"La baleine de Londres" aurait fait boire la tasse à la banque JPMorgan

Bruno Michel Iksil, un courtier français, pourrait avoir fait perdre à la banque américaine 2 milliards de dollars (1,54 milliard d'euros) en six semaines. FTVi revient sur l'affaire. 

La banque américaine JP Morgan Chase a annoncé, le 10 mai 2012, qu\'elle avait enregistré sur les six dernières semaines une perte de 2 milliards de dollars dans le courtage.
La banque américaine JP Morgan Chase a annoncé, le 10 mai 2012, qu'elle avait enregistré sur les six dernières semaines une perte de 2 milliards de dollars dans le courtage. (MICHAEL KAPPELER / DDP / AFP)

Il est surnommé "Voldemort", du nom du sorcier de la saga Harry Potter, ou encore la "baleine de Londres", ou "de la Tamise". Bruno Michel Iksil, un courtier français de JPMorgan Chase, pourrait avoir fait perdre à la banque américaine 2 milliards de dollars (1,54 milliard d'euros). La banque a en effet annoncé cette perte enregistrée sur les six dernières semaines, jeudi 10 mai. Et ce chiffre pourrait grossir à cause de positions risquées de dérivés de crédit, des produits à l'origine de la crise de 2008. FTVi revient sur cette affaire.

• Qui est Bruno Michel Iksil ? 

Les activités de ce trader français ont été révélées par le Wall Street Journal (article payant en anglais) vendredi 6 avril. Travaillant pour le compte de JPMorgan Chase à Londres, il aurait intrigué les marchés par ses prises de position massives et optimistes. Surpris par le volume de ses paris, les courtiers le surnomment "la baleine de la Tamise" ou encore la "baleine de Londres". Selon les sources du quotidien financier, le trader a gagné 100 millions de dollars par an ces dernières années en travaillant pour le principal bureau d'investissement (Chief investment office, CIO) de JPMorgan.

• De quoi est-il soupçonné ? 

Selon le quotidien financier, Bruno Michel Iksil a investi de gros montants au nom de la banque JPMorgan Chase dans des produits d'assurance, les "credit default swap" (CDS). Ce sont des contrats de protection financière destinés à se protéger d'un éventuel défaut de paiement d'une institution. En cas de faillite de cette dernière, celui qui a vendu le CDS doit verser une certaine somme à l'acheteur, comme dans le cas d'une assurance. Or le trader français s'est récemment mis à vendre ces CDS. Il a donc fait donc un pari optimiste en estimant qu'il n'aurait pas à verser de "prime" aux acheteurs de ses CDS. En principe, rappelait alors France Info"il est formellement interdit de spéculer sur ce produit destiné à couvrir un risque".

• Comment ont réagi les marchés ? 

Les montants investis par Bruno Michel Iksil étaient tellement importants que, "récemment, en partie à cause de mouvements de marchés ayant pu résulter des opérations de M. Iksil, d'autres fonds spéculatifs et autres investisseurs ont fait des paris opposés". Ils ont donc misé sur une faillite des institutions concernées, ajoute le Wall Street Journal, citant des sources proches du dossier.

• Que dit JPMorgan Chase ?

Après la parution de l'article, la banque ne confirme par ces investissements. "Beaucoup de détails dans l'article sont faux, affirme alors un porte-parole de JPMorgan, Joseph Evangelisti. Notre CIO fait des investissements de long terme dans le cadre d'une couverture macroéconomique pour notre bilan global." Le PDG du groupe, Jamie Dimon, avait alors qualifié ces informations de "tempête dans un verre d'eau", rapporte Le Figaro.

Jeudi, lors d'une conférence téléphonique surprise, Jamie Dimon a admis que la perte de 2 milliards d'euros avait été découverte à la suite de l'article du Wall Street Journal. Il n'a pas confirmé, en revanche, qu'elle était liée aux activités de Bruno Michel Iksil. La banque a lancé une enquête sur la façon dont ces pertes sont survenues. Il y a eu "beaucoup d'erreurs, de manque de rigueur et de mauvais jugement", a commenté Jamie Dimon. "Nous avons été stupides", a-t-il ajouté, selon La Tribune.fr. 

Le PDG "espère que ce problème n'en sera plus un d'ici la fin de l'année" mais a insisté en disant que cela dépendrait "des marchés et de nos positions". Et de conclure en affirmant que la banque n'était "pas une activité dans laquelle on ne fait pas d'erreurs".