Difficultés économiques de Renault : "La question ce n'est pas le devenir d'une usine en particulier, mais tout simplement le devenir de Renault", selon un syndicaliste

La directrice générale par interim Clotilde Delbos a annoncé vendredi que Renault pourrait supprimer des usines dans le cadre d'un vaste plan d'économies.

Le logo de Renault lors du Tokyo Motor Show au Japon, le 23 octobre 2019 (photo d\'illustration).
Le logo de Renault lors du Tokyo Motor Show au Japon, le 23 octobre 2019 (photo d'illustration). (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

"La question ce n'est pas le devenir d'une usine en particulier, mais bien le devenir de Renault", estime Fabien Gâche, délégué syndical central CGT chez Renault vendredi 14 février sur franceinfo. La directrice générale par interim Clotilde Delbos a annoncé vendredi que le connstructeur automobile pourrait supprimer des usines dans le cadre d'un vaste plan d'économies après avoir enregistré une perte nette de 140 millions d'euros. Il s'agit de sa première perte depuis 2009.

Franceinfo : Est-ce que vous êtes inquiets de ces annonces ?

Fabien Gâche : Inquiétant, mais en même temps, on est dans le prolongement de ce que l'on connaît chez Renault depuis une quinzaine d'années. C’est-à-dire année après année, au nom de la réduction des coûts, il y a une baisse très importante de ses effectifs. D'une part, Renault c'est 25 000 salariés en moins depuis 2004, depuis l'arrivée de Carlos Ghosn. Et c'est en même temps une délocalisation de ses productions dans les pays en dehors de l'Hexagone notamment en Espagne, au Maroc, en Turquie ou en Slovénie. Ce qui fait que la France à la fin 2019 ne produit que 17% des véhicules particuliers.

Est-ce que vous vous sentez menacés dans ces propos comme salariés ?

C'est un peu la stratégie qui est connue chez Renault. D'un côté, on a une direction générale qui nous décrit, au moins publiquement, une situation catastrophique sur le plan financier. Il faut relativiser. Et de l'autre côté une exigence auprès des salariés en leur expliquant que tous risquent de mourir, peut-être que tous ne mourrons pas, dans l'hypothèse où chacun accepterait des moins-disant sociaux. Comme on est dans le cadre d'une négociation sur un accord de compétitivité on retrouve un peu le schéma de 2013. En gros, on menace les salariés : "si vous n'acceptez pas de nouveaux moins disant sociaux, certains pourront ne plus avoir de travail."

Vous avez peur que les usines françaises ne construisent plus de modèles Renault à l'avenir ?

Dans le schéma actuel, c'est que d'ici 2021, les trois véhicules thermiques qui sont encore fabriqués en France, que sont le Scenic sur l'usine de Douai, l'Espace ou le Talisman vont s'arrêter. C'est-à-dire qu'à défaut de projets nouveaux, Renault ne produira plus aucun véhicule particulier en France. Donc la question ce n'est pas le devenir d'une usine en particulier, mais tout simplement le devenir de Renault.

Combien de salariés vivent avec cette réalité que l'on peut juger menaçante ?

Filiales comprises, c'est 40 000 salariés. Or, nous on pense que réduire les coûts, c'est rééquilibrer les volumes de fabrication. Parce qu'on a délocalisé, ce qui revient à sous-utiliser les usines françaises, du coup on augmente les frais fixes. Et on sur-utilise les usines implantées en Turquie et en Slovénie, où par ailleurs les conditions sociales sont particulièrement dégradées. Les Turcs, on les fait travailler 7 jours sur 7. Donc, nous on pense que diminuer les coûts, comme l'indique madame Delbos, ça commence par réaffecter les volumes de production dans les usines française. Cela permettrait à l'ensemble du périmètre de production de Renault de travailler à 100% donc de répondre à la partie sociale. Je pense en particulier au maintien, voire au développement, de l'emploi d'une part. Mais aussi d'avancer sur les questions environnementales parce qu'on oublie quand même que Renault en 2018 réimportait en France plus de 400 000 voitures fabriquées à l'étranger.