Retrait de l'offre de Fiat-Chrysler sur Renault : "L'État français fait capoter l'alliance", assure un économiste

Élie Cohen, économiste et chercheur au CNRS, était l'invité de franceinfo.

Les logos de Fiat et de Renault.
Les logos de Fiat et de Renault. (JEAN-FRANÇOIS FREY / MAXPPP)

Fiat-Chrysler a retiré jeudi 6 juin sa proposition de fusion avec Renault. Le constructeur estime que les conditions politiques ne sont pas réunies en France pour un tel rapprochement. Pour l'économiste Élie Cohen, chercheur au CNRS, c'est à cause de l'État français que l'alliance n'a pas pu se faire.

franceinfo : L'État français s'y est-il mal pris ?

Élie Cohen : Oui, et depuis le début. Je vous rappelle que la détérioration des relations entre Renault et Nissan date de l'initiative du gouvernement français de monter dans le capital de Renault, non pas en mettant de l'argent, mais en doublant ses droits de vote. Cela avait exaspéré les Japonais et conduit à la remise en cause de l'accord qui régit les relations entre les deux entreprises. Après, il y a eu le coup d'État anti-Ghosn, quand Carlos Ghosn n'a pas été soutenu par le gouvernement français. Donc, au départ, ce sont ces initiatives du gouvernement qui ont affaibli le rôle de Renault dans Nissan. Et là, l'État français fait à nouveau capoter l'alliance avec Fiat. La direction de Renault est décrédibilisée et le groupe est en quête d'une nouvelle stratégie.

Est-ce que l'État français sait gérer ce genre d'opération ?

L'État se prétend stratège, prétend avoir une politique industrielle, or il n'est pas stratège et n'a pas de politique industrielle. Il est obsédé par les enjeux d'emploi, les problèmes de fermetures d'usines et d'équilibre de bassins d'emploi. Je pense à Belfort et Saint-Nazaire par exemple. Piloté par ces considérations, l'État en vient à manquer de projets industriels et de stratégies industrielles. Donc, il affaiblit les entreprises dont il est l'un des actionnaires. Tout le monde peut voir aujourd'hui dans quel état est Renault.

L'enjeu de cette fusion était de pouvoir faire des investissements massifs sur la voiture autonome. Que va-t-il se passer maintenant pour Renault ?

On est devant un mur d'investissements et Renault ne peut pas les faire seul. Donc, il va falloir que Renault reprenne son bâton et parte à la recherche de partenaires, voire essaye de faire revivre l'alliance avec les Japonais en abandonnant un certain nombre de ses prérogatives et en donnant plus de pouvoir aux Japonais. Renault n'a plus le choix.