Prix des carburants : on vous explique pourquoi la facture pourrait baisser dès lundi (et pourquoi ça ne devrait pas durer)

Les acteurs de la grande distribution s'attendent à une baisse significative des prix à la pompe, de l'ordre d'une trentaine de centimes par litre, après les envolées record observées ces derniers jours.

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Une station-service en région parisienne, le 31 janvier 2022. (MARTIN NODA / HANS LUCAS)

Une bonne nouvelle pour les automobilistes. En attendant la mise en place de la "remise à la pompe" de 15 centimes à partir du 1er avril annoncée par Jean Castex samedi, la facture de carburant devrait déjà être moins salée dès lundi 14 mars. Un coup de froid sur les marchés pétroliers succède en effet aux récentes perturbations liées à la guerre en Ukraine, et devrait faire redescendre les prix sous la barre symbolique des 2 euros par litre.

Franceinfo vous explique les raisons de cette chute attendue des prix des carburants, qui reste sujette à caution et pourrait n'être que temporaire.

Les marchés affichent une tendance à la baisse

Cela fait plusieurs jours que les prix du baril fléchissent progressivement. Le 11 mars, le prix du baril de pétrole brut (Brent) est en effet redescendu à environ 111 dollars, contre 128 dollars en début de semaine – son plus haut niveau depuis huit ans. Si ce tarif reste loin des 98 dollars d'avant l'invasion russe en Ukraine, il pousse tout de même les acteurs de la grande distribution à l'optimisme.

Parmi eux, Michel-Edouard Leclerc, président du comité stratégique des centres E. Leclerc, a annoncé vendredi sur BFMTV une baisse d'environ 35 centimes d'euro par litre de gasoil, et ce dès lundi. Un phénomène que le grand patron explique par la baisse des cours du brut, d'une part, mais aussi par la montée récente de l'euro face au dollar. 

Les cours mondiaux du pétrole se stabilisent en tout cas, après la poussée de fièvre engendrée par la décision des Etats-Unis de ne plus importer de gaz et de pétrole russes, annoncée le 8 mars par le président américain Joe Biden. Un embargo partagé par le Royaume-Uni, qui va arrêter d'ici la fin de l'année d'importer du brut et des produits pétroliers russes. Pour les Américains, cette annonce a coïncidé avec une hausse inédite des prix des carburants, qui ont dépassé les niveaux enregistrés lors de la crise financière de 2008.

Les pays de l'UE continuent à acheter du pétrole russe

L'absence d'embargo européen sur le pétrole russe limite pour l'instant la hausse des prix à la pompe. Car bien que l'Union européenne ait voté des sanctions décrites comme "inédites" à l'encontre du régime de Vladimir Poutine, les Vingt-Sept n'arrivent pas à se mettre d'accord sur les importations d'or noir en provenance de Russie. Certains Etats-membres de l'UE sont en effet plus dépendants que d'autres de l'énergie russe, qui représente tout de même 40% du gaz et 26% du pétrole importés en Europe, comme le rappelle la Commission européenne (document en anglais).

En France, où 17% du gaz et un peu moins de 13% du pétrole importés proviennent de Russie selon le ministère de la Transition écologique, les vendeurs de carburant sont loin d'avoir coupé les ponts avec leurs fournisseurs russes. "Le tiers de notre carburant sur la façade Atlantique vient via des traders russes, détaillait Michel-Edouard Leclerc, interrogé par franceinfo le 7 mars. Le problème, c'est de passer d'un approvisionnement à un autre, d'aller chercher des barges aux Etats-Unis, qui mettent un mois pour venir." 

Se passer de la Russie s'avère bien compliqué, et surtout aurait des conséquences directes sur les prix affichés dans les stations-service. "C'est surtout une dépendance en produits raffinés, notamment en gazole routier, en diesel", détaillait à France 2 Nicolas Mazzucchi, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). 

Cette éclaircie risque de ne pas durer

Avec leurs cours en dents de scie, les marchés pétroliers restent extrêmement volatils et pourraient encore fluctuer de manière importante – alors qu'aucune porte de sortie n'apparaît pour l'instant dans le conflit ukrainien"On craint que ces hausses continuent de semaine en semaine", confiait en effet Dominique Schelcher, PDG du groupe Système U, interrogé sur France Inter le 9 mars. Les pétroliers et les distributeurs assurent ne pas pouvoir influer sur les prix de vente. "Nous n'avons pas le droit de vendre à perte, soulignait Dominique Schelcher. Donc, nous sommes obligés évidemment de répercuter ces hausses (...) et nous prenons là-dessus très peu de marges."

Plusieurs facteurs restent donc à surveiller : la mise en place de nouvelles sanctions européennes contre Moscou, les choix des distributeurs français, mais aussi l'attitude de la Russie vis-à-vis de ses clients européens en matière d'énergie – un marché qui reste vital pour le régime de Vladimir Poutine. En attendant une stabilisation plus durable des prix des carburants, les Français s'adaptent tant bien que mal et sont de plus en plus prudents lors de leur passage à la pompe.

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