accord de principe a été annoncé mercredi 1er février matin.

L'opération prévoit d'effacer 3,8 milliards de dettes, sur un total de 9,5 milliards, en les convertissant en capital, mais aussi d’injecter 1,55 milliard de capital supplémentaire. C'est la CDC qui mettra le plus au pot, 600 millions d'euros, à la tête d'un groupement d'investisseurs de long terme parmi lesquels on compte les mutuelles Maif, 400 millions, la Mutuelle d’assurance du corps de santé français (MACSF), 200 millions, et CNP Assurances, 150 millions.

Pas d'argent public investi

A terme, le groupement devrait donc se retrouver majoritaire, de peu, avec 50,2% du capital de la société. Les créanciers, eux, seraient à 49,4%. Ne resterait donc plus que 0,4% pour les actionnaires actuels. Notons une nuance d'importance : ce n'est pas une nationalisation. L’Etat, en effet, n’entre pas au capital d’Orpea.

Il n’y a pas d’argent public, et ce ne sont donc pas les contribuables qui vont renflouer Orpea : c'est la CDC qui investit pour faire fructifier l'épargne des Français via, notamment, le Livret A ou le Livret de développement durable et de solidarité (LDDS). Parmi les missions de ce groupe public, pilier depuis plus de 200 ans de la politique économique française : la gestion des dépôts réglementés et des consignations, la protection de l'épargne populaire, le financement du logement social et la gestion d'organismes de retraite.

La CDC investit à long terme et s'engage à ne pas déposer d'offre publique sur les titres Orpea dans les cinq années qui viennent, laissant ainsi un peu de temps au groupe pour redresser la barre.

Le cahier des charges : réduire les marges

La CDC n'a pas pour objectif de faire des bénéfices mirobolants, puisqu'elle n’a pas d'actionnaires à rémunérer. L’objectif sera donc de faire baisser considérablement les marges d'Orpea. Le cahier des charges est très clair, explique Olivier Sichel, le directeur général délégué de la CDC : "Les actionnaires devront s'habituer à une rémunération plus faible de la société, souligne-t-il. Cela ne veut pas dire que ce ne sera pas une société intéressante, elle est positionnée sur un marché de long terme. Elle sera là pour garantir une bonne performance opérationnelle, mais en ayant avant tout le souci de la qualité de service et le souci de la bientraitance de ses résidents."

C'est sans doute le prix à payer pour sauver Orpea. Avant le scandale né de la parution du livre de Victor Castanet Les Fossoyeurs en janvier 2022, l'action s'échangeait à près de 90 euros. Mercredi matin, elle avait dégringolé à moins de six euros. Le groupe Orpea, 72 000 salariés, dans 22 pays, et accueille chaque année plus de 250 000 résidents.

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