Fiscalité écologique : "Il faut que le produit de la taxe carbone serve à accompagner les classes populaires", plaide Audrey Pulvar

"Le gouvernement a tardé à considérer qu'il était vital que le produit de cette taxe serve à aider ceux qui en ont le plus besoin", a affirmé Audrey Pulvar, de la Fondation pour la Nature et l'Homme, signataire de la tribune de 22 associations environnementales.

FRANCEINFO

"Il faut que le produit de la taxe carbone serve à accompagner les classes populaires", défend Audrey Pulvar, la présidente de la Fondation pour la Nature et l'Homme, sur franceinfo, lundi 12 novembre. L'organisation est signataire de la tribune, publiée sur franceinfo.fr, intitulée "Politiques de tous bords, prenez vos responsabilités", en réaction au débat autour de la hausse des prix des carburants.

franceinfo : Pourquoi cette tribune ?

Audrey Pulvar : Ce qu'on dénonce, c'est la récupération politique de ce mouvement, de l'extrême-gauche à l'extrême-droite, par tous ces partis qui annoncent qu'ils vont manifester avec les "gilets jaunes". Evidemment, les difficultés sont réelles, mais un minimum d'honnêteté de la part de ce personnel politique ferait dire à ces personnes "sortons de notre dépendance au pétrole". La réalité, c'est que 70% de la hausse du prix du carburant est liée à la hausse du prix du pétrole sur les marchés. Cela n'a rien à voir avec la taxe carbone, qui intervient dans 30% dans cette hausse et qui est une taxe nécessaire, utile, à condition que son produit soit utilisé pour financer la transition écologique et pour aider la classe populaire et la classe moyenne. Ce qui n'est pas le cas.

Que dites-vous aux Français qui manifestent déjà ?

Je leur dis qu'ils sont les principales victimes du réchauffement climatique, la plupart du temps. C'est un amplificateur d'inégalités, c'est un phénomène qui touche essentiellement les classes populaires, moyennes, défavorisées. Les transformations que nous prônons pour lutter contre le réchauffement climatique sont destinées à ces catégories de la population.

Vous n'êtes pas pour renoncer aux taxes sur les carburants, mais plutôt pour une aide ?

Aujourd'hui, la taxe carbone rapporte plus de 10 milliards par an, l'augmentation de la taxe carbone sur les produits issus du fossile va rapporter 3 milliards d'euros de plus en 2019. Il faut que cet argent-là serve à accompagner les classes populaires, moyennes, les TPE, les PME dans la transition écologique, avec notamment une augmentation sensible du chèque énergie. Nous estimons qu'il faudrait qu'il passe à 600 euros par an. Pour les personnes qui vivent en campagne, il faut de l'accompagnement pour une conversion à des véhicules moins polluants, des infrastructures ferrées, des transports en commun. Nous demandons au gouvernement qu'il développe de façon forte et très incitative le réseau ferré et les transports en commun.

Le gouvernement a-t-il trop tardé ?

Le gouvernement a tardé à considérer qu'il était vital que le produit de cette taxe serve à aider ceux qui en ont le plus besoin. C'est anormal que sur 3 milliards d'euros de taxe supplémentaire en 2019, il y ait 200 à 300 millions d'euros qui soient consacrés à la transition écologique.

Audrey Pulvar était l\'invité de franceinfo, lundi 12 novembre 2018.
Audrey Pulvar était l'invité de franceinfo, lundi 12 novembre 2018. (FRANCEINFO)