Blair, Schröder, DSK… Ces anciens dirigeants dont la reconversion fait polémique

L'ancien Premier ministre britannique Tony Blair est à nouveau épinglé pour un contrat avec une compagnie pétrolière saoudienne.

L\'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder (G) et l\'ancien Premier ministre britannique Tony Blair (D), le 15 juillet 2004 à Londres (Royaume-Uni).
L'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder (G) et l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair (D), le 15 juillet 2004 à Londres (Royaume-Uni). (MARTIN HAYHOW / AFP)

C'est la première fois qu'un contrat de Tony Blair est rendu public. Le Sunday Times (en anglais) révèle, dimanche 9 novembre, contrat à l'appui, que l'ancien Premier ministre britannique, reconverti dans le conseil et l'humanitaire, a été rémunéré pendant plusieurs mois en 2010 par une firme pétrolière saoudienne.

Sa mission pour PetroSaudi, payée 41 000 livres par mois (52 000 euros) hors commission, consistait à présenter des dirigeants de l'entreprise à de hauts responsables chinois. Tony Blair avait déjà été épinglé pour ses relations avec la dictature kazakhe. Et l'ancien Premier ministre n'est pas le seul ancien dirigeant dont la nouvelle vie professionnelle pose question.

Francetv info revient sur trois reconversions critiquées.

Tony Blair, le diplomate aux multiples casquettes

Depuis son départ du 10 Downing Street en 2007, Tony Blair collectionne les professions. Il est diplomate avec son poste de représentant du Quartet (Etats-Unis, Union européenne, Russie et Nations unies) en Palestine, humanitaire avec les quatre organisations caritatives qu'il a fondées, lobbyiste d'entreprises et conseiller de chefs d'Etat avec son cabinet Tony Blair Associates (TBA).

Un mélange des genres propice aux conflits d'intérêts. En 2013, un fonds d'investissement d'Abu Dhabi, conseillé par TBA, signe un contrat minier à 5 millions de dollars (3,9 millions d'euros) avec la Guinée, pays qui travaille avec Africa Governance Initiative, l'une des organisations caritatives de Tony Blair, rapporte The Telegraph (en anglais). L'ancien Premier ministre a en outre des contacts avec les autorités d'Abu Dhabi comme représentant du Quartet.

Cette dernière casquette pose encore plus problème au Proche-Orient. En 2008, Tony Blair parvient à convaincre le gouvernement israélien d'autoriser l'arrivée d'un opérateur de téléphonie mobile qatari, Wataniya Telecom, en Cisjordanie, raconte le New York Times (en anglais). Or, la maison mère de Wataniya Telecom est une cliente de JP Morgan Chase, la banque américaine qui emploie Tony Blair. "Tony Blair a utilisé ses relations pour changer le monde, et devenir riche", ironise le quotidien américain.

Dominique Strauss-Kahn, l'investisseur imprudent

Après DSK, LSK. En septembre 2013, Dominique Strauss-Kahn prend la tête du conseil d'administration du groupe Leyne, Strauss-Kahn & Partners (LSK). Il doit y développer une activité de banque d'affaires et de fonds d'investissement. Son objectif est alors de récolter 2 milliards de dollars (1,4 milliard d'euros) de capitaux auprès d'investisseurs de pays émergents. "Dans cinq ans, je serai plus gros que la banque Lazard", fanfaronne-t-il devant un proche qui s'est confié à L'Express.

Mais la success story tourne court. Le 20 octobre 2014, il renonce à la présidence de LSK après avoir découvert "une série d'emprunts excessifs" contractée par son associé, Thierry Leynes. Ce dernier, également marqué par un drame familial, se suicide trois jours plus tard. LSK est alors placé en "sursis de paiement", une décision qui fait probablement perdre son investissement initial à DSK.

L'ancien patron du FMI peut cependant se consoler avec sa société personnelle, Parnasse International, qui gère ses activités de conseil et ses conférences. En 2013, son entreprise, qui travaille pour des entreprises et des gouvernements (Serbie, Soudan du Sud), a réalisé 2,55 millions d'euros de chiffre d'affaires, rapporte Capital.

Gerhard Schröder, le VRP de Gazprom

Quelques mois après sa défaite électorale contre Angela Merkel en 2005, l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder est nommé par l'entreprise russe Gazprom à la tête du conseil de surveillance du consortium germano-russe chargé de la construction d'un gazoduc entre la Russie et l'Allemagne, sous la mer Baltique. Cette nomination provoque un tollé : l'accord pour ce gazoduc a en effet été signé à la hâte par le gouvernement de Schröder quinze jours avant les élections. 

Le chancelier allemand, qui a défendu le projet, a-t-il négocié un job en échange de cette signature ? A l'époque, plusieurs journaux allemands affirment que le président russe, Vladimir Poutine, un proche du chancelier, a réservé ce poste de longue date à Gerhard Schröder, rapporte Le Point. Pour son ancien ministre Wolfgang Schäuble, Schröder a "porté atteinte à la réputation de la classe politique".

Impassible, Gerhard Schröder laisse passer l'orage. Mais ses liens avec le pouvoir russe reviennent régulièrement dans l'actualité. Le 29 avril 2014, alors que la crise ukrainienne provoque de fortes tensions entre l'Europe et la Russie, l'ancien chancelier fête ses 70 ans à Saint-Pétersbourg (Russie) avec Vladimir Poutine.