Circulation différenciée, zones à trafic limité, mobilités douces... Ces mesures à court ou moyen terme pour réduire la pollution

Plusieurs invités de franceinfo détaillent les avantages et inconvénients des mesures pour réduire la pollution causée par la circulation.

Une avertissement de réduction de vitesse pendant un épisode de pollution, ici en 2018.
Une avertissement de réduction de vitesse pendant un épisode de pollution, ici en 2018. (THIERRY GACHON / MAXPPP)

En plein épisode de canicule, la circulation différenciée a été mise en place à partir du mercredi 26 juin à Paris et en banlieue. Pour la première fois, les véhicules équipés de vignettes Crit'Air 3 n'auront pas le droit de circuler. Cette interdiction concerne le périmètre situé à l'intérieur de l'A86.

Mais cette mesure n'est pas seule avancée face aux pics de pollution. Le président de la métropole du Grand Lyon David Kimefeld, l'eurodéputée Karima Delli, le cardiologue Pierre Souvet et le spécialiste des mobilités Olivier Razemon détaillent leurs solutions.

La circulation différenciée : "Ça ne règlera en rien la question de la pollution"

La circulation différenciée, mise en place à Paris et en banlieue notamment, consiste ne laisser circuler que les véhicules disposant de vignettes Crit'Air 1 et 2 et les véhicules électriques, lors de de pics pollution. "Une mesure à prendre en compte, selon la députée écologiste européenne Karima Delli, invitée de franceinfo. Mais ça ne règlera en rien la question de la pollution de l'air".

"La restriction n'est pas la solution", estime sur franceinfo Pierre Chasseray, le délégué général de l'association 40 millions d"automobilistes. Selon le ministère de la Transition écologique, la circulation différenciée concerne 35% des véhicules lors des pics de pollution, qui représentent deux tiers de la pollution. "Je suis choqué des chiffres communiqués par le ministre François de Rugy", explique-t-il.

"L'automobile ne représente que 20 à 25% de la pollution urbaine, donc ça me semble un peu démesuré", poursuit Pierre Chasseray, qui explique ne pas contester le combat contre les pics de pollution mais l'interdiction de circulation des véhicules n'est selon lui pas la solution. "Ce n'est pas parce que la cause est légitime que la façon d'atteindre l'objectif est légitime".

Des zones à faible émission : "On préserve les zones les plus polluées"

Autre mesure avancée pour réduire la pollution, celle d'établir des zones à faible émission, ou ZFE. Dans le cas de la métropole du Grand Lyon, il s'agit d'une "zone qui est interdite aux camions les plus polluants, qui ont des vignettes Crit'Air 4 et 5, de rentrer sur le territoire et sur la zone que nous avons définie, détaille David Kimelfeld, le président de la métropole. Et puis au 1er janvier 2021 on ira plus loin avec l'interdiction aux vignettes Crit'Air 3."

La mesure est saluée sur franceinfo par le cardiologue et président de l'Association Santé Environnement France, Pierre Souvet : "Il est évident que c'est dans ces zones urbaines très concentrées qu'il y a le plus de pollution. Donc faire des zones à faible émission, c'est très intéressant". Mais il estime cependant qu'il faut "une vision globale, parce que si vous faites une zone relativement restreinte et que vous reportez la circulation dans la zone d'à côté, vous allez moins polluer à un endroit et beaucoup plus polluer à côté."

Au contraire, selon David Kimefeld, l'impact ne se limite pas pour autant à la zone concernée par cette mesure, "parce qu'une fois que les professionnels auront changé leur flotte, ils utiliseront cette flotte pour desservir le cœur de la métropole de Lyon, de Villeurbanne, mais aussi pour desservir l'ensemble de l'ensemble de la métropole."

C'est un mouvement qui est extrêmement important pour la santé de nos concitoyens.David Kimefeldà franceinfo

Le journaliste indépendant spécialiste des mobilités, Olivier Razemon, juge ce système "intéressant parce qu'il préserve les zones les plus polluées" mais déplore qu'il soit "relativement complexe à comprendre et qu'il touche les véhicules en fonction de leur motorisation et donc de leur prix". Selon lui, cela a pour conséquence de "toucher davantage les personnes qui ont les voitures les plus chères".

Des zones à trafic limité (ou péage de transit) : "On discrimine en fonction de l'usage"

Olivier Razemon soutient davantage le principe de zone à trafic limité, et prend notamment l'exemple de Turin, en Italie. "Il me semble beaucoup plus intéressant, parce qu'on discrimine non pas en fonction de la pollution ou du prix de la voiture mais en fonction de l'usage de la voiture."

"On dit aux gens : vous êtes riverain, vous pouvez passer. Vous êtes commerçant ou livreur, vous pouvez passer. Mais par contre, vous êtes simplement en train de traverser la ville, même si vous avez une grosse voiture toute neuve", détaille le journaliste spécialiste des mobilités.

David Kimefeld, président de la métropole du Grand Lyon, évoque dans le même registre le péage de transit, qu'il a voulu faire inscrire dans la loi sur les mobilités puisqu'il "limite non pas celles et ceux qui ont à rentrer dans la métropole, pour y travailler, pour y rendre visite à un certain nombre de personnes ou pour y faire des courses, mais pour faire en sorte que ceux qui n'ont qu'à la traverser ne puissent plus la traverser."

Promouvoir les "mobilités douces" : "En ville, il y a déjà beaucoup d'alternatives"

Et au-delà de ces mesures de réduction de la pollution, Olivier Razemon plaide pour une réflexion sur les "mobilités douces" et sur "l'étalement urbain et l'éloignement systèmatique". "On a toujours tendance à considérer qu'il est normal d'habiter toujours plus loin ou de multiplier les déplacements toujours plus loin parce qu'on n'a pas le choix. Il faut vraiment se poser la question, individuellement et collectivement, de cet étalement urbain."

"Il faut vraiment développer les circulations douces, favoriser le vélo, rendre leur place aux piétons, encourager les mobilités durables, abonde l'eurodéputée Karima Delli. Quand il y a un pic de pollution, on nous dit qu'il faut faire rentrer les enfants dans les classes parce qu'ils ne peuvent plus aller dans les cours de récréation. Les personnes âgées et les femmes enceintes doivent aussi rester chez elles. Est-ce que c'est ce monde là que l'on veut ? Non."

En ville, il y a déjà beaucoup d'alternatives. des transports publics performantsOlivier Razemonà franceinfo

"Les déplacements qui font deux ou trois kms en voiture, on peut tout à fait les remplacer soit par la démobilité, le fait de ne pas faire le déplacement, ou quand ce n'est pas possible, on peut évidemment utiliser le vélo et les transports publics", poursuit le journaliste spécialiste des mobilités, Olivier Razemon.

Pierre Souvet, de son côté, estime qu'il faut "dire non" au diesel et prend la référence de Tokyo, qui l'a interdit à partir de 1999. Selon lui, "même les vignettes Crit'Air 2 posent problème parce que les systèmes de dépollution des diesels ne se mettent pas en marche quand le moteur est froid. (...) Il faut vraiment essayer à tout prix de limiter les petits trajets en ville, surtout avec les diesels."

"Tokyo, en interdisant ces véhicules [diesel], a baissé de 44% le taux de particules fines, poursuit le cardiologue. Figurez vous que la mortalité cardiaque a baissé de 11%, la mortalité pulmonaire de 20%. Donc en moins de 10 ans, avec une action forte sur les particules notamment, il y a une réduction de mortalité qu'aucun médicament n'est capable de faire actuellement".