Rachat d'Opel : une opération "risquée", même si "les conditions sont assez favorables pour PSA"

Le groupe français PSA annonce ce lundi l'achat de la marque Opel, filiale automobile européenne de General Motors, pour 1,3 milliard d'euros. Une opération qui "demeure risquée" pour Bernard Jullien, membre du Gerpisa, interrogé sur franceinfo.

Logo d\'Opel, à Ruesselsheim, le 6 mars 2017. (Photo d\'illustration)
Logo d'Opel, à Ruesselsheim, le 6 mars 2017. (Photo d'illustration) (DANIEL ROLAND / AFP)

Le groupe PSA Peugeot Citroën a annoncé lundi 6 février dans la matinée être parvenu à un accord avec General Motors afin d'acquérir sa filiale automobile européenne (marques Opel et Vauxhall) pour 1,3 milliard d'euros. Cette transaction devrait permettre à PSA de fabriquer 40% de véhicules supplémentaires.

Bernard Jullien, membre du Gerpisa (Groupe d'étude et de recherche permanent sur l’industrie et les salariés de l'automobile), a estimé ce lundi sur franceinfo que "c’est une opération qui demeure risquée"

Franceinfo : Opel est déficitaire, quel est l’intérêt pour PSA de racheter cette marque ?

Bernard Jullien : L’intérêt est double. Il y a d’une part des volumes supplémentaires, et dans l’industrie automobile, les volumes sont absolument fondamentaux. Et il y a aussi un intérêt géographique, puisque Opel et Vauxhall sont très présentes au Royaume-Uni et en Allemagne, où PSA et ses marques sont infiniment moins présentes. Par conséquent, il y a une capacité à se renforcer en Europe pour PSA et une opportunité qu’il était difficile de ne pas saisir pour eux.

Carlos Tavares, le président du directoire de PSA, veut créer un champion européen de l’automobile. Quand on connaît les difficultés que l’entreprise a connues par le passé. Est-ce vraiment possible ?

Cela posera toute une série de problèmes. Certes, Opel et PSA ont commencé à travailler ensemble et cela peut faciliter les choses. Il n’en reste pas moins qu’il y a une intégration des activités à faire et une gestion des trois marques qui reste à déterminer. C’est une opération qui demeure risquée.

Le risque, c’est que l'on s’aperçoive qu’une partie des volumes d’Opel étaient des volumes artificielsBernard Jullienà franceinfo

On le sait plus ou moins. Il y a une partie des voitures vendues par Opel qui l’était à perte. Ajouter les volumes d’Opel à ceux de PSA comme s’ils allaient rester constants, c’est un peu illusoire. D’autant qu’il y aura une concurrence entre les trois marques généralistes positionnées un peu sur le même mode Opel, Peugeot et Citroën, notamment sur le marché espagnol, où les marques sont frontalement opposées les unes aux autres. Il va y avoir un problème de gestion industrielle, de gestion commerciale, de cohérence de ce nouvel ensemble.

Cette opération changera-t-elle quelque chose pour nous, consommateurs ? Et pour l’emploi ?

Pas réellement. Peugeot et Citroën vont aider Opel à donner à leurs produits un tour un peu plus séduisant, ce qui manquait un peu en Europe. Tavares a dit assez clairement qu’il voulait qu’Opel reste une marque allemande. Donc il y a une politique produits qui risque de laisser Opel assez loin de ce que l’on connaît chez Peugeot et Citroën. Il y a un certain nombre d’assurances qui ont été données aux salariés en Espagne, en Allemagne ou au Royaume Uni qu’il n’y aura pas de fermetures d’usines. Les inquiétudes portent sur les années à venir et sur les effectifs en ingénierie : il y a des équipes qui sont un peu plus de 10 000 chez Opel, et si nous faisons des plateformes communes entre PSA et Opel, ce ne sera pas pour s’attendre à ce que ces gens-là fassent leur travail.

Peut-on s’étonner de la rapidité du processus ?

Il y a un certain nombre d’accords qui existaient déjà et une connaissance mutuelle qui n’était pas nulle. Autrefois, Renault avait discuté avec General Motors : Tavares était chez Renault à ce moment-là. Et puis, il y avait urgence chez General Motors. Les conditions dans lesquelles les opérations se font correspondent à une volonté presque forcenée de la patronne de General Motors de se débarrasser de la division européenne qui faisait tâche dans le tableau plutôt flatteur de la gestion de General Motors depuis le début. Les conditions dans lesquelles se fait l’opération sont assez favorables pour PSA : ce n’est pas comme Fiat qui met la main sur Chrysler pour presque rien, mais c’est quand même un coût d’accession assez limité, avec une moitié de la somme payée cash et l’autre moitié payable à terme.

Bernard Jullien : "C’est une opération qui demeure risquée."
--'--
--'--